La Domination masculine – Patric Jean
Voici un film dont le titre avait des odeurs de « premier sexe » d’Eric Zemmour et qui a en fait le goût d’une grenouille farcie.
Cette grenouille princière si on l’embrasse à des saveurs de poulet. Petit coq touchant de fragilité, lorsque nous voyons à l’écran ce membre du mouvement canadien anti-féministe, interviewé avec son caniche géant et qui se plaint de la femme qui a tout selon lui.
La femme d’aujourd’hui aurait donc l’enfant, la toge de l’avocate, des gros seins et les clefs de la bagnole. Plus besoin de l’homme. L’homme au caniche a d’ailleurs dessiné un magnifique portrait représentant une terrible Joconde aux hottentotes pour illustrer ses peurs.
Pourtant un autre homme, Patrick Jean, le réalisateur du film, voit les choses autrement, et exerce l’avantage que lui donne son sexe : l’impartialité. Une œuvre sur le même sujet écrite par une femme n’aurait peut être pas eu le même recul sur les choses, cela confère en tout cas au propos une certaine crédibilité.
Selon P. J., les féministes d’aujourd’hui ne se battent plus contre des aberrations concrètes qui leur ont été infligées par le passé : animaux soumis, reclus à la maison, qui n’ont ni le droit de vote ni la possibilité de bien gagner leurs vies. Car ces combats ont été gagnés sur le papier, et leurs victoires promulguées par des lois, aujourd’hui elles peuvent même entrer à Polytechnique ! Oui, mais le film revient sur l’affaire « Marc Lépine » à Montréal, où 15 femmes, si elles ont pu intégrer la prestigieuse école, n’en sont pas sorties vivantes, fusillées dans une atroce Colombine/connerie misogyne. En effet, le 6 avril 1986, à l’école Polytechnique de Montréal, un certain Marc Lépine a fusillé 15 femmes avant de se donner la mort.
Le film revenant sur la lutte finalement « sanglante » qui a amené la femme à l’égalité, nous dit aussi qu’aujourd’hui elle doit lutter contre l’invisible domination masculine. Lutte invisible ou soumission silencieuse au joug ? Car que fait-elle notre avocate/ Joconde, lorsque l’œil torve, elle prononce le mot : « pâtisserie », dans un speed dating déprimant.
La domination est donc partout : chez Toys ‘R’ us où les lego et la dînette sont dos à dos dans les interminables rayons, dans l’imagerie des livres pour enfants, où la petite fille rêve, tandis que le petit garçon construit, agit. On voit la femme qui attend toujours et encore et cette autre du speed dating qui explique avec petit geste de main de bas en haut rustique et typique que l’homme doit être au dessus socialement, celle qui annonce avoir à offrir sa gentillesse, sa patience, celle qui attend que l’homme soit sûr de lui.
Le film miroir pas si déformant et pourtant alarmant de ce que peut être la féminité d’aujourd’hui fait beaucoup rire, et dit des vérités, cruelles pour tous.
Et les rapports hommes/femmes dans tout cela ? Il est ici beaucoup question de satiété et d’art ménager et peu de sexe d’ailleurs. Car l’art ménager est bien la seule qualité artistique que Leo Ferré attribue à la femme dans un extrait qui lui est consacré. D’autres archives documentaires y supputent que la femme est la femme de ménage de l’homme, car quel outil « rabote, coût, nourrit et avec le sourire » c’est encore et toujours la femme ! Quelle merveille.
Cette égalité nouvelle est perçue par certains, comme une indigne perte de pouvoir, et c’est compréhensible. Si j’entendais dire un jour qu’il fut un temps, où un individu pouvait rentrer chez lui trouver son linge repassé et le couvert mis, et que cet individu appartenait à mon genre, je ferais tout pour regagner ce pouvoir perdu. Alors, ne blâmons pas les misogynes, il n’est qu’humain que de vouloir profiter d’un droit ancestral !
Non, ce qui est plutôt regrettable en fait, c’est pourquoi personne ne se demande ce qui fait que les relations entre les sexes doivent se cristalliser autour d’une chemise mal raboté ou du droit à mal se comporter avec une personne parce qu’elle ne ramène pas assez d’argent à la maison ?
Il est difficile de comprendre dans ce discours ce que cela peut avoir à voir avec un quelconque rapport avec une relation entre deux êtres humains quasi civilisés et qui plus est animaux ! Car les animaux ne font pas le ménage. Non ! Le progrès n’arrêtera pas la domination masculine. La plus habile des machines soutenant l’art ménager n’y fera rien ! Celle-ci cessera peut-être le jour ou nous reviendrons à la sauvagerie qui fait de nous des faunes égaux.
Le capitalisme a tué l’amour.
La domination masculine. Un film qui suscite de multiples interprétations et débats, à voir absolument. Tout ce qui est raconté plus haut et bien plus encore…
Anne Sabatier



Très bon article. Merci. Ce film est effectivement à voir absolument. Je ne comprends en revanche pas très bien cette phrase dans votre article « Alors, ne blâmons pas les misogynes, il n’est qu’humain que de vouloir profiter d’un droit ancestral ! »
Il est humain, me semblait il, de se battre pour de meilleures conditions de vie. Il était humain de réduire des êtres humains en esclavage et je ne pense pas aujourd’hui que qui que ce soit souhaite le retour de l’esclavage. Pourquoi est ce toujours aussi difficile d’admettre que la domination masculine existe bel et bien et qu’elle est anti humaniste, qu’elle n’est PAS un modèle de société acceptable et juste? Je me demande pourquoi… Pourquoi la prostitution ne choque qu’à peine : ça aussi c’est un droit ancestral? ….. Donc je réfute l’idée qu’il puisse être « humain » de vouloir avoir un ascendant sur un autre humain parce qu’il est né femme, noir ou nain ou que sais je encore. C’est totalement faux, à combattre et pire, je dirais que c’est ce genre de petites phrases qui participent du maintien du partiarcat à la noix du quotidien.
Celina > Je crois qu’Anne faisait preuve ici d’ironie..
Très bon article très chère Anne.
Je n’ai pas vu le film, car le titre m’en a dissuadé. Je suis féminsite et homme. Et la domination est universelle : le sexisme anti-femme n’est pas l’apanage exclusif des hommes.
Maintes fois, j’ai vu des femmes répétant des préjugés contre des femmes. Oui, des femmes contre des femmes. Examinateur en BTS, et bien souvent seul homme dans le trio à l’oral, qui faisait des réflexions anti-féminines? Des femmes aussi bien que des hommes.
Aussi, j’estime qu’il faut lutter contre les sexismes en général ; la domination est celle des préjugés (sexiste, raciste, homophobie, etc.). Un titre comme « Les préjugés sexistes » (moins percutant certes) m’aurait plu davantage.
Ce titre (comme l’affiche) a l’immense défaut de faire croire que la lutte contre les exclusions sexistes est une lutte des femmes contre les hommes. Encore une fois, le sexisme (comme le racisme) est un mouvement de pensée, un mode de comportement, une idéologie, à combattre. Etre féministe, ce n’est pas (à mon avis) se défendre contre les hommes (comment le pourrais-je?), mais contre des préjugés (partagés de façon unisexuée) à débusquer encore et toujours dans chaque attitude ou propos, explicitement ou implicitement.
La terrible tragédie de Montréal ne doit pas être un contre-exemple pour « démontrer » que ce sont les hommes qui sont dominateurs ; c’était UN homme, nuance. Un sexiste, un fou, un frustré, ou je ne sais quoi d’autres. La même chose pour les racistes qui raffolent d’histoires où un type (un Vert, un Bleu ou un Rouge) a mal agi et de les renvoyer tous dans le « même paquet ». Méfions-nous des racismes inversés.
Continue à nous faire travailler les méninges !
Je t’embrasse
Jérôme
Attention, je n’ai parlé que du titre. Pas du film. Je ne sais pas comment ces prémices (titre et iconographie) se sont concrétisées. Le problème c’est que la plupart des gens n’ont, comme moi vu, que ces éléments-là (l’affiche sur les kiosques). Et cela aura eu malheureusement ce désavantage d’opposer, encore une fois, les sexes…
Ce n’est pas la guerre des sexes qu’il faut mener (ni la guerre des Blancs contre les Noirs, etc.) mais la guerre contre la bêtise… (Je ne parle ni de toi ni du film, évidemment ! ououhhh tristes malentendus dus à l’absence du « ton » d’Internet…)
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