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The Black Dahlia

vu par Daniel Dos Santos

 

 

 

 

 


 

Non serviam ? (James Joyce)

 

If not much, you’ll be fully entertained!” déclairait Léonardo DiCaprio le soir de l’avant-première de The Departed au Grand Rex.

 

Ce commentaire, qui résume parfaitement le film de Scorsese, semble être devenu la nouvelle devise des anciens maîtres. Si Brian De Palma se laisse plus facilement entraîner vers un psychisme et une intellectualisation des thèmes qu’il utilise, il est, pour cette raison, souvent plus touchant que le premier et son cinéma plus ample, magistral, symphonique, envoûtant. Cette émotivité et ce manque de recul nous auront donnés des films si profonds qu’ils nous effraient. Aussi ils nous émerveillent, sans jamais mettre en doute la vérité de nos émotions, mettant plutôt en doute celle de leurs déclencheurs, de leurs circonstances. La vérité est chez lui toujours finale, principe dramatique absolu.

Les jeux cinématographiques de De Palma auront donné ses plus grands chef-d’œuvres, ceux où la narration cinématographique est exploitée à son paroxysme, ceux que De Palma lui-même aura scénarisés (Phantom of the Paradise, Raising Cain ou Femme fatale), probablement ses plus grandes réussites.

 

Mais qu’en est-il donc de The Black Dahlia, sujet d’expérimentations a priori idéal pour De Palma ? Grand film malade ? Non. Film grandement malade, plutôt. Si on y retrouve une certaine aise technique, De Palma, l’homme, semble absent du plus grand désastre de sa filmographie à ce jour.

Produit par Millenium films qui voulait, avec ce film, acquérir ses lettres de noblesses (et faire oublier des années de production de films de Jean-Claude Van Damme), Le Dahlia noir, gonflé d’un budget absurde, semble faire écho au Bûcher des vanités par son tournage catastrophique. Incompétence des laboratoires de développement hongrois (ayant rendu des séquences tournées inutilisables obligeant l’équipe à réitérer jusqu’à l’épuisement ce qui a été perdu), incompétence des techniciens hongrois, italiens, français, américains… les témoignages fusent. Mais un tournage est un tournage et si un seul homme est pris pour responsable, c’est parce que quoiqu’il en soit il doit être en mesure en toutes circonstances de faire contrepoids à la balance.

Etonnement. De Palma semble ici vouloir fuir tout conflit comme toute action. C’est ce qu’exprime sa caméra, fuyant le cadavre de Betty Short, puis la réaction due à sa découverte par une passante, pour finalement atteindre une banale conversation de rue. La parole remplace l’action. Tout s’effondre. On détourne la caméra pour ne pas voir. On y parle pour ne pas agir.

Lee /Bucky, amitiés perverses ? Kay (Scarlett, déesse figée) jamais entre eux, toujours au milieu. Il n’y a plus jamais de prise de position mais position sans prise. Josh Hartnett, Aaron Eckhart, Scarlett Johanson, Hilary Swank sont autant de statues de cire qui ont sacrifié leur humanité au Panthéon du « film de luxe ». L’exemple en est :si Hilary Swank tire son épingle du jeu, c’est par l’intonation de sa voix, son accent anglais, si Mia Kirshner (notre dahlia) tire son épingle du jeu c’est par la douceur de sa voix, symbole de son calme, de sa soumission envers la cruelle, cruelle société.

 

 

« It was the cruelest joke of all » nous dira l’un des personnages, que l’on n’a pas le temps de découvrir qu’il découvre le voile des mystères de toute l’enquête et meurt, dans toute la beauté de sa fonctionnalité.

 

« It was the cruelest joke of all »

Faire revenir du paradis William Finley, le temps de quelques plans, voyeur figé, assassin dont l’ombre en dit plus que l’être, maladroit qui tombera avec sa victime vers une chute mortelle. Sacrifice puis évaporation. Incinération. Les traces du massacres sont « nettoyées » : d’ombre à cadavre puis à cendres et fumée, le phantom n’aura jamais existé. 

 

« It was the cruelest joke of all »

Que Josh Hartnett voie brûler son meilleur et seul ami dont le corps devient étrangement gênant, même si ni la logique ni aucun personnage ne sait clairement expliquer pourquoi.

Que Josh Hartnett fasse mauvaise mine le temps d’un plan puis silencieux, rentre chez son meilleur ami s’approprier sa jeune veuve.

 

« It was the cruelest joke of all »

Sacrifier Mia Kirshner révélation crucifiée dont deux mains portent des stigmates christiques, grâce à une simple erreur de script redoublant une unique blessure (mais utilisant plus tard celle-ci à des fins narratives démonstratives).

Sacrifier Mia Kirshner à Hollywoodland, lieu régit par des hommes de pouvoir et de puissance économique, lieu où ceux-ci sacrifient les artistes. Mis en abîmes de la création d’un film-produit catastrophique ?

 

« It was the cruelest joke of all »

Conclure un film cruel par l’abandon des obsessions, la substitution des maris, l’acceptation de l’amant infidèle, l’oubli des morts.

Conclure un film cruel par le plus rayonnant des happy-ending du cinéma classique : un homme, une femme, un chez soi bien aménagé. Elle le fait entrer amoureusement. La porte se ferme. Le confort aura pris le dessus sur l’effort, le produit sur l’œuvre.

 

THE END

 

Daniel Dos Santos

 

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