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Go Go Tales – Abel Ferrara

9 février 2012 No Comment

Le cinéaste à contre-courant

 Abel Ferrara, un an après Mary, présentait lors d’une projection survoltée à minuit hors compétition son film Go Go Tales, comédie de mœurs longtemps annoncée et enfin tournée à Rome.

Le cinéaste semble proposer, à sa manière, une profession de foi de son métier de réalisateur. Abel Ferrara le fait par le truchement d’un personnage, l’entrepreneur et manager de spectacles déshabillés Ray Ruby, incarné (assez génialement d’ailleurs) par Willem Dafoe.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une, disons, profession de soi : la tonalité autobiographique ayant finalement peu d’importance ici. C’est plutôt l’exposition de problématiques, d’espoirs et d’ennuis qui sont le lot quotidien du cinéaste, qui sont exposés ici.

Ferrara met en scène son propre personnage de marionnettiste, illusionniste et improvisateur de talent, en la personne de Ray Ruby, impresario qui se bagarre sans arrêt contre d’autres puissances pour joindre les deux bouts de son fond de commerce : les filles qui menacent d’entrer en grève, la propriétaire de confisquer les lieux, le frère mécène de couper les vivres… Boutiquier de haute volée, Ray Ruby est lui aussi en lutte avec les choses, avec les gens. Ici, c’est pour avoir l’argent, qui, finalement, fera vivre plus longtemps le spectacle et son socle, le Paradis de Ray Ruby. D’autres moulins guettent l’entrepreneur-cinéaste Ruby : l’endroit fuit de partout (en filles-qui seront mieux payées ailleurs, en clients japonais-qui vont dîner autre part), charge à lui de colmater les brèches, maintenir le cap, continuer à croire.

Le salut ? Comme souvent, il vient d’ailleurs. La télévision qui annonce le ticket gagnant pour Ruby. La délocalisation romaine pour Ferrara, cinéaste américain devenu européen le temps de deux films.

Go Go Tales est traversés par un courant anarchique et artisanal, finalement très forain, qui donne un contour bricolé au projet. Chez Ferrara, la farce prend les allures d’un carnaval fantaisiste et baroque, enrobant ses personnages d’un comique de situation finalement aléatoire. Peu importe l’histoire de ticket de loterie perdu (c’est pour cela que la conclusion du film, qui veut absolument y répondre, déçoit), ce sont les petits tracas folkloriques du métier, les affres et les trucs du quotidien du spectacle, qui amusent le plus.

Joies simples de la création, échecs provisoires et surmontés, bonheurs éphémères et mémorables que la profession leur apporte : pas de doute, ce cinéaste, en parlant de son métier, continue de créer, émerveillé lui-même par la force du cinéma qui le porte.

Mikael Gaudin Lech


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