Stardust Memories.com  

accueil

 

 

 

 

The Departed :

Crépuscule édulcoré d'un cinéma

vu par Sam Bischoff

 

 

 

 

 


 

La critique de cinéma à l’œuvre aux Etats-Unis montre que plus que jamais, Scorsese est devenu un réalisateur sacré. Bien que The departed soit le remake de l’œuvre Hong Kongaise Infernal Affairs, les critiques prétendent que tout d’abord, le réalisateur asiatique doit son inspiration à Scorsese. Cette réciprocité donne Scorsese comme terrain original de l’expression cinématographique et évite en même temps à ses films de devenir des doublons :

 “ The Hong Kong film owes an enormous debt to Mr. Scorsese (…) The Hong Kong and Hollywood action films are themselves doppelgangers (copies) of a sort, and Mr. Scorsese, himself larger than life, is one of their biggest, baddest daddies. Manohla Dargis, publié le 6 octobre 2006 dans le New York Times.

Avec ironie, une scène du film de Scorsese fait intervenir des chinois, scène ridicule et bouffone, qui creuse un peu plus un écart et une séparation entre le cinéma américain et asiatique- de genre. Car Scorsese a décidé de ne pas voir Infernal Affairs, pendant que Wai Keung Lau et Siu Fai Mak, ont été déçus par le film de Scorsese.

La vision des Infiltrés, malheureux titre français du film, pose la question de la variation et de l’évolution des thèmes dans l’œuvre du cinéaste. En se concentrant sur les films de gangsters, le cinéma de Scorsese suit une évolution concertée. On pourrait la traduire en un passage de l’introversion à l’extraversion, de l’intime au spectaculaire. Ainsi, l’opus de 2006, arrive bel et bien en résultat logique d’une filmographie qui tente de s’ouvrir et se diversifie. En 1967, est tourné Who’s that knocking at my door, aussi appelé aujourd’hui I call first. Le film préfigure déjà Means Streets (1973) avec l’omniprésence de la rue, et la formation de groupes, ce qui allait devenir une mafia. Il est possible de voir la filmographie de Scorsese comme l’image d’une montée en puissance : force du montage, expression de la violence. Dès lors, il est possible de concevoir ce cinéma comme une mue, une sortie du corps, en quelque sorte une catharsis ; l’ascension du cinéma Scorsesien s’est faite sur le modèle de la chenille devenue papillon. En prenant comme référent la gestuelle des acteurs et leur parole, on remarque que la transformation se fait dans une certaine direction : l’expulsion des passions, l’extraversion, présents à la fin de Taxi Driver (1976), dans Les affranchis (1990). Les premiers films mettent en scène une fébrilité, voire une fragilité des personnages. Dans Who’s that’s knocking at my door, le jeune Harvey Keitel a un jeu tout en douceur et privilégie la séduction sur l’action. Il en va de même pour Means Street, où De Niro joue le rôle d’un homme tendre qui finit par mourir. Dans Taxi Driver, encore une fois, De Niro est un personnage touchant, perdu et voulant désespérément se vider de ses passions.

Les affranchis amène le grand changement : le corps, la violence et l’action qui étaient jusque là en rétention éclatent. Le film est immédiatement suivi de Cape Fear (1991), film plus grossier, mais qui expérimente la toute puissance du corps, embrasé, à vif.  Dans les affranchis, puis dans Casino, la libération de la violence augmente, pour atteindre un sommet dans la scène d’ouverture de Gangs of New York. La mafia et le sang, la trahison et la violence sont des thèmes récurrents, qui apparaissent avec de plus en plus de légèreté.

De prime abord, l’aspect désinvolte de The Departed choque. On pourrait croire que Scorsese pastiche ou parodie ses propres films, hypothèse néanmoins plausible. Aussi, The departed permet de voir nostalgiquement des deux côtés du miroir. L’aspect actuel et banal d’un cinéma de la  pure extériorité de The Departed fait écho à la dure concentration et singularité des personnages de Taxi driver.

Par ailleurs, pour ne pas en rester à cette hypothèse, une autre voie autorise à mieux comprendre The departed. Dans le récent History of violence de David Cronenberg, le monde mafieux apparaît comme un cliché. Le massacre qui marque la fin du film de Cronenberg use les ficelles du genre. La violence va jusqu'à l’épuisement, dans un bain de sang. Cronenberg et Scorsese conjuguent un regard critique envers le film de mafia, n’hésitant pas à utiliser la dérision, une sorte d’humour noir. Les deux réalisateurs sont conscients des règles et des enjeux, et les poussent jusqu'à l’absurde. Dans le film de Scorsese, une scène humoristique exprime clairement cet aspect. Deux hommes de main attendent devant la porte d’un bar. L’un explique à l’autre que le moyen de démasquer les flics est d’observer les gens qui se déplacent discrètement sans faire attention a eux. Les deux compères se mettent à jouer à démasquer des flics, et aussitôt la rue regorge automatiquement de flics potentiels.

Cinéaste héritier de la génération de Sam Peckinpah, Scorsese s’oriente aujourd’hui vers des films « ludiques », et ne s’inquiète plus du tout de leur redonner une force souterraine, l’identité saignante de ses débuts. 

Dans une récente interview pour le magazine Panic, William Friedkin revenait sur le fait que le choix d’un visage au cinéma est essentiel, qu’il est le paysage principal du film. The Departed déroule une galerie de portraits, assemble un chapelet de célébrités qui ont chacun eu leur heure de gloire. Est-ce un principe hollywoodien ?

Cette quantité d’acteurs célèbres est peut être la grande erreur du film. Scorsese ne façonne pas des personnages, il importe des rôles. Il fait venir pour le show Jack Nicholson, chez qui l’acteur et l’homme ne font plus qu’un. Suit toute la série des Martin Sheen, Alec Baldwin, Mark Wahlberg,… En important des personnages tout faits, Scorsese obtient des héros fabriqués, des scènes fabriquées. The departed fonctionne à la façon d’un patchwork, convoquant des « images » d’acteurs plutôt que de les créer et de renouveler ainsi son cinéma.

 

                                                                                                                       Sam Bischoff

 

 

                                                       Article lié au sujet :

                                              The Departed : The last waltz

 

 

 

 

 

 

 

Abonnez-vous à Stardust Memories...

 

Stardust Memories © 2005-2006