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Actrices / Go go tales
Le cinéaste à contre-courant
Quatre ans après Il est plus facile pour un chameau, Valeria Bruni Tedeschi présentait à Un Certain Regard son second film en tant que réalisatrice, d’abord appelé Au théâtre ce soir puis Le Rêve de la nuit d’avant, enfin sobrement titré Actrices. Abel Ferrara, un an après Mary, présentait lors d’une projection survoltée à minuit hors compétition son film Go Go Tales, comédie de mœurs longtemps annoncée et enfin tournée à Rome. Les deux cinéastes semblent proposer, à leur manière, une profession de foi de leur métier de réalisateur. Abel Ferrara le fait par le truchement d’un personnage, l’entrepreneur et manager de spectacles déshabillés Ray Ruby, incarné (assez génialement d’ailleurs) par Willem Dafoe, tandis que Bruni Tedeschi s’incarne elle-même en Marcelline, actrice à la dérive (sentimentale et professionnelle). Il ne s’agit pas à proprement parler d’une, disons, profession de soi : la tonalité autobiographique ayant finalement peu d’importance ici. C’est plutôt l’exposition de problématiques, d’espoirs et d’ennuis qui sont le lot quotidien du cinéaste, qui sont exposés ici. Le titre de son film expose clairement l’introspection que Bruni Tedeschi opère sur son métier. Mais pourtant, c’est bien plus comme réalisatrice qu’elle se met en scène, que comme comédienne. Si Marcelline peine à incarner comme elle le devrait, comme elle le voudrait, le rôle de Nathalia Petrovna dans la pièce de Tourgueniev Un mois à la campagne, si elle mène péniblement sa vie personnelle, entre des relations difficiles avec sa mère, avec les enfants et avec les hommes (le jeune premier incarné par Louis Garrel, le metteur en scène joué par Matthieu Amalric), ces embûches ont bien à voir avec la difficulté d’être du créateur. C’est presque l’impression de ne pas pouvoir/savoir faire face aux responsabilités qu’un poste (cinéaste) implique, que met en scène Bruni Tedeschi à travers son personnage. Les impossibilités et les incidents de parcours sont nombreux (l’impossibilité d’enfanter, le viol), il importe de s’en relever. C’est le portrait de cette vulnérabilité, de cette incapacité, que dresse Actrices, portrait kamikaze tant la comédienne-réalisatrice joue de son image avec danger. C’est le portrait, courageux il faut bien le dire, d’une impossibilité, qui s’achève sur cette image cruelle : Marcelline, seule dans la Seine, la nuit, se battant avec les flots comme elle lutterait contre les moulins. Ferrara met en scène son propre personnage de marionnettiste, illusionniste et improvisateur de talent, en la personne de Ray Ruby, impresario qui se bagarre sans arrêt contre d’autres puissances pour joindre les deux bouts de son fond de commerce : les filles qui menacent d’entrer en grève, la propriétaire de confisquer les lieux, le frère mécène de couper les vivres… Boutiquier de haute volée, Ray Ruby est lui aussi en lutte avec les choses, avec les gens. Dans Actrices, c’est pour obtenir l’amour et l’enfant. Ici, c’est pour avoir l’argent, qui, finalement, fera vivre plus longtemps le spectacle et son socle, le Paradis de Ray Ruby. D’autres moulins guettent l’entrepreneur-cinéaste Ruby : l’endroit fuit de partout (en filles-qui seront mieux payées ailleurs, en clients japonais-qui vont dîner autre part), charge à lui de colmater les brèches, maintenir le cap, continuer à croire. Le salut ? Comme souvent, il vient d’ailleurs. La télévision qui annonce le ticket gagnant pour Ruby. La délocalisation romaine pour Ferrara, cinéaste américain devenu européen le temps de deux films.
Actrices et Go Go Tales sont traversés par un courant anarchique et artisanal, finalement très forain, qui donne un contour bricolé aux deux projets. Cette bizarrerie est traduite chez Bruni Tedeschi, dont le film convainc il faut l’avouer beaucoup plus lors de ses passages burlesques qu’avec ses envolées rêveuses, par un emballage assez modeste, dans ses ambitions comme dans son exécution. Chez Ferrara, la farce prend les allures d’un carnaval fantaisiste et baroque, enrobant ses personnages d’un comique de situation finalement aléatoire. Peu importe l’histoire de ticket de loterie perdu (c’est pour cela que la conclusion du film, qui veut absolument y répondre, déçoit), ce sont les petits tracas folkloriques du métier, les affres et les trucs du quotidien du spectacle, qui amusent le plus.
Joies simples de la création, échecs provisoires et surmontés, bonheurs éphémères et mémorables que la profession leur apporte : pas de doute, ces cinéastes, en parlant de leur métier, continuent de créer, émerveillés eux-mêmes par la force du cinéma qui les porte.
Mikael Gaudin Lech
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Réalisation Valéria Bruni-Tedeschi
Interprétation Valéria Bruni-Tedeschi Mathieu Amalric Louis Garrel
Origine France
date de sortie 26 décembre 2007
Réalisation Abel Ferrara
Interprétation Willem Dafoe Matthew Modine Bob Hoskins Asia Argento Lou Doillon
Origine Etats-Unis
date de sortie 2008
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