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Avant que j'oublie
L'âge des possibles
« Trois petits tours et puis s’en vont », voilà en résumé le magnifique film de Jacques Nolot. Que reste-il de nos amours ? A l’âge où paraît-il les possibles se ferment, Jacques Nolot fait le point, interroge en fiction des faits et des personnes, ouvre les yeux en continuant de vivre, ce qui n’est déjà pas si simple. Le réalisateur se filme, chez lui, avec des rencontres occasionnelles (prostitués ou livreurs de courses), filme ses errances à l’extérieur, d’autres rencontres et leurs drames respectifs. Le sida, aussi. Si la Chatte à deux têtes contenait, dans les dialogues de son réalisateur/acteur, encore quelques grammes de complaisance, Avant que j’oublie en est totalement dépourvu. Nolot se filme nu ou habillé avec son corps trop maigre ou trop gros mais garde toujours cette dignité qu’on appelle l’élégance. Nolot ne tient pas à faire « genre », il n’a pas de code, pas de références à faire, encore moins de cinéma dit de « l’autobiographie », il évolue avec nonchalance dans l’univers qui est le sien. Cet univers est homosexuel, et sa famille est composée, éparse et en perpétuel mouvement. Il y a les amis morts et les copains vivants, les anciens gigolos héritiers ou voleurs, les psys et Pigalle.
Tout y est vu de face, rien n’est biaisé. Ni les scènes de sexes (ce qui paraît-il en choqua beaucoup), ni les désirs ou les petites obsessions. Devant la caméra de Jacques Nolot, la douce folie des hommes apparaît, celle d’une errance quelque peu absurde qui se nourrit de passé, de deuils, qui respire la mélancolie et se retrouve à écouter le monde, et à en rire. Car le film de Nolot pourrait être d’une tristesse infinie, mais est drôle, vraiment. Et ce rire n’est ni nerveux, ni jaune, ni moqueur, ni rassurant : il est honnête, c’est le rire de nos propres travers, de nos peurs, d’une humanité aussi simplement présente qu’elle étonne.
Là où son image est perpétuellement présente, Jacques Nolot nous touche car il a sans cesse peur d’apparaître, de se montrer (nu, égaré, déguisé en femme). L’impudeur, ce serait de se cacher, de se taire. Et sa noblesse c’est de faire les choses devant nous, démystifier les secrets entre un créateur et son public, dire qu’on peut tout montrer, qu’on peut tout dire et que ça n’est ni violent, ni ridicule. Les confessions de Nolot font reculer les frontières de l’intime, les frontières du dire et immédiatement son film en devient libre. Maintenant on peut tout voir, sans obstacle, sans le cortège judéo-chrétien de la repentance, du tabou, du plaisir mesquin de l’interdit. Le seul plaisir de Jacques Nolot, et le nôtre, c’est la mise en scène. Pas d’adjectif plus faux pour qualifier les films de Jacques Nolot que subversif, car c’est au contraire dans un désir de simplicité et non de scandale que Jacques Nolot fait son film. Peut-être en effet qu’aujourd’hui, le miroir que nous présente le réalisateur nous fait peur. Il doit déplaire, car il est toujours préférable de se voir conquérant, travailleur et sûr de soi. Mais si le miroir devient subversif, c’est la société qui déconne, pas le miroir. Oublions nos arrogances, nos suppositions, nos arrières. Si Jacques Nolot ne crie pas « je suis » à tort et à travers, s’il ne fait que se montrer sans trop savoir ce qu’il advient pour ceux qui le voient, évitons d’imposer à son film nos propres limites morales. Écoutons le, c’est tout ce qu’il demande.
Pierre Eugène
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Réalisation Jacques Nolot
Interprétation Jacques Nolot Jean-Paul Dubois
Origine France
date de sortie 17 octobre 2007
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