Capitalism: a love story – Michael Moore

Michael Moore + économie a de quoi éveiller la méfiance. Après tout, si Bowling for Columbine et Sicko sont ses films les plus amusants, n’est-ce pas justement, parce qu’ils se concentrent sur les aspects sociaux de ses sujets ?
Capitalism: a love story se conclut sur l’opposition, faite par Michael Moore, entre capitalisme et démocratie. Sur quelle base peut-on placer cette comparaison ?
Ce que le film tentera de nous dire, c’est que le capitalisme est l’objet, la politique du Mal. Seulement, l’architecture du propos (et donc du film) lui-même soulève chez moi une toute autre question : est-ce qu’une critique négative infondée n’est pas, après tout, une critique positive ? Est-ce que finalement le titre Capitalism: a love story ne serait-il pas, plus qu’un constat critique ou qu’une critique fonctionnant par l’ironie, une simple déclaration d’amour ?
California Company town, documentaire de Lee Anne Schmitt réalisé en 2008, a un forme totalement opposée à celle de Michael Moore. Son film ne montre que des paysages déserts, photos, documents d’archives qui vont décrire une réalité historique fondamentale du capitalisme moderne. Dès le début du XXème siècle aux Etats-Unis (ici en Californie) un grand nombre de villes ont été fondées par des entreprises. Ces villes appartenaient toutes entières à l’entreprise. Les maisons étaient habitées par les employés de l’usine (usine qui était, évidemment, le cœur de la ville) ou bien alors par les employés des boutiques, épiceries, boulangeries, mini-marchés… qui appartenaient tous à l’entreprise. Celle-ci possédait les terrains et avaient fait appel à des architectes pour construire leur ville idéale (comparable aux suburbs américains, ces villes étaient notamment bâties autour d’une grande rue, ce « main street » passé dans le langage courant, pour permettre aux patrons de voir et de stopper facilement d’éventuelles grèves, à cause de cette unique voie d’accès vers l’usine). Etant ainsi à la merci de l’entreprise, l’employé n’était condamné qu’à être qu’exploité (et un employé qui se rebelle est un employé renvoyé et donc, chassé de sa maison et étant forcé de changer de ville). Avec la désindustrialisation massive depuis une trentaine d’année, ces villes sont devenues peu à peu des villes fantômes, complètement désertes, à l’abandon au milieu de nulle part. Mais avec ces villes, disparaît la seule tentative concrète d’utopie capitaliste.
Or, Michael Moore ne défend pas autre chose que ce système utopique alors que l’harmonie y est impossible car il se fonde en lui-même sur un conflit d’intérêt employés /entreprise : chacun d’eux voudra plus d’argent ! Et c’est cette lutte que nous décrit le film de Michael Moore, tout en nous disant que certaines personnes ont raison de vouloir plus, mais d’autre non. Capitalism: a love story se fonde sur cette injustice, et y place l’idée de démocratie comme libératrice de la majorité.
Mais comment faire confiance à quelqu’un qui prône l’intolérance envers les minorités suivant une logique qui se contredit elle-même (« nous voulons faire plus d’argent tous ensemble », « nous ne voulons pas que vous fassiez plus d’argent »…) et surtout, suivant la tendance même du capitalisme, réduit ses sujets en objets ?
De par ses remontages de discours, coupes sur les bons mots, répétitions d’hésitation, etc… Michael Moore réduit ses intervenants à l’état d’objet, destinés à faire tourner la machine du message idéologique du film : la démocratie a son défenseur, suivons-le !
On peut penser que cette identification du spectateur, grâce à un mécanisme grossier générant l’empathie pour tous les malaimés du système économique capitaliste, à la démocratie elle-même comme idéologie (plus que comme organisation politique) formule la tentation « totalitaire » du film : si nous devenons les soldats de la démocratie, c’est la démocratie qui dispose immédiatement de nous. Michael Moore n’encourage pas le spectateur à défendre sa propre conception de la démocratie, mais bien la sienne, alors qu’il édifie la démocratie comme une idéologie sur laquelle il ne peut exister d’opinions différentes. La démocratie n’est pas selon lui une affaire de point de vue ! La voie de la terreur semble immédiatement ouverte : qui saurait s’opposer à la démocratie ?
Daniel Dos Santos
Bonus dvd. On notera par ailleurs dans les bonus du dvd, un discours du président Jimmy Carter de 1979, placé là, seul sans commentaire, discours dénonçant les dangers de la consommation. On devine pourquoi Michael Moore s’est intéressé à ce discours. Outre le message idéologique (espoir, démocratie), il est le modèle dialectique du film de Moore. Consommation s’oppose à capitalisation mais sont tous deux les faces d’une même pièce.






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