Bellamy – Claude Chabrol

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Faut-il aller voir le nouveau Chabrol  ou revoir « L’inspecteur Lavardin » en DVD ?

Le Chabrol nouveau est arrivé et renoue avec la tradition du film policier. Si un film ne vieillit pas, à la manière d’un tableau, mué par la finesse d’un scénario, d’une mise en scène et de toutes ses composantes qui forment le mystère artistique et que les avancées techniques du cinéma ne pourront rider, pourquoi se rendre à son nouveau film, lorsqu’on peut revoir les anciens ?

Epineuse question qui me force à m’étendre dans cet article sur la maestria « intacte ? » d’un des plus grands réalisateurs français. En effet, son film oscillant entre une mise en scène parfaite du point de vue des cadres, du jeux, présente à l’opposé des zones plus incertaines, quant à la construction du récit et certains partis pris (Jacques Gamblin y interprète plusieurs personnages distincts sans que cela n’aie de sens), et nous fait parfois nous perdre dans une sorte flou. Est-il pour autant artistique ?

Ainsi, un célèbre commissaire de police en vacances reçoit un appel mystérieux d’un homme qui lui confesse son crime, et lui demande de l’aide. A partir de là, Bellamy enquête dans sa petite ville, réunissant des indices autour d’une bonne blanquette de veaux. Avant d’accuser, il accorde son crédit à ce voisin fugitif dont il ignore s’il est victime d’une pulsion meurtrière ou s’il est un machiavel.

La gageure de nouveauté du film est cette première association entre deux monstres sacrés, Chabrol et Depardieu. Après quelques années à filmer les amours équivoques de jeunes adultes, dans des œuvres à la qualité inégales, Claude Chabrol revient à un sujet plus personnel, celui de la vélocité intellectuelle et de la vieillesse. Il met en scène Depardieu vieilli, mais vif sorte de personnification de l’esprit leste Chabrol.

A travers l’apparence avertie, pudique de Bellamy, on perçoit une filiation avec les héros d’ Agatha Christie. Personnages souvent un oisifs, naïfs et qui cachent un esprit défiant toutes les logiques. Ainsi, Bellamy, commissaire en vacances peut enquêter au mieux car il n’a pas à s’intégrer dans sa propre communauté qui lui sert de terrain d’enquête car elle lui accorde déjà tout son crédit.

S’il y a une autre référence littéraire, on ne cerne pas vraiment quelle peut-être la référence à « Bel Ami », cela reste fou. En effet, Bellamy semble purement monogame et certain de la femme qu’il aime. Si c’était le personnage du fugitif (Jacques Gambin) qui incarnait le personnage transposé de Bel Ami, torturé entre deux femmes, on ne perçoit pas les caractéristiques du héros. Cet homme avachi qui hésite entre deux femmes nécessiteuses, sa femme criblée de dettes, et sa suave maitresse (Vahina Giocante) ne reflète pas l’assurance et le conflit entre le mariage d’amour et celui d’intérêt du héros de Maupassant. La filiation avec « Bel Ami » se cache alors peut-être dans le passé trouble de Bellamy, narré en ellipse à travers les allusives circonstances de sa rencontre avec sa femme.

Telles les miss Marple et autres consœurs, une ambigüité se lit dans ce personnage, ou les raclements de gorge, éructions et souffles marmoniques du monstre Depardieu dévoilent ses sentiments quant aux situations qu’il traverse. L’épuisement en devient le miroir de l’âme.

On ressent alors une sorte d’émerveillement en le regardant vivre et désirer. Désir résiduel, ou vivace, nous l’ignorons, tant sa femme (Marie Bunel) oscille entre objet de désir et Maman. Le film nous montre Bellamy qui regarde sa femme avec amour, et elle qui parfois lui fait humer la fraîcheur diaphane de son cou, tandis qu’ils résolvent les énigmes, mais les rapports sexuels ne sont jamais matérialisés à l’écran, le désir reste intact. Est-ce là l’expression de l’antagonisme entre le corps vieillissant et l’esprit ?

Ces ellipses des moments du passé, jamais dévoilés dans le film mais souvent mentionnés, ces choses qui se cachent en ville mais qu’on ne cernera jamais, nous place dans une définition confuse de l’histoire et du décor telles que nous pourrions les percevoir dans la réalité. A travers, un genre cinématographique, celui du polar qui devrait nous livrer toutes les clés de l’énigme, la mise en scène nous place au contraire dans une position non pas de simple spectateur mais de protagonistes certain de l’histoire.

Et en cela le flou nous tire alors vers une autre dimension. Si l’art est le moyen de matérialiser la pensée, le beau par la main, il semble que nous spectateurs chabroliens en sommes les phalanges. Et l’acquis de pouvoir être à nouveau ou peut-être pour la première fois les composantes de la main du maître, sont déjà quelques bonnes raisons de retourner voir un Chabrol.

Anne Grall

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