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Hatari

  


 

Jouons

 

Comme dans Seuls les anges ont des ailes, on a affaire ici à une sorte de « huis clos aéré », où un groupe de personnages est réuni autour d’une activité qu’ils pratiquent dans un même lieu, tout en se confrontant à un environnement sauvage pour les besoins de cette activité. Ici la chasse aux fauves dans la savane africaine a remplacé l’aviation postale. Dans les deux cas, les hommes sont soumis au danger, unis par la passion pour leur métier et la complémentarité de leurs compétences. L’environnement qui pourrait être perçu comme hostile et l’activité comme dangereuse leur apportent leurs plus grandes joies : voler, arpenter le ciel/ chasser, vivre en pleine nature au milieu de bêtes magnifiques. Cependant jamais le danger n’est minimisé : les hommes sont blessés ou tués, et leur courage est exalté. Une femme étrangère au groupe arrive et déclenche les ennuis, distrayant les hommes de leur tâche, tout en imposant finalement sa présence, ayant fait ses preuves et assimilé un mode de vie, et attendri les cœurs endormis. La ressemblance entre les deux films (et au-delà avec quantité de films de Hawks qui reprennent plus ou moins des schémas semblables) est encore soulignée par l’utilisation, dans Hatari !, de la radio, qui sert à rester en lien avec les pilotes et les bases dans Seuls les anges ont des ailes ou (son utilisation atteint là un paroxysme) le mésestimé Ceiling zero. Or comment cette radio se voit-elle utilisée ici ? Très concrètement, elle permet aux hommes d’être ensemble malgré la distance, soit par exemple de s’entendre chuchoter quand ils sont distants de plusieurs mètres et ne doivent pas attirer l’attention d’un rhinocéros, ou de chanter en même temps la même chanson alors qu’ils ne sont pas embarqués dans la même voiture. Rien de bien comparable avec la nécessité absolue de la liaison radio pour les aviateurs et les sommets d’intensité dramatique occasionnés par une communication mauvaise ou les appels d’un pilote en danger, la sensation d’être soudain amputé d’un sens, frappé d’impuissance.

 

C’est que Hatari !ne se déploie en terrain connu que pour y jouer, en jouer, s’amuser. Les motifs déclinés se trouvent réagencés selon un ordre subverti : la chasse n’est que la métaphore de l’autre chasse, celle qui oppose les hommes aux femmes – pour preuve, le coup de corne initial de la femelle rhinocéros. Les séquences spectaculaires n’empêchent pas de voir la dignité du chasseur passablement écornée lorsqu’il pourchasse des autruches, trait des chèvres (et un bouc) ou subit les assauts d’éléphanteaux annonçant Blake Edwards. Si la passion est forte, l’ingéniosité et le savoir-faire sont grands, l’héroïsme ici est nettement plus dérisoire. Ce qui guette les hommes d’Hatari !, c’est plutôt le ridicule de leurs comportements amoureux (la rivalité Krüger/ Blain), ou l’incapacité à se confronter aux sentiments qu’ils éprouvent : John Wayne ou Red Buttons. Aucun aplomb, aucune méthode, pas d’arme qui ait été inventée pour cela. Les relations humaines sont premières dans Hatari !, elles prennent vite toute la place (comme ces éléphanteaux amenés par Elsa Martinelli dans son sillage) – l’argument de la chasse tient moins bien que les devoirs de l’aviation. Et l’on discute de stratégies amoureuses, on danse et on flirte, la nuit tombée, dans cet îlot africain rêvé par Hawks des années avant que le film ne se fasse. Le groupe prend logiquement aussi une importance nouvelle : les intrigues se multiplient, s’entremêlent, la mort même refuse de s’en mêler et de faucher l’un d’entre eux. Le cinéma est un terrain de jeu, et, en 1962, Hawks se délecte encore de l’arpenter.

 

Florence Maillard

 

 

 

 

 

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