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Cannes, paradis perdu
Impressions flottantes, évanescentes, ce sont les traces que laisse derrière lui le grand Festival de cinéma. Aussi, à Cannes, « la voix du peuple » était plus entendue ici que n’importe où ailleurs, comme si l’opinion d’un seul homme ne comptait plus dans un univers où chacun crie son opinion, donne son avis sur une immensité de sujets, de films... Cannes est l’exemple même de ce que la démocratie a de sordide car il n’existe aucun endroit, aucun événement au monde plus démocratique que Cannes : ici l’on se fie à l’avis des autres sur quelque sujet que ce soit dont on ignore tout, suit quelques personnes dans leur activités, en entraîne d’autres au gré de nos désirs, désirs qui perdent par ce fait de leur aspect intime. Cannes est aussi l’exemple même de ce que le communisme a de sordide, car, aussi, il n’existe aucun endroit, aucun événement, plus communiste que Cannes. A quoi se résume donc l’expérience cannoise ? Un sentiment de solitude à trop être entouré de visage inconnus et un désir de solitude à trop être entouré de visages familiers (« on croise à Cannes les gens que l’on essaie d’éviter toute l’année à Paris » dit-on). Une frustration toute paradoxale que l’on retrouve partout, à tous les niveaux, un sentiment perpétuel que l’on rate quelque chose d’important qui va rendre inintéressante toute chose que l’on ne rate pas. Quels souvenirs peut-il en rester ? Le souvenir puissant de quelque chose, quelque morceau de vie qui passe et se destine à l’oubli. Quelques films restent mais ce n’est pas l’essentiel (même si les films de Cannes se voient par rapport à leur contexte, comme Marie-Antoinette était peut-être le plus beau film de l’an dernier, Le Scaphandre et le papillon et Mister Lonely sont les plus beaux de cette édition, tous ces films englobent tout entier leur contexte cannois et laissent au-delà une trace de solitude et mélancolie). L’essentiel est bel et bien d’avoir fait le sacrifice du temps, d’avoir fait un voyage si dense qu’il ressemble plus à un rêve qu’à un morceau de vie. C’est aussi pour cela que je me suis attaché à des espaces vides, voire complètement déserts, dans des photos quasiment photos de vacances qui n’ont de valeur qu’en s’imaginant le paradoxe sur lequel elles se fondent, celui qui les a provoquées. Des images vides pour oublier le bruit, la foule, la vie. Des images pour que Cannes-la-ville, pour que le monde parle (à nouveau) de lui-même.
Daniel Dos Santos
P.S. L’intégralité des photos de Cannes est visible en cliquant sur ce lien...
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