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Death Proof

  


 

 

Retour au cinéma posture

 

Cette fois-ci, Tarantino lui a donné un nom : Grindhouse ! Ce qu’il initiait dans Kill Bill (double programme, même ouverture sur un carton titre : « Our feature presentation ») s’affirme plus encore dans Grindhouse : la recréation d’un petit théâtre d’effigies personnel, s’appuyant sur la représentation d’un certain cinéma d’exploitation.

Si Kill Bill usait et abusait de la richesse de la cinéphilie de Tarantino dans le but d’utiliser toutes les variantes du cinéma d’exploitation (et de s’en affranchir), Death proof au contraire veut plus modestement coller aux genres qu’il pastiche. Death proof n’est donc rien de plus qu’une répétition : 1) répétition du cinéma d’exploitation des années 70 ; 2) répétition de l’actualisation de ce cinéma, donc répétition de Kill Bill ; 3) répétition d’un premier programme Grindhouse auquel il succède (Death Proof est le film N°2 du programme Grindhouse) ; 4) répétition d’un même principe narratif : Death proof contient deux mêmes histoires, dédouble une même structure.

 

La radicalité de Death Proof (la plus étouffante jamais mise en place par Tarantino) tient donc du principe de faire un film sur la vitesse ancré dans le statisme. La parole n’est plus un détour de l’action mais un produit de remplacement, un remplissage insolent, un statisme de l’action annoncée. Death Proof est en tous points le simulacre de ce qu’il répète : c’est un geste sans action, une « vérité qui cache le fait qu’il n’y en a aucune ».

La fiction est d’ailleurs prétexte à la reconstitution, et Death proof n’est plus alors qu’un reflet de Kill Bill : usant de sa musique (Twisted nerve de Bernard Hermann), ses effets de montage (passage arbitraire au noir & blanc puis retour à la couleur), ses personnages (le Shérif Texan et son fils, « son number one » tout droit catapultés de Kill Bill vol. 1 et conservant la même posture) et même de son tournage (Zoe Bell était la doublure d’Uma Thurman, les actrices qui l’accompagnent interprètent sans doute ses amies sur le tournage, elles se réfèrent abondamment à l’équipe : l’actrice couchant avec le réalisateur (cas d’Uma Thurman à l’époque), Daryl Hannah, un machiniste surnommé « The Rock », membre de l’équipe de Kill Bill… Mélange saugrenu entre Dirty Mary, crazy Larry (Larry le dingue, Mary la garce) et La Nuit Américaine ? La densité du cinéma de Tarantino évite toujours par bonheur de telles questions. Néanmoins, l’accumulation de scènes dépourvues de sens narratif (les nombreuses scènes de dialogue, qui ont pour unique but la caractérisation des personnages) favorise la persistance de cette question.

 

Cette caractérisation excessive des personnages, dérisoire comme référant à un cinéma d’exploitation qui ne s’attarde pas à de telles mises en scène, accentue paradoxalement l’aspect d’effigie des personnages. Aussi élaborée soit la caractérisation, les personnages sont invariables, victimes de leur caractère, incapables d’une évolution émotionnelle profonde. Aussi, ils sont comme figés dans le temps : Stuntman Mike dans la nostalgie des années 60-70, visible physiquement par son allure, sa coiffure, ses vêtements ; les filles dans la pellicule du film : qu’elles soient prises en photo par Stuntman Mike, sur des panneaux d’affichage parsemant la région, ou bien encore prenant constamment des poses lascives (de Sidney Tamia Poitier reproduisant une image d’un film avec Brigitte Bardot, à Rosario Dawson endormie sur une banquette arrière ou assise sur une voiture, ou Mary Elizabeth Winstead endormie sur une chaise face à un redneck…). Il n’y a plus de gestes, il n’y a que postures. Il n’y a plus de personnages, il n’y que des corps. Il n’y a plus d’action, il n’y a que des rituels. Tout n’obéit plus qu’au programme d’idolâtrer et sacraliser chaque image pour sa nature même d’image. Le film tout entier se figure comme un système mécanique, un circuit fermé, un produit industriel, une machine à l’arrêt qui se profile paradoxalement comme une ode à la performance mais n’en assume pas les fonctions.

L’irréprochable logique de Death Proof se transforme finalement en ironie par sa conclusion : l’action se révèle brusquement pour atteindre l’apothéose ; cette séquence d’action, par son dénouement, doit mettre fin à toute possibilité d’action. Malgré tout, le flux d’énergie libéré est si fort et instopptable que le film lui-même ne peut y mettre fin. Et dans un dernier spasme d’action (un dernier plan coupe le générique de fin) le film se coupe à nouveau : l’action toute-puissante, incontrôlable ne peut que, par l’ironique perpétuel désir de frustration que cherche le film, s’arrêter.

 

Daniel Dos Santos

 

La violence comme jeu d'enfants

 

« C’est quelquechose de sexuel ! » exclame l’inspecteur de police lorsqu’il essaye d’expliquer à son fils pourquoi Mike Le Cascadeur utilise sa voiture infaillible pour tuer de belles filles. Le plaisir de Mike est semblable à celui qu’éprouverait un garçon regardant ces « crash test dummies » s’éclater en morceaux contre le mur entre la carrosserie déchirée par la force de l’impact. L’ego méprisant des belles filles (dont Jungle Julia qui a des affiches partout dans la ville, Butterfly qui vient de lui faire un lap dance non sans réticence initiale) se voit annihilé lorsque la voiture noire implacable (ornée d’un dessin de crane et surtout un petit canard métallique) fonce droit sur les filles chantonnant au volant. Le triple orgasme qui se produit lorsque la voiture de la mort détruit la voiture des filles est spectaculaire : La collision se répète trois fois nous permettant d’admirer au ralentit le sort individuel de chacune des filles.

CRASH ! Shanna est projetée par le par brise comme un mannequin trapu !

CRASH ! « Jungle Julia » qui avait sorti sa jambe par la fenêtre se la fait séparer de son corps !

CRASH ! Une roue déchire le visage de « Butterfly » !

 

Dans la Deuxième partie du film, Le plaisir des gamines (stunt-girls) est celui de punir l’enfantin Mike qui humilié et surpris par leur vigueur s’efface « c’était juste pour déconner ». Il s’excuse et gémit comme un gamin, inutilement vu que les trois filles vont le cerner pour l’abattre à coup de poings une fois la poursuite terminée.

PANG ! Zoé, La doublure de Uma Thurman dans Kill Bill (elle joue elle-même) lui assène le premier coup de Poing.

PANG ! Kim qui lui avait déjà tire une balle sur le bras, continue.

PANG ! Abernathy (Rosario Dawson) Lui assène son coup de poing pour ensuite lui enfoncer sa botte dans son crâne (après le carton de « fin » pour que ça soit clair).

 

Si les réprimandes fatales des « tough girls » viennent détruire la virilité du tueur avec un générique qui finit sur le morceau « Chick Habit » de Gainsbourg (qui répète « laisse tomber les filles »), ce n’est pas un film moralisateur sur la supériorité des filles vu le double plaisir sadomasochiste de ce jeu d’enfants. 

 

Alyosha Saari

 

Le cinéma juke-box

 

« C’est quelquechose de sexuel ! » exclame l’inspecteur de police lorsqu’il essaye d’expliquer à son fils po

Juke box, le cinéma de Tarantino l’est à la première écoute, et Death Proof une fois encore, compilation et combinaison de tubes pop, rock ’n’ roll et variété. Tarantino coupe, organise ses chansons sur un rythme ordonné par deux vitesses : celle des images (les danses et poses lascives des filles) et celle du montage (exemplaires sont toujours les débuts et fins de ses films, du noir initial à l’image première, et de l’image dernière au noir conclusif, comme on allumerait le moteur d’un bolide).

Juke box, Death proof l’est visuellement (Tarantino signe lui-même la photo), réutilisant, reconduisant des thèmes (le cinéma d’exploitation américain des années 70, les productions de Roger Corman notamment) en les actualisant (portables, fashion magazines, clopes au placard).

On peut appeler ça du postmodernisme, le choc de l’ancien et du moderne (le premier plan, posant une jeune fille de façon identique à une photo tirée d’un film il me semble avec Doris Day, serait à la fois clin d’œil et provocation), que je voudrais appeler nouveau réalisme cinématographique.

En histoire de l’art, ce courant a déjà ses peintres et sculpteurs, et si j’y ai songé c’est que la même semaine j’ai vu Death Proof et je me suis rendu à l’exposition donnée au Grand Palais sur précisément les nouveaux réalistes. J’y ai noté une phrase qui pourrait permettre d’aborder ce dernier film de Tarantino et son cinéma sous un angle esthétique, cinéma de l’artificialité et de la vitesse. Dans une pièce présentant plusieurs œuvres au néon de Martial Raysse, un vieux juke box fait de métal et de plastique, matières neuves et primitives à la fois, y diffusait des singles des années 60’s-70’s. Voici ce que Raysse nous dit de ses travaux : « Le néon exprime la vie moderne. Vous pouvez projeter l’idée de couleur en mouvement, c’est-à-dire un mouvement de la sensibilité, sans agitation ».

Il me semble que si Death Proof est à ranger dans cette catégorie sublime du cinéma juke-box, c’est que comme l’objet placide qui diffuse énergie et rythme dans un coin de café, il allie le trépignement et la fureur, l’accélération et le sur-place avec un sens de la circulation (des acteurs) et du flux (de la parole) absolument épatant.

Est-ce important pour goûter au plaisir du film ? Certes non, et tant mieux.

 

Mikaël Gaudin-Lech

 

  

 

 

 Réalisation

Quentin Tarantino

 

 Interprétation

Kurt Russel

Rosario Dawson

Zoe Bell

Rose McGowan

 

 Origine

Etats-Unis

 

 date de sortie

6 juin 2007

  

 

 

 

 

 

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