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Scandaleusement Célèbre

  


 

Scandaleusement oublié

 

En octobre dernier, alors qu’Infamous s’apprêtait à sortir sur les écrans américains, nous faisions remarquer le destin souvent injuste des « doublons » de films. Et nous posions aussi la question : quel succès peut-on prévoir pour Infamous, alors que Capote, un an plus tôt, récolta tout les mérites de son sujet audacieux ?

 

La réponse est : aucun ! Force est de constater d’abord le silence de la critique face à l’appel (un peu idiot, il est vrai) : « vous ne savez pas tout sur Truman Capote ! ». Comment peut-on ne pas savoir tout sur Truman Capote si nous savons tout sur le cinéma et si nous avons vu un film de cinéma s’appelant justement Truman Capote et relatant la vie de Truman Capote, il y a un peu moins d’un an ?

Le cinéma, on oublie, les films existent pour nous éviter de lire. On connaît, passons au sujet suivant ! Logique industrielle pourrait-on dire ? Certainement. La critique tend donc à justifier l’idée « tueuse d’art » des distributeurs : non merci, on a mangé du Capote il n’y a pas si longtemps, on va maintenant essayer autre chose.

Grossière erreur. D’abord parce que les échecs financiers des « films doublons » sont aussi souvent dus à la gestion maladroite des distributeurs. Ensuite, parce qu’artistiquement, il n’y a jamais aucune interférence entre les deux films. 

 

Pour tout avouer, Infamous est en tout point plus précis, plus malin, plus ambitieux, plus sensible, plus drôle que son adversaire. Toby Jones est à la fois plus raffiné et plus naturel que Philip Seymour Hoffman, plus proche aussi de Capote, assurément.

 

Dès la première scène du film, les ambitions de son metteur en scène sont mises à jour : créer des ruptures de tons dans une continuité cohérente. Cette première chanson chantée, dans un jazz-bar, par Gwyneth Paltrow « What Is This Thing Called Love », porte le questionnement perpétuel du film, son rythme sera la matrice du film tout entier et son sujet soulève sa problématique. Le personnage de Capote, témoin du spectacle, trahit déjà sa volonté d’amour lorsque par un regard sérieux, tendre et compatissant sur la chanteuse Kitty Dean presque en larmes devant une salle et un orchestre surpris, son visage tremble d’émotion. L’instant d’après, retour à la superficialité et aux frivolités mondaines, la musique reprend de plus belle.

 

Après tout, toute l’écriture de De sang-froid n’est elle-même qu’un numéro qui tourne mal. « Le plus brave de nous a peur de son moi » disait Oscar Wilde. Sous les apparats de la superficialité, Capote écrivain n’était jamais complètement superficiel et c’était là son talent. Savoir masquer l’amour par l’humour et une apparente légèreté. En réalité, Truman Capote n’a sans cesse exprimé que le désir d’amour. Dans son œuvre comme dans sa vie. Le personnage de Diana Vreeland (interprété par Juliet Stevenson) donne la clé pour comprendre le personnage. Truman Capote rentra chez lui et découvrit sa femme avec un autre homme. Non seulement, celui-ci met fin au mariage le jour même, mais il décide d’en finir avec les femmes et se tourne vers les hommes. Geste radical mais qui n’en reste pas moins un geste contestataire. Celui qui aspirait à devenir le Proust américain (il l’avouera lui-même) ne connaîtra de réelle affection, peut-être son grand amour, que chez un tueur qui possède « la tendresse et le terrible côte à côte ». Ce personnage, incarné brillamment par Daniel Craig, et sa dualité auront transformé la protestation de Capote en amour. Après cette épreuve, Capote ne fera plus que singer son image, et son apparente décontraction. Le film ne montre que ça, ce changement brutal est un véritable dédoublement. Un dédoublement du personnage incarné par le formidable Toby Jones mais aussi un dédoublement du film tout entier. Contrairement à l’unique scène d’ouverture, montrant la rupture dans la continuité, le film se divisera plus distinctement dans sa seconde moitié en deux parties aux deux tonalités dramatiques différentes : le comique, le superficiel, la vie mondaine, pleine de vie, rapide, souvent très drôle et le tragique, la solitude, les visites en prison, les révélations, la mélancolie.

Comme pour reproduire le chemin affectif de son personnage, comme pour montrer sa confusion, ces deux tonalités ne feront que s’entrecroiser, se suivre brutalement, disparaître et réapparaître. La distance au personnage de Capote varie alors sans cesse dans Infamous alors que Capote s’arrêtait sur une vision, construite de façon classique, somme tout assez simple, assurément confortable du personnage. Mais après tout, si Infamous détruit le ton qu’il se crée d’abord dans la première moitié du film, c’est qu’il est avant tout un film sur la perte, celle d’une époque, d’un homme, d’une personnalité de celui-ci, de son succès, de sa volonté de créer. Comme si Infamous n’était pas autre chose qu’un Aviator intimiste et réussi. Comme si il était finalement l’antithèse de Music and lyrics, les deux films se terminant sur l’exact même cadre : une feuille de papier. Dans Music and lyrics, le morceau Way Back Into Love est écrit sur cette feuille, la remplaçant totalement (l’envie de créer est retrouvée) ; dans Infamous, le titre Answered prayers  est écrit, seul sur cette page. Son roman homonyme ne sera jamais terminé. Ses prières ne seront jamais plus exaucées. L’envie de créer est perdue à jamais.

 

Daniel Dos Santos

  

  

 

 

 Titre original

Infamous

 

 Réalisation

Douglas McGrath

 

 Interprétation

Toby Jones

Sandra Bullock

Sigourney Weaver

Daniel Craig

Jeff Daniels

Hope Davis

Peter Bogdanovich

Isabella Rosselini

Gwyneth Paltrow

 

 Origine

Etats-Unis

 

 date de sortie

4 Avril  2007

 

 

 

 

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