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Les Beaux Gosses – Riad Sattouf

10 novembre 2009 No Comment

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Retour dans l’âge ingrat

Cette année (comme tous les ans), « la Quinzaine des réalisateurs » a révélé de bien bonnes surprises, notamment  « les Beaux Gosses » premier film très réussi du dessinateur de BD Riad Sattouf. A commencer par l’affiche, pour ceux ou celles qui l’ont ratée, enchanteresse: sous le titre écrit en gras l’expression prodigieusement ahurie de deux adolescents au physique comment dire… peu engageant, contemplant on ne sait quoi d’inaccessible à nos yeux, mais (on le devine) de suffisamment  fulgurant  pour les figer ainsi, dans la dépossession hébétée, la non maitrise totale d’eux-mêmes.  Simple et efficace, l’affiche dit tout, l’ « ingratitude » de ce  bel (?) âge qu’on nomme l’adolescence, interpelle et provoque  le fou rire comme notre bonne vieille photo de classe de 3e. Mais il faut bien que jeunesse se fasse, et Riad Sattouf, grâce à son regard réaliste et complice, nous offre le ticket pour un retour hilarant dans une période  souvent « difficile ».

Dans une ville de province, Hervé  (Vincent Lacoste) 14 ans, puceau, pas franchement beau gosse vit seul avec sa mère. Sa vie se résumant à son pote Camel (Anthony Sonigo) l’ « oriental » fan de métal, dont la nuque longue sortie d’on ne sait quel vortex, nous laisse encore pantois,  tout aussi puceau que lui. Au collège, aux cours ennuyeux permettant passages de petits mots, bavardages chuchotés et consort.  Mais surtout aux râteaux, qu’Hervé accumule, comme les branlettes devant les pages lingerie du catalogue La Redoute.

L’adolescent « réel » est là dans toute sa splendeur, pas celui des pubs, visage lisse habillé fashion se questionnant sur son avenir, ici c’est le « looser » de base tel que certains l’ont été (désolée), le bouc émissaire lambda des cours d’école aux boutons purulents, sapé comme un plouc, un peu niais un peu lâche, un peu crade, totalement obsédé, en proie à des pulsions incontrôlables.

S’éloignant de l’abondance de gags à l’américaine ou de l’esthétique « mélancolie » qui ont déjà sévi sur le sujet, Riad Sattouf, qui retrouve là certains de ses thèmes de prédilection ( voir ses BD « Retour au collège », « Manuel du puceau », « La vie secrète des jeunes »), dit avoir voulu créer une certaine neutralité,  tout en y ayant mêlé ses propres références de collégien exclu à Rennes. Ainsi sont gommées les traces temporelles et spatiales qui auraient ancré le film dans un discours orienté, actualisé : les costumes sont étudiés pour renvoyer à une ringardise « intemporelle ». Quelques signes cependant indiquent que l’action se déroule à Rennes, Hervé raffole des rappeurs 50 cents et de Booba. Alors que la musique du film, composée par Riad Sattouf et les Flairs  évoque celle des jeux vidéos des années 90.

C’est en effet sûrement  son « expérience » de la question qui apporte cette véracité. Par des détails comme la chaussette pendant la masturbation (au saut du lit, un Hervé encore nébuleux va y remettre le pied dans un bruit délicieux de sécrétion compressée),  les coups d’œil aux aguets, plongeant dans le t-shirt des filles en EPS. Dans sa chambre, des posters d’athlètes body buildés alors qu’il porte un pyjama modèle 12 ans, et un poching-ball aussi chétif que son propriétaire.

La démesure et le jeu des paradoxes (désir furieux d’autonomie/ immaturité notoire ; hauts idéaux/ instabilité émotionnelle) qui caractérisent l’adolescence, sont retranscrits de façon réaliste. Quelques contre-champs et plans-séquence nous donnent accès aux émotions immédiates des personnages, la montée ingérable du désir  grâce aux plans rapprochés et  gros plans nous placent au plus près du corps excité. Instaurant de ce fait la complicité.

L’accent est donc mis sur les personnages, les acteurs y sont bons, les premiers rôles comme les seconds,  mention spéciale pour l’acteur jouant Mahmoud, sorte d’autiste aux mouvements saccadés systématiquement lynché.

Les adolescents, mais aussi les adultes,  les profs dont un dépressif et un original,  le prof de littérature, précieux, cheveux longs tout de noir vêtu, masquant maladroitement sa gène devant ses élèves qui le découvrent en écrivain de « l’univers gay underground breton ».

Ou encore la mère d’Hervé, Noémie Lvovsky épatante en mère hystérique, intrusive, ne semblant rêver que d’une chose : surprendre son fils en pleine séance de masturbation. Notons au passage l’intervention de quelques célébrités les actrices Valéria Golino, Irène Jacob, et la dessinatrice Marjane Satrapi.

Au final le film est sincère et drôle car le comique naît de l’authenticité, des relations entre les personnages et du retournement des situations, les boucs émissaires saisissent dès qu’ils le peuvent l’occasion de se venger.  On en ressort rasséréné, soulagé d’en être sorti, de cet âge ingrat. Avec une pensée pour  l’adolescent qui y est encore, on aurait presque envie de lui dire de cet air mi-compatissant, mi-moqueur, qui ne manquera pas de le révolter : « Te bile pas, ça va passer, en attendant garde la pêche ! ».

Vanessa Sylvanise


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