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Larry Clark – Interview (Wassup rockers)

5 octobre 2010 No Comment

<p style= »text-align: justify; »><img class= »alignnone size-full wp-image-3086″ title= »Larry Clark » src= »http://www.stardust-memories.com/wp-content/uploads/2010/10/larry-clark1.jpg » alt= »" width= »585″ height= »401″ /></p>
<p style= »text-align: justify; »><em>Frustration, ce mercredi 8 mars 2006 à l’hotêl du Jeu de Paume, d’être coincé entre trois autres journalistes aux questions conformistes pour interviewer Larry Clark, cinéaste américain de premier plan en promotion pour </em>Wassup Rockers<em>. Chaussures de skate, veste cuir, le cinéaste répond avec amabilité. Florilège des réponses entendues, souvent formatées par l’inhumaine machine de l’interview </em><em>fast food</em><em>, enchaînée à longueur de journée…</em></p>
<p style= »text-align: justify; »> </p>

<h3>Le monde du skateboard</h3>
<p style= »text-align: justify; »>J’aime les skaters. J’aime skater. J’aime le skateboard. Même avant de faire <em>Kids</em>, j’avais envie de faire un film sur le skateboard et le mode de vie des skaters. Visuellement et humainement, ce milieu m’attire. Donc ma première idée fut de faire un film sur les adolescents et d’utiliser des skateboarders comme acteurs. Je me suis mis au skate moi-même. Bien que j’aie pris ma retraite depuis, à l’époque je savais skater correctement.</p>
<p style= »text-align: justify; »> </p>
<p style= »text-align: justify; »>Ce que j’aime le plus dans ce mode de vie, c’est la liberté. Rouler toute la journée, foncer dans la ville, utiliser la cité comme un gigantesque terrain de jeu, ne pas se soucier du fric. Les adultes détestent les skaters pour cette raison, parce qu’ils sont libres, ont leurs propres règles, s’amusent entre eux et sont indépendants. Ils forment un groupe à part. C’est pour ça que j’aime les skaters. En plus, le skateboard peut sauver des vies, vraiment. Lorsque j’ai découvert le skate à la fin des 80’s, début 90’s, c’était comme le punk-rock. Si vous écoutez les paroles des groupes punk, ils parlent de familles dysfonctionnelles, de milieux familiaux dévastés, et la plupart des skaters viennent aussi de familles qui déconnent. Le skate a pu sauver leur vie. C’est le grand truc: vous pouvez avoir tous les problèmes du monde, être suicidaire etc., mais vous avez votre planche, et lorsque vous êtes dessus tout disparaît, vous oubliez vos problèmes, vous êtes juste libre. C’est un sport magnifique. Un sport brutal, mais indépendant et libre.</p>
<p style= »text-align: justify; »><em>Wassup rockers </em>montre des jeunes qui veulent juste s’amuser et être eux-mêmes. Ils ne veulent pas être comme les autres personnes du ghetto, porter des baggys, couper leurs cheveux, fumer des joints. La pression sociale dans le ghetto est énorme. Ils se font harceler simplement parce qu’ils veulent écouter du punk rock et ne pas se conformer au mode de vie des autres jeunes, ne pas appartenir à un gang. Peut-être qu’ils le feront plus tard. Mais maintenant ils ont encore cette pureté. Ils ne veulent pas prendre de drogues parce qu’ils voient ce qu’il arrive aux autres. Ils veulent juste prendre du bon temps. Et on ne voit pas ce type de jeunes au cinéma. Dans les films on les voit dans des gang bangs, en prison, prendre de la drogue, mais ces jeunes-là ne sont pas comme ça. Je voulais montrer leur mode de vie avec ce film.<strong> </strong></p>

<h3>L’univers de la mode</h3>
<p style= »text-align: justify; »>Je connais un peu ce monde à travers Tiffany Limos <em>(nb : son actrice et petite amie)</em> qui a travaillé dans la mode pendant un temps, et je voulais montrer ce monde sous un angle comique. Lorsque les jeunes s’enfuient à travers les maisons de Beverly Hills, je me suis demandé qui ils pourraient bien rencontrer. Et je me suis dit : « Faisons-les débouler au milieu d’une fête branchée ». Ces ados débarquent par-dessus la palissade, avec leurs fringues noires et sales, le nez en sang. Et comment les stylistes réagissent-ils ? « Voilà ma prochaine campagne de pub, c’est génial! » C’est le jeu de la mode qui veut ça, pour vendre des habits on récupère tout et n’importe quoi. En fait cette idée est venue du reportage pour Rebel Magazine, qui est à l’origine de ce film et m’a permis de découvrir ces jeunes. Le deal initial me garantissait 10 pages de photographies et la couverture avec Tiffany Limos. Finalement on s’est retrouvés avec 23 pages de photos, une interview et deux couvertures, une avec Tiffany et l’autre avec Jonathan. Lorsque le magazine est sorti, un styliste m’a appelé et m’a demandé qui était Jonathan, qu’il voulait utiliser pour sa prochaine campagne. Il m’a demandé « Est ce que je peux l’avoir ? ». Je lui ai dit que non, parce que j’allais faire un film sur lui. Alors il m’a demandé : « Est ce que je peux l’avoir quand vous en aurez terminé avec lui » ? C’était une des choses les plus drôle que j’ai jamais entendues dans ma vie.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Je suis un réalisateur. Et un artiste. Je suis un artiste visuel, je ne fais pas de la mode, je ne vends pas des fringues, je ne fais pas de la photo commerciale ni de la photo de mode. Si je le faisais je serais multimillionnaire. Mais je ne suis simplement pas intéressé par ça. Parce que vous savez, la mode a corrompu pas mal de mes travaux. Ils ont inventé le style « heroïn chic », et j’ai été accusé de l’avoir créé. Ils ont pris mes premiers recueils de photographies, <em>Tulsa</em>, <em>Teenage Lust</em>… et ils ont récupéré ce style pour vendre des vêtements. Mais moi mon boulot ce n’était pas de fourguer des fringues, c’était de montrer le mode de vie de ces gens. Maintenant, je connais des gens appartenant au milieu de la mode, j’en apprécie certains, je trouve ce milieu intéressant mais je n’en fais pas partie.</p>
<p style= »text-align: justify; »> </p>

<h3>Punk rock</h3>
<p style= »text-align: justify; »>La bande originale du film, c’est le punk rock latino qui se fait là-bas dans le ghetto. Ils organisent des concerts privés dans leur jardin, il faut payer deux dollars l’entrée, et tous les punk viennent, habillés en noir, les cheveux en pic. Les groupes qui jouent là-bas n’ont jamais rien enregistré, ce sont des amateurs mais leur musique est géniale. Il y a une énorme énergie là-bas. Je voulais que la bande originale reflète ça. J’adore cette musique.</p>
<p style= »text-align: justify; »> </p>

<h3>Sharon Stone</h3>
<p style= »text-align: justify; »>Sharon Stone est créditée comme productrice exécutive. Elle n’était pas vraiment impliquée dans le projet, mais elle aime mon travail et voulait le soutenir. C’est une amie de Henry Winterstern, qui est un de mes producteurs. On a ajouté son nom pour que cela puisse aider à lever des fonds. Je lui en suis très reconnaissant. Elle est même venue un jour sur le plateau. Les jeunes ne savaient pas du tout qui elle était. Ils sont nés au début des années 90, donc ils ignorent qui elle est. Lorsque j’ai dit à Kico qu’elle était un grande star de cinéma, il est venu la voir et a demandé s’il pouvait sortir avec elle. Sharon lui a répondu qu’il fallait qu’il grandisse encore un peu. Il y a quelques années, avoir le nom de Sharon Stone au générique n’aurait pas été très glorieux, mais maintenant elle est dans le dernier film de Jim Jarmusch, <em>Broken Flowers</em>, donc elle a cette touche indie qui redonne un nouveau cachet à sa carrière.</p>

<h3>Le script</h3>
<p style= »text-align: justify; »>J’ai écrit ce scénario tout seul, mais il ne faisait que quinze pages. Car la plupart des choses qui se passent à South Central viennent de ce que les jeunes m’ont raconté, comme lorsque Jonathan explique sa première fois. Il m’avait juste dit qu’il avait couché la première fois à quatorze ans mais qu’il ne s’en rappelait plus très bien. Donc la veille de tourner cette scène je lui ai demandé de se remémorer dans son lit cette expérience, et le lendemain il s’est rappelé de tout, la scène est devenue vraie et réaliste. Dans ce film, tout ou presque est basé sur des choses qui sont réellement arrivées.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Pour la scène de la voiture par exemple, là aussi c’est tiré de notre expérience. Je trimballais les jeunes dans ma Toyota, ils étaient parfois une douzaine, ils se mettaient à cinq derrière et quand il y avait trop de personnes, deux d’entre eux se mettaient dans le coffre! C’est de là que j’ai tiré l’idée de cette scène.</p>
<p style= »text-align: justify; »>La scène du flic est arrivée en vrai pendant qu’on faisait les repérages. On a été arrêtés et ils ne voulaient pas nous laisser partir. Alors que les jeunes de Beverly Hills viennent skater là tous les jours ! Mais quand le flic a su que nous nous venions de South Central, ils ne voulaient pas nous laisser partir. On a dû aller au tribunal de Santa Monica et payer des amendes. Et la scène s’est retrouvée dans le film. C’était tellement raciste. Il nous a juste arrêtés parce que les jeunes étaient latino. Je lui ai demandé combien d’amendes il avait donné ici depuis trois mois. Il m’a répondu : « Vous êtes les premiers ». Et le flic ressemblait exactement à Robert Patrick dans <em>Terminator II</em> !</p>
<p style= »text-align: justify; »>Une autre scène que j’aime beaucoup, qui est une très bonne scène d’après moi, c’est celle entre Kico et Nikki sur le lit. Kico raconte sa vie dans le ghetto à Nikki. Au début du tournage, Kico avait treize ans, il était timide, il baissait la tête quand je le photographiais. Il ne skatait pas très bien, mais le moment du tournage venu il s’était vraiment épanoui, c’était devenu le meilleur skater du groupe, il avait pris confiance. Et pour cette scène Jessica Steinbaum, qui n’avait que treize ans, et va à l’école tout en prenant des cours de comédie, mais qui est déjà une très bonne actrice, écoute les réponses de Kico pour la première fois. Elle l’écoute vraiment, pose ses propres questions, et au fur-et-à-mesure elle devient vraiment intéressée! Après plusieurs prises le truc c’était de leur faire river les yeux l’un à l’autre, qu’ils se regardent dans les yeux, et le moment est devenu magique. Alors que sur le scénario c’était juste marqué : « Kico et Nikki discutent sur le lit ».</p>
<p style= »text-align: justify; »>Je veux raconter des histoires et je veux être vrai. Même quand je m’éclate avec des scènes comme celles de l’actrice ivre, celle du mec avec son flingue ou la fête jet-set, j’essaye d’être vrai. Pour ce type qui attend dans le jardin avec son revolver, j’avais mis une annonce « Cherche acteur qui ressemble à Charlton Heston ». Et c’est ce type qui s’est pointé, qui ressemblait en fait à Clint Eastwood !</p>
<p style= »text-align: justify; »> </p>

<h3>Censure</h3>
<p style= »text-align: justify; »>Ce film ne sera pas censuré, il sera beaucoup plus accessible, tout le monde pourra le voir. J’ai fait <em>Ken Park</em>, c’est un film différent, je pourrais refaire un film comme ça un jour. Mais <em>Wassup Rockers</em> ne raconte pas la même chose. J’ai essayé de travailler sur une autre forme de représentation du sexe, sans nudité frontale, visuellement ou grâce aux dialogues.</p>

<h3>Les kids</h3>
<p style= »text-align: justify; »>Je reste en contact avec mes acteurs après les tournages. Je travaille, donc je ne les vois pas tout le temps. Mais je les revois, oui. Leo Fitzpatrick, de <em>Kids</em>, par exemple. Harold Hunter, de <em>Kids</em>, est mort il y a quelques semaines à New York. C’est vraiment une tragédie. C’était un des gars les plus drôles que je connaissais. Il n’avait que 31 ans, il manque à beaucoup de monde là-bas. J’ai parlé la semaine dernière à Brad Renfro, de <em>Bully</em>. Les kids de <em>Wassup Rockers</em>, je les vois chaque semaine, je les photographie depuis deux ans. Donc j’ai beaucoup de matériel sur eux, j’aimerais d’ailleurs en faire une exposition et un livre, lorsque j’en aurais le temps.</p>

<h3>Projet</h3>
<p style= »text-align: justify; »>J’aimerais faire un autre film avec Kico et Jonathan, je trouve qu’ils forment une équipe formidable. J’ai commencé l’écriture de ce film la semaine dernière avec un scénariste, et j’aimerais le tourner très rapidement, j’espère cet été. Ce ne sera pas une suite à <em>Wassup Rockers</em>, mais une histoire très différente, ils ne joueront pas eux-mêmes mais des personnages. <em>Wassup rockers </em>sort bientôt aux Etats-Unis. Je vois mes acteurs tout le temps, ils sont très excités par la sortie du film.</p>
<p style= »text-align: right; »><strong>Propos recueillis et traduits par Mikael Gaudin Lech</strong></p>Zone de texte enrichi

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Frustration, ce mercredi 8 mars 2006 à l’hotêl du Jeu de Paume, d’être coincé entre trois autres journalistes aux questions conformistes pour interviewer Larry Clark, cinéaste américain de premier plan en promotion pour Wassup Rockers. Chaussures de skate, veste cuir, le cinéaste répond avec amabilité. Florilège des réponses entendues, souvent formatées par l’inhumaine machine de l’interview fast food, enchaînée à longueur de journée…

Le monde du skateboard

J’aime les skaters. J’aime skater. J’aime le skateboard. Même avant de faire Kids, j’avais envie de faire un film sur le skateboard et le mode de vie des skaters. Visuellement et humainement, ce milieu m’attire. Donc ma première idée fut de faire un film sur les adolescents et d’utiliser des skateboarders comme acteurs. Je me suis mis au skate moi-même. Bien que j’aie pris ma retraite depuis, à l’époque je savais skater correctement.

Ce que j’aime le plus dans ce mode de vie, c’est la liberté. Rouler toute la journée, foncer dans la ville, utiliser la cité comme un gigantesque terrain de jeu, ne pas se soucier du fric. Les adultes détestent les skaters pour cette raison, parce qu’ils sont libres, ont leurs propres règles, s’amusent entre eux et sont indépendants. Ils forment un groupe à part. C’est pour ça que j’aime les skaters. En plus, le skateboard peut sauver des vies, vraiment. Lorsque j’ai découvert le skate à la fin des 80’s, début 90’s, c’était comme le punk-rock. Si vous écoutez les paroles des groupes punk, ils parlent de familles dysfonctionnelles, de milieux familiaux dévastés, et la plupart des skaters viennent aussi de familles qui déconnent. Le skate a pu sauver leur vie. C’est le grand truc: vous pouvez avoir tous les problèmes du monde, être suicidaire etc., mais vous avez votre planche, et lorsque vous êtes dessus tout disparaît, vous oubliez vos problèmes, vous êtes juste libre. C’est un sport magnifique. Un sport brutal, mais indépendant et libre.

Wassup rockers montre des jeunes qui veulent juste s’amuser et être eux-mêmes. Ils ne veulent pas être comme les autres personnes du ghetto, porter des baggys, couper leurs cheveux, fumer des joints. La pression sociale dans le ghetto est énorme. Ils se font harceler simplement parce qu’ils veulent écouter du punk rock et ne pas se conformer au mode de vie des autres jeunes, ne pas appartenir à un gang. Peut-être qu’ils le feront plus tard. Mais maintenant ils ont encore cette pureté. Ils ne veulent pas prendre de drogues parce qu’ils voient ce qu’il arrive aux autres. Ils veulent juste prendre du bon temps. Et on ne voit pas ce type de jeunes au cinéma. Dans les films on les voit dans des gang bangs, en prison, prendre de la drogue, mais ces jeunes-là ne sont pas comme ça. Je voulais montrer leur mode de vie avec ce film.

L’univers de la mode

Je connais un peu ce monde à travers Tiffany Limos (nb : son actrice et petite amie) qui a travaillé dans la mode pendant un temps, et je voulais montrer ce monde sous un angle comique. Lorsque les jeunes s’enfuient à travers les maisons de Beverly Hills, je me suis demandé qui ils pourraient bien rencontrer. Et je me suis dit : « Faisons-les débouler au milieu d’une fête branchée ». Ces ados débarquent par-dessus la palissade, avec leurs fringues noires et sales, le nez en sang. Et comment les stylistes réagissent-ils ? « Voilà ma prochaine campagne de pub, c’est génial! » C’est le jeu de la mode qui veut ça, pour vendre des habits on récupère tout et n’importe quoi. En fait cette idée est venue du reportage pour Rebel Magazine, qui est à l’origine de ce film et m’a permis de découvrir ces jeunes. Le deal initial me garantissait 10 pages de photographies et la couverture avec Tiffany Limos. Finalement on s’est retrouvés avec 23 pages de photos, une interview et deux couvertures, une avec Tiffany et l’autre avec Jonathan. Lorsque le magazine est sorti, un styliste m’a appelé et m’a demandé qui était Jonathan, qu’il voulait utiliser pour sa prochaine campagne. Il m’a demandé « Est ce que je peux l’avoir ? ». Je lui ai dit que non, parce que j’allais faire un film sur lui. Alors il m’a demandé : « Est ce que je peux l’avoir quand vous en aurez terminé avec lui » ? C’était une des choses les plus drôle que j’ai jamais entendues dans ma vie.

Je suis un réalisateur. Et un artiste. Je suis un artiste visuel, je ne fais pas de la mode, je ne vends pas des fringues, je ne fais pas de la photo commerciale ni de la photo de mode. Si je le faisais je serais multimillionnaire. Mais je ne suis simplement pas intéressé par ça. Parce que vous savez, la mode a corrompu pas mal de mes travaux. Ils ont inventé le style « heroïn chic », et j’ai été accusé de l’avoir créé. Ils ont pris mes premiers recueils de photographies, Tulsa, Teenage Lust… et ils ont récupéré ce style pour vendre des vêtements. Mais moi mon boulot ce n’était pas de fourguer des fringues, c’était de montrer le mode de vie de ces gens. Maintenant, je connais des gens appartenant au milieu de la mode, j’en apprécie certains, je trouve ce milieu intéressant mais je n’en fais pas partie.

Punk rock

La bande originale du film, c’est le punk rock latino qui se fait là-bas dans le ghetto. Ils organisent des concerts privés dans leur jardin, il faut payer deux dollars l’entrée, et tous les punk viennent, habillés en noir, les cheveux en pic. Les groupes qui jouent là-bas n’ont jamais rien enregistré, ce sont des amateurs mais leur musique est géniale. Il y a une énorme énergie là-bas. Je voulais que la bande originale reflète ça. J’adore cette musique.

Sharon Stone

Sharon Stone est créditée comme productrice exécutive. Elle n’était pas vraiment impliquée dans le projet, mais elle aime mon travail et voulait le soutenir. C’est une amie de Henry Winterstern, qui est un de mes producteurs. On a ajouté son nom pour que cela puisse aider à lever des fonds. Je lui en suis très reconnaissant. Elle est même venue un jour sur le plateau. Les jeunes ne savaient pas du tout qui elle était. Ils sont nés au début des années 90, donc ils ignorent qui elle est. Lorsque j’ai dit à Kico qu’elle était un grande star de cinéma, il est venu la voir et a demandé s’il pouvait sortir avec elle. Sharon lui a répondu qu’il fallait qu’il grandisse encore un peu. Il y a quelques années, avoir le nom de Sharon Stone au générique n’aurait pas été très glorieux, mais maintenant elle est dans le dernier film de Jim Jarmusch, Broken Flowers, donc elle a cette touche indie qui redonne un nouveau cachet à sa carrière.

Le script

J’ai écrit ce scénario tout seul, mais il ne faisait que quinze pages. Car la plupart des choses qui se passent à South Central viennent de ce que les jeunes m’ont raconté, comme lorsque Jonathan explique sa première fois. Il m’avait juste dit qu’il avait couché la première fois à quatorze ans mais qu’il ne s’en rappelait plus très bien. Donc la veille de tourner cette scène je lui ai demandé de se remémorer dans son lit cette expérience, et le lendemain il s’est rappelé de tout, la scène est devenue vraie et réaliste. Dans ce film, tout ou presque est basé sur des choses qui sont réellement arrivées.

Pour la scène de la voiture par exemple, là aussi c’est tiré de notre expérience. Je trimballais les jeunes dans ma Toyota, ils étaient parfois une douzaine, ils se mettaient à cinq derrière et quand il y avait trop de personnes, deux d’entre eux se mettaient dans le coffre! C’est de là que j’ai tiré l’idée de cette scène.

La scène du flic est arrivée en vrai pendant qu’on faisait les repérages. On a été arrêtés et ils ne voulaient pas nous laisser partir. Alors que les jeunes de Beverly Hills viennent skater là tous les jours ! Mais quand le flic a su que nous nous venions de South Central, ils ne voulaient pas nous laisser partir. On a dû aller au tribunal de Santa Monica et payer des amendes. Et la scène s’est retrouvée dans le film. C’était tellement raciste. Il nous a juste arrêtés parce que les jeunes étaient latino. Je lui ai demandé combien d’amendes il avait donné ici depuis trois mois. Il m’a répondu : « Vous êtes les premiers ». Et le flic ressemblait exactement à Robert Patrick dans Terminator II !

Une autre scène que j’aime beaucoup, qui est une très bonne scène d’après moi, c’est celle entre Kico et Nikki sur le lit. Kico raconte sa vie dans le ghetto à Nikki. Au début du tournage, Kico avait treize ans, il était timide, il baissait la tête quand je le photographiais. Il ne skatait pas très bien, mais le moment du tournage venu il s’était vraiment épanoui, c’était devenu le meilleur skater du groupe, il avait pris confiance. Et pour cette scène Jessica Steinbaum, qui n’avait que treize ans, et va à l’école tout en prenant des cours de comédie, mais qui est déjà une très bonne actrice, écoute les réponses de Kico pour la première fois. Elle l’écoute vraiment, pose ses propres questions, et au fur-et-à-mesure elle devient vraiment intéressée! Après plusieurs prises le truc c’était de leur faire river les yeux l’un à l’autre, qu’ils se regardent dans les yeux, et le moment est devenu magique. Alors que sur le scénario c’était juste marqué : « Kico et Nikki discutent sur le lit ».

Je veux raconter des histoires et je veux être vrai. Même quand je m’éclate avec des scènes comme celles de l’actrice ivre, celle du mec avec son flingue ou la fête jet-set, j’essaye d’être vrai. Pour ce type qui attend dans le jardin avec son revolver, j’avais mis une annonce « Cherche acteur qui ressemble à Charlton Heston ». Et c’est ce type qui s’est pointé, qui ressemblait en fait à Clint Eastwood !

Censure

Ce film ne sera pas censuré, il sera beaucoup plus accessible, tout le monde pourra le voir. J’ai fait Ken Park, c’est un film différent, je pourrais refaire un film comme ça un jour. Mais Wassup Rockers ne raconte pas la même chose. J’ai essayé de travailler sur une autre forme de représentation du sexe, sans nudité frontale, visuellement ou grâce aux dialogues.

Les kids

Je reste en contact avec mes acteurs après les tournages. Je travaille, donc je ne les vois pas tout le temps. Mais je les revois, oui. Leo Fitzpatrick, de Kids, par exemple. Harold Hunter, de Kids, est mort il y a quelques semaines à New York. C’est vraiment une tragédie. C’était un des gars les plus drôles que je connaissais. Il n’avait que 31 ans, il manque à beaucoup de monde là-bas. J’ai parlé la semaine dernière à Brad Renfro, de Bully. Les kids de Wassup Rockers, je les vois chaque semaine, je les photographie depuis deux ans. Donc j’ai beaucoup de matériel sur eux, j’aimerais d’ailleurs en faire une exposition et un livre, lorsque j’en aurais le temps.

Projet

J’aimerais faire un autre film avec Kico et Jonathan, je trouve qu’ils forment une équipe formidable. J’ai commencé l’écriture de ce film la semaine dernière avec un scénariste, et j’aimerais le tourner très rapidement, j’espère cet été. Ce ne sera pas une suite à Wassup Rockers, mais une histoire très différente, ils ne joueront pas eux-mêmes mais des personnages. Wassup rockers sort bientôt aux Etats-Unis. Je vois mes acteurs tout le temps, ils sont très excités par la sortie du film.

Propos recueillis et traduits par Mikael Gaudin Lech

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Compteur de mots : 1929   Dernière modification par Daniel DOS SANTOS, le 18 novembre 2010 à 5 h 40 min

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Publié le : 5 octobre 2010 à 11 h 52 min Modifier

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