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La trilogie Evil Dead

  


 

Survivre, combien de temps ?

 

« Ecoutez attentivement, car il ne reste que peu de temps »

Ash (bonus dvd de Army of Darkness, introduction coupée)

 

Les premiers films cultes de Sam Raimi, baptisés par lui-même : The Evil Dead « The Ultimate Experience in Grueling Horror » (1981), non seulement sont divertissants mais ils sont aussi pleins d’inventions plastiques et d’audaces narratives. Les trois films ont été faits dans des conditions de production tout à fait différentes. Le premier ne dispose que d’un très faible budget et donc Raimi (âgé alors de 21 ans), Campbell et Tapert doivent tourner comme des fauves dans une cabane abandonnée au milieu d’un bois. A la suite du succès du film (et de l’échec relatif de son deuxième film, Crimewave, sur un scénario signé par les frères Coen, avec qui il partageait une chambre à l’époque à Los Angeles), à l’âge de 26 ans,  Raimi revient à la série avec Evil Dead 2 ; le principe est le même, mais la bataille contre le mal prend ici une dimension plus rocambolesque vu le budget plus conséquent dont bénéficie l’équipe. Dans le troisième volet Raimi, maintenant âgé de 32 ans, se fait produire par Dino De Laurentiis de façon encore plus conséquente et le film bascule dans une aventure épique au Moyen âge.

 

Bien que le style visuel de Raimi, avec ses mouvements de caméra ultra-dynamiques et son sens de l’humour (admirateur des trois Stooges, Raimi invente le “splatstick humour”, c'est-à-dire le gore humoristique, où par exemple un œil est expulsé de son orbite pour ensuite tomber dans la bouche grande ouverte d’une femme qui crie de terreur) soient des atouts, c’est Ash, le personnage central, qui inspire chez les spectateurs un attachement qui va jusqu’à la tendresse.  Malgré une certaine torpeur, Ash se bat comme un chef contre des forces du mal de plus en plus puissantes qui lui font subir les tortures les plus atroces : après une bataille incessante, lorsqu’il émerge de la caverne, il va finalement faire jour, les mains de l’horloge l’indiquent, il a tenu bon, il est sauvé… Ah non ! Ici les esprits contrôlent aussi le temps, les aiguilles de l’horloge tournent à toute vitesse et 12 heures passent en une seconde, il fait nuit de nouveau et le calvaire continue. Ce qui est a priori un gag cruel contre le personnage principal révèle la problématique profonde de la trilogie Evil Dead : la lutte contre le temps. D’ailleurs on remarquera que l’horloge est omniprésente dans les deux premier films (ceci n’est pas un hasard car on la voit apparaitre dès les story-boards), et que dans le troisième film il fait un bond dans le temps et se retrouve au Moyen âge.

 

Etant donné le succès du premier Evil Dead, la bande de Raimi prépare Evil Dead 2 (1987), mais pour un grand public.  Ils veulent que ça soit encore plus choquant et débordant que le premier, mais ils ne veulent pas trop heurter les sensibilités et cherchent à éviter la censure (déjà le premier volet avait choqué par la scène où une femme se fait violer par les esprits de la foret incarnés dans les branches qui la pénètrent). Donc pour que les litres d’hémoglobine qui coulent à flots paraissent moins violents ils décident d’utiliser plusieurs couleurs, désormais on a droit au sang noir, bleu, jeune, vert et même rose fluo. C’est la même technique qu’avait utilisée Alejandro Jodorowsky dans La Montagne Sacréeaprès que les rivières de sang rouges de El Topo eurent trop secoué la sensibilité des spectateurs.

 

Cette lutte sanglante contre le mal et le temps provoque le mouvement perpétuel et les inventions plastiques de Raimi foisonnent : on retrouve souvent le point de vue subjectif du monstre qui poursuit ses victimes dans les inoubliables plans séquences (technique que Fincher utilisera ensuite dans son Alien 3 et que Spielberg avait déjà utilisée dans Jaws) ici accompagnés d’un grondement ténébreux au lieu des notes de John Williams. Si Ash a dû meurtrir sa bien-aimée transformée en zombie (qui essaye de le découper à la tronçonneuse) lors du premier volet, et qu’il a dû découper sa main contaminée (qui casse des assiettes sur sa tête pour ensuite le prendre par le cou et le faire pivoter dans l’air et s’écraser contre le sol) dans le deuxième, dans le troisième volet une propagation quasi absolue du mal s’ensuit. Il doit maintenant tuer son propre double, surgi de sa propre peau et qui, une fois découpé et enterré, se transformera en son « Arch Nemesis » et mènera toute une armée de morts (d’où le titre Army of Darkness - 1992) pour se battre contre Ash et les vivants. Ici aussi la femme aimée d’Ash se fait enlever et convertir en zombie, mais la solution est heureuse car Ash, après avoir tué son « Arch Nemesis », retrouve sa bien aimée restituée à son état normal. Sam Raimi tourne une première fin où Ash va trop loin dans le temps (parce qu’il aurait dormi trop longtemps) et se retrouve sur une terre dévastée où il est le seul survivant (fin qui fait penser à celle du remake de La Planète des singes – qu’il devait réaliser avant que le projet soit confié à Tim Burton, où le personnage principal est catapulté par sa précipitation dans une dimension erronée).  Si Ash a réussi sa bataille contre le mal, il n’a pas échappé à la cruauté du temps et s’il a survécu, il est bien le seul.

 

Dino De Laurentiis trouve que cette fin est trop sombre et il demande à Raimi d’en chercher une qui soit plus positive. Ash se retrouve dans le supermarché de sa vie quotidienne, mais par mégarde il n’a pas prononcé les mots tout à fait correctement, et des zombies viennent l’attaquer. Il serait facile d'imaginer un volet futuriste de la série, mais il se peut bien que Resident Evil ou 28 jours plus tard aient déjà entamé cette continuité, avec moins d’humour certes…

 

                                                                                                                             Alyosha Saari

 

  

 

 

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