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Halloween
Parmi de multiples et admirables innovations, Halloween de John Carpenter s’acharnait à créer une ambiguïté fantastique, jamais encore portée à l’écran, qui bouleverse une définition classique du fantastique se basant sur les principes énoncés par Todorov dans son Introduction à la littérature fantastique. À la fin du métrage, après les dialogues « – Was it the boogeyman ? – As a matter of fact… It was. », le personnage de Michael Myers (nommé communément the shape) disparaît après avoir reçu plusieurs coups de feu et être tombé du premier étage d’une maison. Cette même disparition se poursuit par des plans de différents lieux sur lesquels un souffle, que le film aura attribué à the shape, sera apposé, marquant la présence de the shape. The shape, le croquemitaine (ou boogeyman) peut alors facilement prendre un caractère mystique et révéler le fantastique d’une histoire jusqu’ici normale ou plutôt appartenant à un univers réaliste. Seulement cette ambiguïté, si elle trouve son paroxysme à la fin du film de Carpenter est mûrement réfléchie et déjà annoncée par divers effets de mise en scène insinuant l’ubiquité de Michael Myers. La fin du film, même si elle laisse ouverte une brèche tendant vers le réalisme (Michael Myers, criblé de balles, a réussi miraculeusement à s’échapper ; brèche réaliste dans laquelle le second volet s’engouffrera immédiatement rompant avec le discours du premier épisode et ne reprenant que la thématique du destin que John Carpenter soulevait ici), prend le parti de révéler une mésentente sur l’ontologie diégétique, finalement comparable à des films à « twist » tels Le Sixième sens ou dans un autre registre Identity.
C’est là la majeure opposition que l’on remarque entre John Carpenter et Rob Zombie. Ce dernier explore une veine réaliste plus proche de The Texas chainsaw massacre que Halloween. Tout chez Zombie a une explication logique, sociale, et psychologique. À ce titre, le Halloween de Rob Zombie creuse les thèmes qu’il explorait dans ses précédents films : la réclusion, les foyers familiaux de l’Amérique profonde, le spectacle et le carnavalesque…
Néanmoins, le film de Rob Zombie fait coexister deux conceptions contradictoires : 1) l’ambiguïté fantastique empruntée à la conception de John Carpenter et 2) le réalisme et l’autodérision qui lui est propre. Il faut noter néanmoins qu’une version « workprint » du Halloween de Rob Zombie circule et que celle-ci se prive de certaines reproductions mimétiques du film de Carpenter ou de certains meurtres soulevant une problématique morale, dont il faut avouer que Zombie ne désire pas la creuser. Ce Halloween - workprint, fut néanmoins modifié selon les désirs de Zombie même si beaucoup se méfient de l’implication des Weinstein (le projet fut proposé finalement à Zombie après qu’un Pinehead versus Michael Myers, en projet, eut provoqué de nombreuses plaintes. Pour en savoir plus sur les méthodes de travail des Weinstein, lire Sexe, mensonge et Hollywood de Peter Biskind). Au final, c’est une version quelque peu moins impulsive que nous retrouvons en salles, avec notamment une fin plus modifiée (s’opposant au romantisme de la fin du « workprint », rappelant dans l’idée le final de The Devil’s rejects). Quoi qu’il en soit, même si cette « workprint » possède une cohérence plus forte, le(s) film(s) de Rob Zombie débute dans l’idée de créer un véritable biopic de Michael Myers. Soit, on crée une progression dramatique (absente du film original) qui aura pour objet la « dépersonalisation » de Michael Myers avant de se tourner vers une ambiguïté mythologique que l’on retrouve chez Carpenter. Cette incohérence fait hésiter le film entre : 1) une relecture de l’histoire originale d’Halloween, ou 2) son exégèse, dans une logique attitrée aux films d’horreur post-modernes dans laquelle Zombie s’est jusque là ancré. C’est-à-dire, Halloween 2007se construit sur deux oppositions : la prise en compte de l’œuvre originale comme d’une œuvre d’art potentiellement citée, parodiée, traitée avec ironie ou ludisme… ce qui équivaudrait à incorporer l’œuvre originale à l’œuvre actuelle pour favoriser un éclectisme, un mixage des codes et une promiscuité stylistique (caractéristiques que Mike Featherstone attribue au post-modernisme) ou bien plus, dans un ordre souvent moins critique (dans lequel on regroupe notamment les remakes de Massacre à la tronçonneuse ou La Colline à des yeux), la reproduction actualisée d’un classique de l’horreur et de la rentabilité financière.
Malgré ces défauts (prenant source majoritairement dans le scénario du film, fusionnant l’histoire du film de Carpenter et les révélations surprenantes voire incohérentes du second volet), le film de Rob Zombie reconquiert son potentiel critique par la mise en scène qui vise (comme déjà The Devil’s rejects mais ici sur un mode plus romantique, investi par la solitude éloquente du personnage de Michael Myers) la recherche d’un équilibre familial se matérialisant en primauté dans un espace à posséder. Tel est déjà le but des familles de rednecks de Massacres à la tronçonneuse et de La Colline à des yeux, posséder très matériellement leur espace, ne pas le partager. Mais Rob Zombie, s’il s’inspire évidemment du cinéma des seventies et en reprend pour grande part les mêmes idéaux, renverse la focalisation. Chez Zombie, on opte pour le point de vue des assassins, on cherche à définir leur environnement, leur espace (La Maison des 1000 morts, définit très littéralement les terres d’une famille), leur coutume et leur mode de vie. Il se crée une sorte de sympathie, d’attachement ou de curiosité pour ces purs prédateurs, création qui va reconsidérer la fondation d’un « peuple uni partageant des valeurs communes »1 (type Délivrance) mais qui va aussi inverser la focalisation : l’inconnu (l’étranger donc la menace) c’est avant tout et après-tout la civilisation2 C’est entre ces deux temps que la révolte sauvage de l’Amérique profonde a lieu.
Daniel Dos Santos
1. Jean-Baptiste Thoret, Le Cinéma américain des années soixante-dix, Paris, Ed. Cahiers du cinéma, 2006, p. 149.
2. On notera que dans le workprint de Halloween, la fin diffère : le shérif et plusieurs voitures de police arrivent sur les lieux du crime. Michael Myers, tenu en joue, relâche Laurie sous les recommandations du Dr. Loomis. Dès qu’il fera un geste, tous les policiers feront feu sur lui.
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Réalisation Rob Zombie
Interprétation Sheri Moon Zombie Tyler Mane Malcom McDowell William Forsythe Scout-Taylor Compton Sid Haig Bill Moseley Udo Kier Danny Trejo
Origine Etats-Unis
date de sortie 10 octobre 2007
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