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Gangsters de novembre
La Nuit nous appartient/ American gangster/ Les Promesses de l’ombre
Ces trois films n’ont en commun que de se rattacher, de loin, au même genre. S’il nous intéresse de les rapprocher (ou simplement de les accoler), c’est justement parce qu’ils illustrent trois directions différentes, en même temps que divers degrés de réussite.
La Nuit nous appartient (James Gray) : des risques d’une position d’auteur
Les modèles avoués de James Gray sont Coppola (celui des Parrain), Visconti (celui de Rocco et ses frères), Kazan (celui de Sur les quais). Aussi son cinéma, quand il est apparu, contemporain en même temps que parfaitement anachronique, visant l’évidence atemporelle du genre avec une respectable ambition, attira l’attention par le savant dosage de ces diverses influences, mélodrames secs à tonalité sociale, films policiers intenses miroitant de résonances morales, drames familiaux dans l’écrin de films noirs. Il y avait à redire déjà, de cette sorte d’application un peu froide et de cette révérence obsessionnelle, ou de l’ascèse de scénarios sur le fil. Mais il y avait ces acteurs, tous rares et tous excellents, Edward Furlong, Tim Roth, Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix, qu’on avait plaisir à voir jouer ces pièces tragiques et tourmentées. Avec La Nuit nous appartient, Gray s’affirme comme un auteur, mais de faible envergure : voilà un scénario filmé. Creusant un même sillon thématique (famille, devoir, tentation du crime, fatum), plus dilué que les précédents sans être pour autant plus riche ou plus divers, le film ne surprend pas, et ne parvient pas à dépasser le stade d’une sage mise en images, non dénuée de savoir-faire. Situé dans les années 80, il ne soutient pas un instant la comparaison, dans ses scènes de boîte de nuit notamment (on y pense forcément), avec les flamboyants De Palma de la même décennie. A force de sobriété, Gray ne tente finalement pas grand-chose. Tout juste ose-t-il une chanson pop – un Heart Of Glass d’assez bel effet, qui accuse bien vite un montage incolore. Il y a bien pourtant ce qui s’apparente à des morceaux de bravoure, mais au final, aucune scène ne fait saillie, car on n’y trouve jamais la volonté ou la capacité de se hisser au-delà de situations pré-écrites, pas plus géniales que d’autres. « Le film ne se fait pas dans le bureau de l’écrivain », disait Nicholas Ray, qui n’envisageait pas pour lui-même la position d’auteur-réalisateur. « Il est inévitable que je me batte avec le scénario », ajoutait-il, « peu importe comment je l’ai choisi. Le scénario représente l’autorité. » Voilà ce que le cinéaste Gray aurait dû dire au scénariste Gray. On ne trouve ici aucune conquête, aucune victoire, en fait, aucune trace de lutte.
American gangster (Ridley Scott) : vanité et puissance du faiseur
Il y a quelque chose de presque joyeux ici : un ronron hollywoodien qui vrombit comme rarement, déroulant l’énième récit de l’ascension et la chute d’un gangster charismatique, couplé à l’énième enquête d’un flic incorruptible à la vie délabrée. Une joie légère et sans objet, voile d’excitation passagère devant cette série B de milliardaire. Ici le bandit est un noir de Harlem, qui véhicule avec lui une mythologie saturée sur laquelle surfe le film en se gardant bien de trop appuyer. Sans effets de manche, à l’image de son héros pour qui l’anonymat garantit sa liberté, Scott mène sa barque luxueuse avec professionnalisme et en toute inconséquence, jouant de parallèles qu’on entendra comme on voudra : un « Je vends une marque », asséné par le dealer, dont la drogue « Blue magic » s’arrache effectivement, un « Vous êtes le progrès », concédé par le flic, constatant l’aberration du succès du parrain noir et pragmatique au sein d’un système verrouillé par d’ancestrales mafias italiennes, la fin où les deux hommes s’entendent comme larrons en foire, la mise en parallèle des pratiques mafieuses et d’une corruption policière généralisée, la drogue enfin qui passe directement de l’Asie du Sud-Est aux mains du dealer en voyageant dans les cercueils des soldats américains rapatriés du Vietnam – la fin de la guerre signifiant la fin de son business – , tout cela teinte le film d’une coloration politique assez vague dont l’équation reste plus qu’incertaine. La meilleure piste reste encore le titre : définition doublement tautologique, terme à terme et du film par lui-même. Tous les films s’appellent American gangster. « American gangster », oxymore ou éternels jumeaux, double appât, un mythe replié sur un autre, une double patrie du cinéma, une promesse de spectacle. Qu’a-t-on jamais vraiment entendu, sinon un moyen rhétorique de trancher dans le vif des plus flagrantes contradictions, par le fameux : « This is America » ? Rien de neuf ici, la machine tourne, à vide et en circuit fermé.
Les Promesses de l’ombre (David Cronenberg) : des joies de la série B
Autre genre de circuit fermé, Les Promesses de l’ombre voit Cronenberg se couler, obsessions comprises, comme un matou rusé dans le petit système d’une narration verrouillée. Comme il est longuement question du film ailleurs dans ces pages, nous en donnerons sa plus courte définition, qui n’est peut-être pas la plus réductrice : série B frontalement jouissive, Les Promesses de l’ombre est un parfait objet de pure mise en scène, dans la lignée inattendue d’un Siegel des meilleurs jours. Kitsch au possible, en même temps d’une noire splendeur réaliste, volontiers narquois, d’un homo-érotisme amusé, d’une violence inventive, effrayant et drôle, on tient là le plus excitant thriller depuis, hell, une éternité.
Florence Maillard
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Titre français La Nuit nous appartient
Réalisation James Gray
Interprétation Joaquim Phoenix Mark Wahlberg Eva Mendes Robert Duvall
Origine Etats-Unis
date de sortie 28 novembre 2007
Réalisation Ridley Scott
Interprétation Denzel Washington Russel Crowe Josh Brolin
Origine Etats-Unis
date de sortie 14 novembre 2007
Réalisation David Cronenberg
Interprétation Vigo Mortensen Naomi Watts Vincent Cassel
Origine Etats-Unis
date de sortie 7 novembre 2007
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