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Réalisation Fernando Mereilles
Interprétation Julianne Moore Mark Ruffalo Gael Garcia Bernal Danny Glover Alice Braga
Origine Etats-Unis
date de sortie 08 ocotbre 2008
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Blindness |
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La Nouvelle Bible |
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« Un même est à la fois penser et être » Pour une défense du cinéma de science-fiction La majorité de la presse
professionnelle a ceci de constant qu’elle croit
systématiquement que le cinéma de SF,
particulièrement quand il est virtuose, est un objet industriel,
particulièrement machiavélique parce que trop
intentionné. Pour la simple raison qu’il donne vie
à un univers qui ne peut pas exister, on l’accuse
d’être un leurre. Et pour la simple raison que
l’altérité (d’un être ou d’un
monde) provoque inévitablement la comparaison, on l’accuse
de symbolisme facile ou trop didactique. Essai sur l'aveuglement Mais d’abord, est-ce Blindness
est un film de science-fiction ? Le terme SF conviendrait ici bien
mieux étant donné qu’il peut tout aussi bien
vouloir dire Spéculative Fiction. Et c’est bien de
ça dont il s’agit, de spéculer sur un monde autre,
dont le monde bouleversement global échoue dans le chaos. A ce
titre, il faudrait rappeler que le titre original du livre du Prix
Nobel portugais José Saramago, dont Blindness est l’adaptation, est simplement Ensaio sobre a cegueira, soit Essai sur l’aveuglement.
Le principe narratif (puisque cet essai a la forme d’une
histoire) est très simple : une pandémie
d’aveuglement blanc (les personnes infectés sont aveugles,
mais ne voient que la couleur blanche, soit non pas une absence de
lumière mais au contraire le mélange de la lumière
de toutes les couleurs à la fois) se répand de part le
monde. Les personnes infectées sont placées en
quarantaine. Nous suivrons la vie et l’évolution
d’un groupe d’inconnu placé dans un centre de
rétention anonyme. On pourrait dire alors que Saramago (et
Mereilles après lui) se fonde sur des idées existantes,
sur des rapports et des relations dont les problématiques sont
sinon connues, déjà présentes intuitivement en
chaque être humain. Mais ce que fait Saramago c’est
qu’il actualise ces idées bien connues de manière
originale et pour tout avouer de manière assez inconfortable (Blindness
comportant des scènes aussi intenses que cruelles). C’est
ce qu’il fait, parce que de son point de vue,
c’est-à-dire dans un optique mystique, les idées ne
nous appartiennent pas, ce sont nous qui appartenons aux idées.
Les idées sont donc des instances de l’univers en attente
d’actualisation. Mais ce n’est pas là un concept
uniquement religieux, les philosophes présocratiques
partageaient l’idée que le cosmos soit une grande
entité pensante. C’est avant tout un concept
philosophique. C’est là que se place Saramago en tant
qu’artiste, et c’est sans doute là la
définition même de l’artiste : il est
récepteur de ces idées. Mais il ne contrôle pas la
réception, il ne la choisit pas, il ne peut pas la provoquer non
plus. Si certain appellent cette qualité de l’artiste un
don, c’est justement parce que cette qualité de
dépend pas de lui mais d’une instance supérieure
qui l’utilise comme objet. Mais être un récepteur
n’est pas tout, encore faut-il être touché à
tel point par le message reçu que naît un besoin
littéralement vital de le transmettre aux autres. Mais ça
ne peut pas être, bien évidemment, pour prendre la place
de cette instance supérieure, ce serait plutôt pour
perpétuer le signal, quitte à la déformer, pour en
afficher l’importance. Ce procédé esthétique propre à Saramago n’est évidemment pas reproductible au cinéma. Parce qu’au cinéma il est impossible de représenter le médecin, la femme du médecin, la réceptionniste, le voleur, etc. Il n’y a rien qui puisse remplacer l’être humain. Nous avons toujours un médecin spécifique dont la présence physique, l’allure, l’expression lui est personnelle et ne peut plus être masqué par un tel attribut. C’est là aussi que se trouve la sobriété de Mereilles qui a transféré tout ce qui est du domaine du logique et de l’émotionnel au domaine du chaos et de la sensation. Le transfert opéré par Mereilles
est d’autant plus passionnant qu’il offre plus qu’une
adaptation, une relecture des trois méta-thèmes
développés par Saramago. Et il faut d’abord avouer
qu’aujourd’hui, il n’y a plus quasiment aucun film,
ni aucune œuvre qui puisse problématiser encore cette
trinité-là. C’est là le fond du
problème que l’on exposait en introduction. Comment
dérégler l’univers pour faire la critique de la
société et établir cette critique sur des
émotions humaines intimes ? C’est la question
nécessaire que pose inévitablement toute grand
œuvre d’art, c’est-à-dire toute œuvre
d’art réellement nécessaire. Il est intéressant par ailleurs de
noter que dans le réfectoire-prison dans lequel évoluent
les contaminés naissent plusieurs systèmes politiques
distincts. Parce qu’ici ce sont ces circonstances esclavagistes
qui mènent à la création d’un état
politique. Et le soulève par la même occasion la
question : n’en est-il pas toujours ainsi ? Tout
organisme politique ne naît-il pas tout d’abord pour
assuré la survie du plus grand nombre ? Cela viendrait
à énoncer un autre problème : sommes nous
tous esclaves dans le chaos ? Dans un monde où Dieu serait
absent ou aveugle (cette idée est d’ailleurs retranscrite
visuellement dans le film à travers des statues religieuses
montrées les yeux bandés) serions-nous réduit en
esclave ? Un rapport simple entre l’homme et le cosmos est
ici soulevé et s’illustrera à travers divers
exemples. Au milieu de ce chaos historique, c’est d’ailleurs une femme qui représente le seul témoin de la déchéance de la société et de la déchéance humaine. Comme dans diverses adaptations de Body snatchers, la femme, rescapée miracle de la pandémie qui prend source, là encore, chez l’homme, représente l’unique espoir de l’humanité. D’une certaine façon, cette femme c’est la mère. C’est elle, la femme du médecin, qui s’occupe de tous ces aveugles, leur apprend à manger, où dormir, où déféquer… C’est en quelque sorte à elle de dépasser la culpabilité historique de l’homme. Comme si Mereilles en choisissant cette histoire, tentait en quelque sorte de répondre au Munich de Spielberg chez qui l’homme était impuissant face à sa responsabilité historique, jusque dans l’acte même de procréation. D’une certaine façon, Mereilles a aussi choisi l’être le plus opprimé de la société contemporaine pensée à travers le microcosme de la famille, c’est-à-dire la femme, comme sa lueur d’espoir et échappatoire possible d’une société toujours primitive. Daniel Dos Santos N.B. Le film a été remonté depuis la version présentée au festival de Cannes |
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