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Réalisation Steve McQueen
Interprétation Michael Fassbender Liam Cunningham
Origine Grande-Bretagne
date de sortie 26 novembre 2008
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Hunger |
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Archéologie des corps |
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Le film s’ouvre sur les images d’un surveillant de prison ; il se lave les mains, mange. Gros plans sur la nourriture, sur les mains. Puis, contraste brutal, l’intérieur de la prison de Maze, Irlande du Nord, 1981, souillée par la grève de l’hygiène menée par les prisonniers activistes de l’IRA : les murs couverts d’excréments, l’urine déversée dans les couloirs, les corps sales. Le cœur du sujet, ce sera la grève de la faim menée par Bobby Sands. Hunger – Caméra d’Or – est un film choc, éprouvant, au sujet historico-politique, certes, mais qui filme avant tout les corps agissants. Avide de comprendre, la caméra s’approche des corps pour en extraire un sens, pour tenter de saisir la source de leur endurance. On comprend que l’attrait exercé par son sujet sur le cinéaste naît d’une fascination pour l’instrumentalisation des corps, le sacrifice, l’endurance. Tout est montré : coups, humiliations, mort, excréments, nudité, gros plans sur les plaies et le corps affamé de Sands. Parmi les corps et la crasse, la dimension politique – enjeux, événements extérieurs, impact, réactions – est étrangement peu soulignée, peu explicite, mais toujours présente. Comme si le cœur même du sujet était relégué hors-champ, tout comme ce qui justifie et génère la contestation ayant lieu dans la prison se trouve à l’extérieur. Un extérieur entraperçu parfois : ouvertures sur le dicible, la réflexion qui sous-tend l’action, la psychologie – scène centrale de la discussion entre Sands et le prêtre, sur le passé – récit d’un épisode fondateur de la vie de Sands, sur l’extérieur – voix off de l’ « adversaire » Margaret Thatcher. Cette voix, d’ailleurs, qui n’est pas explicitement identifiée, semble venir suggérer au spectateur qu’il doit tenir pour évidente l’existence de choses qu’on ne lui montre pas. Le cinéaste recrée un « background » historique, politique, idéologique dans l’esprit du spectateur, qui n’a plus qu’à « encaisser » presque physiquement, du moins visuellement, l’expérience du film. Retour aux sources de l’acte politique,
remontée jusqu’à l’intimité de
l’Histoire, à l’échelle des hommes, Hunger
prend le contre-pied non médiatique d’un
événement qui l’était, entreprise visuelle
et exhibitionniste, destinée à frapper les esprits. Il en
montre ce qui n’a pas été vu ; et jamais
allusion n’est faite à la couverture médiatique de
l’événement. Le montage est déconcertant :
d’abord focalisée tour à tour sur le surveillant et
sur un prisonnier nouveau venu, la caméra subitement ne suit
plus que Bobby Sands. Introduit dans l’intrigue comme un
prisonnier parmi d’autres – le film évite les
conventions biographiques et autres écueils hagiographiques
– il est pourtant, figure historique filmée au plus
près de son corps d’homme, au cœur du crescendo
dramatique final qui empêche le film de se diluer dans le
non-événement. Le film oscille entre d’une part le
débordement puis la destruction des corps, d’autre part
l’économie de l’explicitation, qui cache un
dépassement, par la pensée, de l’image des corps.
Le dernier plan montre le cadavre de Sands qu’on sort par la
porte, en arrière-plan, comme il sort du champ de la
caméra, de la lutte et de la vie. Dès lors, c’est
la mémoire qui fait sens et devient facteur politique, mais
ça, McQueen ne le montre pas. Film expérience plus qu’explication ou démonstration, Hunger ne propose pas pour autant une approche apolitique. On perçoit aisément la fascination du cinéaste pour ces hommes. Film britannique, il est aussi politique car transgressif, passant les frontières comme les murs des prisons ; il retourne au basique pour retourner au même chez l’autre, dans une vision de la politique plus humaniste. Pauline Collinet |
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