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Guitry le magnifique

  


 

Cette rétrospective intégrale, flanquée d’une grande exposition (informative mais sans surprise), que propose en cette fin d’année la Cinémathèque Française de Bercy, est un splendide hommage au créateur hors normes que fut Sacha Guitry.

 

Rebelle aux étiquettes faciles, acteur caméléon d’une envergure peu commune (ce n’est pas souvent dit), réalisateur transcendant fresques historiques, pochades de boulevard et faits divers d’un esprit irrévérencieux, provocateur, lucide et généreux, Sacha Guitry est finalement un des grands réalisateurs français du XXème siècle les moins connus.

Autant son théâtre est validé, balisé et représenté à longueur d’années, autant ses films sont peu vus, mal connus, car finalement malaisés à cerner. Il aura traversé les décennies en cavalier seul, sans jamais montrer le souci d’appartenir à un quelconque mouvement artistique, creusant un chemin dont il ne s’est jamais lassé, dont il n’a cessé d’explorer les contours et les paradoxes : le sien. La triade Pagnol/Renoir/Cocteau, le nouveau réalisme poétique, le cinéma expérimental des années 20, la Qualité Française… Guitry s’est toujours tenu à côté, sans souci des modes ou des conventions. Ce qui lui a valu d’être isolé. Ce qui a aussi donné à son travail un caractère si précieux, si indémodable (son cinéma n’a pas vieilli), et si fortement original.

Cette singularité donne tout leur prix à ses films historiques, éblouissants de virtuosité, d’intelligence, marqués à chaque image par le sceau (la voix, l’esprit) de leur créateur. Ce petit monde de Sacha Guitry, où l’Histoire n’a jamais été aussi intime, dont la vision reste personnelle à chaque film (citons Les Perles de la couronne, Le Destin fabuleux de Désirée Clary, Le Diable boiteux), réussissait l’exploit de conjuguer objectivité des faits et subjectivité du regard, là où tant de cinéastes abordant le fait historique se sont depuis perdus dans des chemins de traverse. Guitry, lui, survole cela d’une élégance de prince : pour lui, l’exactitude s’écrit à la première personne, et non dans le souci de faire vrai, de viser juste.

 

Guitry aura expérimenté (avec les acteurs, avec la voix off, avec la narration) en proposant, à l’encontre de ses détracteurs, qui l’accusaient de ne filmer que du théâtre, des œuvres qui sont autant d’expériences et d‘audaces esthétiques : voir la première partie du Trésor de Cantenac, racontée par son narrateur ; Darry Cowl en roue libre dans Assassins et voleurs ; les zigzags narratifs de Je l’ai été trois fois ou Ils étaient neuf célibataires. Et bien sûr, les très mémorables génériques de ses films.

C’est un cinéaste émouvant, comme tous les réalisacteurs, qui sait montrer et se montrer, sachant tantôt s’effacer devant d’autres (épatant Michel Simon dans La Poison ou La Vie d’un honnête homme) et pouvant tantôt se mettre en scène mieux que personne (Faisons un rêve, Mon père avait raison).

Avec toujours ce grand thème transversal, ce souci unique, que Guitry propose et délivre à chaque film : le jeu. Guitry n’a jamais été aussi actuel, à l’heure où la comédie française n’a jamais été aussi poussive. Il apparaît aux spectateurs d’aujourd’hui, et sera enfin retenu demain dans les histoires du cinéma, à sa juste place, à son égale mesure : un précurseur moderne, un modèle à suivre.

La preuve splendide que la personnalité est bien ce qui compte le plus pour réussir un film, pour faire œuvre et pour durer, pour rendre plus vivant et libre le cinéma.

 

Mikael Gaudin Lech

 

 

 

 

 

 

 

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