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Editorial # 36

12 mars 2010 3 543 views No Comment

L’horreur a rendez-vous avec vous

Les effets du réel se répercutent-ils dans les fictions cinématographiques ? ou est-ce l’inverse ? La question se pose tout particulièrement avec le cinéma d’horreur qui a su évoluer depuis un peu plus de cinq ans vers des sphères plus politiques. Mais ce qu’on observe dans le cinéma d’horreur, c’est moins un retour d’un certain réalisme (on pense à [Rec] et sa suite, Cloverfield, Paranormal activity…) que vision politique du monde. Car en passant par le prisme politique, certaines fiction dites réalistes (on pense surtout à l’innommable Paranormal activity) n’a bel et bien rien à dire, alors qu’un film comme Daybreakers, si.

Il y a donc une fraction du cinéma de genre en deux catégories : la première élabore une sublimation de la fiction, qui nous montre une conception du monde au-delà du réalisme et nous plonge dans l’individualisme le plus complet.  Or, ce n’est pas un cinéma post-idéologique, mais un cinéma qui véhicule, au contraire, les codes moraux d’une société souvent totalitaire. Il n’est pas exagéré de dire cela aux vues des codes cinématographiques (que l’on pourrait simplement appelé clichés) qu’on voit se répéter en vue d’établir une conception du monde que l’on devine. Parce que le fait même de deviner par avance la conception du monde d’un film, son parcours, sa morale, ses métaphores, particulièrement lorsque le film semble prôner haut et fort un message qui le surpasse destiné au spectateur, fait de ce film un objet vulgaire et complètement idéologique. Ce film dévoile une vision politique totalitaire lorgnant parfois vers le fascisme.

La deuxième catégorie est celle qui prend les chemins de traverses, poétise la politique à travers des allégories qui laissent deviner une vision complexe du monde, des idées et des idéaux politiques qui se contredisent et discutent entre eux. Ceci n’est pas forcément littéralement exprimé dans la narration, mais se fait parfois le jeu d’une certaine esthétique, d’une « mise en forme » de personnages, bref de l’utilisation plus de l’allégorie que de la métaphore.

La tendance du cinéma de genre de cette fin de décennie s’exprime brillamment ce mois-ci par un éventail passionnant de films allant du chaos du cinéma de Rob Zombie (Halloween II nous sort en France directement en dvd, jusqu’à l’instabilité du monde des frères Sprieg (leur deuxième et beau film Daybreakers sortant en salle ces jours-ci) jusqu’à l’anarchie pulsionnelle du giallo d’Helène Cattet et Bruno Forzani (leur premier film, Amer, sortant dans quelques salles est sans doute un des plus beaux films de ces dernières années) en passant par le chef-d’oeuvre qu’est Morse de Tomas Alfredson qui sort ces prochains jours en dvd.

Daniel Dos Santos


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