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My Blueberry nights

  


 

Il est parfois de ces voyages qui, comme le nouveau film du renommé Wong Kar Wai, My Blueberry Nights, laissent des impressions mitigées, mi figue, mi raisin. Premier film en anglais du grand réalisateur chinois, scénario co-écrit avec le romancier Lawrence Block,  tourné aux Etats-Unis avec un casting entièrement anglophone (et non des moindres), My Blueberry Nights reprend des thèmes chers à l’auteur tels la perte de l’être aimé et la solitude des êtres au sein même de la relation amoureuse. Se penchant ici plus précisément sur la distance qu’on se sent le besoin de prendre face aux affres d’un amour malheureux, le film met en scène le voyage physique et émotionnel d’une jeune femme au coeur brisé en quête d’oubli, mais surtout en quête d’elle-même.

New York. Elizabeth (Norah Jones,  dont c’est la première apparition à l’écran) entre dans le café devant lequel elle vient d’apprendre que son petit ami la quitte pour une autre. Elle y fait la connaissance de Jeremy, le  patron du bar (personnage un poil trop idéalisé, joué par Jude Law pourtant pas mauvais) avec qui elle partage ses impressions bouleversées et une « Blueberry Pie » qu’elle semble manger comme pour  panser ses blessures. Un contact s’établit entre eux, qu’elle interrompt, poussée par un désir irrépressible d’ailleurs, d’un chemin à parcourir. Commence alors pour elle un road trip à travers les Etats-Unis, sous forme de journal intime où sont comptés les kms qui la séparent de son point de départ. De jour comme de nuit, travaillant comme serveuse, elle fait la rencontre de plusieurs personnages en déroute : un policier alcoolique et désespéré (très bien interprété par David Strathairn), qui traîne son âme en peine dans le bar où sa femme qui l’a quitté (Rachel Weisz) se rend fréquemment, et où sous son nez elle affiche son aura de femme fatale enfin libérée. Et une jeune femme à la langue bien pendue (Nathalie Portman assez convaincante), joueuse de poker professionnelle, en fuite d’une relation difficile avec un homme mystérieux qu’elle doit cependant rejoindre à Las Vegas, pour qu’il l’aide à se remettre sur pieds. A travers chacune de ces rencontres, Elizabeth accomplira le véritable voyage, celui de la connaissance de soi. Malgré une issue prévisible, et un certain formalisme sentimental le film se distingue il est vrai par un magnétisme particulier, une atmosphère  très sensuelle notamment due au choix de la musique. Celle-ci nappe les images d’une suave mélancolie (Otis Redding, ou Cat Power/ Chan Marshall apparaissant dans le film) ou se fait évocatrice de grands espaces (morceaux de Ry Cooder). Mais c’est surtout à travers l’esthétisme très travaillé des images que l’impact se produit. On reconnaît le style et l’application de Wong Kar Wai, à entourer ses personnages d’un halo de couleurs et de lumières délicates dans des décors soignés, ou encore ces profondeurs de champs vertigineuses ou ces ralentis stylisés. Ici encore les images sont nettes, le cadrage y est au millimètre, les couleurs éclatantes des pâtisseries donnent cette ambiance édulcorée, comme le ralenti syncopé du coulis de glace fondu sur la tarte aux fruits au début du film. Wong Kar Wai joue avec la lumière, ses mouvements (le passage du métro aérien), des effets de réverbération (les néons lumineux reflétés sur les capots des voitures ou dans des flaques d’eau), ou de la transparence des vitres, à travers lesquelles regardent les personnages, à travers lesquelles nous les regardons. L’effet y est hallucinant dans la mesure où chaque plan ressemble à une photographie mémorable, et où le mouvement y est douceur.  La chevauchée en voiture dans les décors d’Arizona laisse bouche bée, mais malheureusement, un peu rapide, laisse aussi un peu sur sa faim. Wong Kar Wai préfère semble t-il, filmer de nuit, enserrer et lier les personnages dans une intimité tâtonnante certes, mais raffinée, où ils se révèleraient à eux-mêmes, s’ouvriraient à l’autre.

 

Manque cependant un peu de ce silence et de cette errance comme créatrice d’une profondeur chez les personnages, et que le réalisateur a très bien su créer dans ses autres films, mais qui ici, notamment par la lourdeur des voix-off  qui ne suggèrent pas assez, renferme My Blueberry night dans un  glaçage trop sucré, un sentimentalisme un peu suranné. Reste que Wong Kar Wai sait très bien filmer les femmes, certes, et la magie d’un premier baiser,  mais attention, comme chacun le sait, trop de sucre peut nuire à la santé.

 

Vanessa Sylvanise

 

  

 

 

 Réalisation

Wong Kar-Wai

 

 Interprétation

Norah Jones

Jude Law

Natalie Portman

Rachel Weiz

David Strathairn

 

 Origine

Etats-Unis

 

 date de sortie

28 Novembre 2007

  

 

 

 

 

 

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