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ENTER THE VOID – Gaspar Noé

Daniel DOS SANTOS5 mai 2010 1 594 views No Comment

What is reality? What is concret?

Une nuit, un homme meurt. Sans savoir pourquoi ni comment. Un coup de feu. Il est surpris.  Et tandis qu’il atteint le paroxysme de la détresse physique, il commence à percevoir un bruit désagréable, comme un fort timbre de sonnerie ou un bourdonnement. Il voit ses mains. Il ne les bouge pas. Il n’en est pas capable. Dans le même temps il se sent happé. Il se retrouve soudain hors de son corps physique, sans toutefois quitter son environnement immédiat. Il aperçoit son propre corps à distance, comme en spectateur.

Le spectateur qui regarde Enter the void, lui, est immergé dans son corps. Il voit à travers ses yeux. Il est d’abord dans son esprits. Il finit dans son âme.

C’est un voyage sans précédent que nous propose Gaspar Noé.

L’histoire tiendrait en quelques lignes. Après la mort de leurs parents, un petit garçon, Oscar, fait la promesse à sa sœur, Linda, de veiller sur elle, toujours, même par delà la mort. Ils furent néanmoins séparés. Plus tard, Oscar deal de la drogue à Tokyo et fait venir sa sœur là-bas grâce à cet argent. Un soir, il est tué. Le film entier sera filmé en caméra subjective, d’abord pour figurer le regard d’Oscar (avec le clignement des yeux notamment…) puis après sa mort, pour figurer son âme errante.

Gaspar Noé avec Enter the void, réalise un rêve de cinéma. Celui d’explorer la vie après la mort, de décrire la réalité, celle cachée derrière le voile des apparences, sans être l’esclave des principes causals d’une simple narration. De nombreux films ont utilisé l’idée de vie après la mort comme matière pratique à une fiction fantastique, comme un réservoir de fiction pouvant habilement déclencher une narration sans imagination. Presque aucun n’a eu le courage d’affronter l’idée de mort et de renaissance frontalement, de manière centrale, c’est-à-dire sous ses aspects les plus expérimentaux et intimes, sous la forme de pur fantasme.

La puissance inégalable du cinéma se déploie. Le cinéma peut être psychomanteum. Il peut nous faire voir la mort et nous faire renaître. Il nous refléter l’image de quelqu’un d’autre. Il peut être une expérience spirituelle. Gaspar Noé nous le prouve, comme Stanley Kubick avant lui, avec un film finalement très similaire, 2001 : a space oddissey, qui touche aux mêmes thèmes métaphysiques de la mort, la renaissance, la problématique du corps en moins (ou du moins largement mise de côté chez Kubrick).

En nous projetant dans la peau et dans l’esprit de son personnage, Enter the void nous réduit à un pur regard désincarné observant sa propre absence. La magie du film réside dans cette unique propriété : elle nous place dans la position fondamentalement subjective du fantasme: la réduction à un object a, à un regard qui observe le monde dans la condition de non-existence du sujet (le fantasme d’être le témoin de sa propre conception, de la copulation parentale, d’être témoin de sa mort, de son enterrement ou ici crémation…).

Seulement, il faut considérer le cauchemar comme faisant partie du fantasme, car le voyage de notre personnage ne vise qu’à entrer dans un espace fantasmé dont il se trouve structurellement exclu. Soit, nous vivons le film comme fantasme, mais le personnage produisant ce fantasme se trouve par définition, dans un cauchemar.

La beauté du geste, c’est que le film sait rester méditatif, réfléchir à son état tout comme au principe même de subjectivisation propre cinéma. C’est-à-dire qu’il explore de façon purement cinématographique ce que Philip K. Dick écrirait simplement dans ses histoires. Il n’est pas fortuit de citer ici comme oeuvres les plus proches de Enter the void les histoires de Philip K. Dick. D’abord parce que Dick comme Noé puisent leur inspiration dans le Livre des Morts Tibétains (qui narre le cheminement de l’âme de la mort à la résurrection). D’autre part, Enter the void comme de nombreux écrits de Dick questionne la possibilité même de réalité objective, tout en la présupposant comme le pire cauchemar de l’être humain (Enter the void comme  Ubik en univers contemporain ?). La dérive de Dick dans la science-fiction pourrait très bien exprimer une forme d’écriture qui tentera de matérialiser la spiritualité : si je n’existe pas dans cet univers, c’est que j’existe dans un autre. Pensée rassurante, base de toutes les religions, tentant de nous conforté face au néant.

Alors qu’est ce que l’autre univers ? 1. Un univers sans présence. Je suis là, mais je suis plus présent. 2. Un univers sans mémoire. Mes souvenirs se mélangent. Ma réalité historique se fond dans l’incohérence jusqu’à ne plus exister comme telle. 3. Un univers sans temps. La synchronicité est la seule règle de l’univers. Passé, présent, futur sont mélangés. Les liens de cause à effets n’existent plus et sont réduits à n’être que le voile d’une vérité fondamentalement imperceptible.

Certaines personnes croient en une réalité objective indépendante de nos sens, base matérialiste dans laquelle nous, objets, circulons. D’autre, comme Noé, ne conçoivent de réalité qu’en rapport à nos perceptions, nos illusions. N’est-ce pas là l’aboutissement indépassable du cinéma ? Palper physiquement nos fantasmes, ne pas leur donner la cohérence d’un objectivisation, retrouver son état d’innocence antérieur à la castration, faire de soi-même, spectateur, un pur sujet.

Daniel Dos Santos

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