Les Mains en l’air – Romain Goupil

Pas touche aux gentils !
ou la propagande télétubies
.
L’idiosyncrasie d’une idéologie totalitaire, lorsqu’elle est véhiculée par la propagande, repose dans le fait de ne jamais questionner les motivations de l’ennemi. « Ne vous demandez pas pourquoi, jugez ! » pourrait être le slogan idéologique de toute forme de propagande (exit la complexité des enjeux, des motivations, des rapports…)
On pourrait même s’aventurer à définir la conception idéologique de la propagande à une stricte logique proto-manichéiste, c’est-à-dire qu’elle cerne le mal mais l’identifie à l’inconnu. Et elle l’identifie à l’inconnu pour proposer une principe simple : nous sommes le bien et en tant que bien, nous ne connaissons pas le mal, nous sommes étranger au mal, et donc ne pouvons comprendre ses motivations.
L’horreur de la propagande réside alors dans la définition que l’on pourrait alors extraire de cette démonstration: à la question « qu’est ce que le mal ? », la propagande répond: le mal, c’est l’inconnu, l’étranger.
En prenant le film Les Mains en l’air de Romain Goupil (qui raconte vaguement l’histoire d’enfants d’une dizaine d’années qui fuguent pour protéger une de leur amie, menacée d’expulsion parce que sans-papier), on se retrouve dans le même genre de prise d’otage idéologique que pouvait représenter Indigènes il y a quelques années. C’est un film de propagande, mais pour la bonne cause. Ici, il sera question de combattre l’expulsion des sans-papiers par un virulent « NON! ». Autant dire si la portée politique d’un tel projet est puissante.
Car Les Mains en l’air déploie sans relâche, 1h30 durant cette idée-revendication « Des papiers pour les sans-papiers ! » autour d’un simple programme : l’innocence menacée (et on ne doit pas condamner l’innocence, etc, etc),
Jamais très loin des plus profonds slogans gauchistes comme : « De l’argent pour les pauvres ! », le film pourrait d’ailleurs initier une longue série de protestations politiques que l’on ne pourrait conclure que par cette formidable expression « De bonheur pour les malheureux ! ».
Maintenant il va sans dire que ces slogans sont purement démagogiques. Que la mise en place d’un tel programme prend toujours le même chemin: le mal est injustifié (car le mal serait par principe injustifiable) et de l’autre côté, le paradis recréé est menacé.
Le programme persistant du film de propagande (que l’on retrouve dans le récent The 8th Wonderland) se trouve là, dans sa logique fondamentalement conservatrice : il s’agira, tout en se positionnant comme victime, de défendre un droit, un territoire, des idéaux que l’on a acquis ou que l’on mérite au nom de la justice.
Maintenant, on pourrait considérer que le problème d’un film comme Les Mains en l’air vient du fait qu’il est inoffensif en s’adressant, droit dans ses bottes, aux ennemis de l’injustice. En réalité, il soulève un terrible paradoxe : celui de la tentation du mal. Si l’on nous masque les motivations du mal tout en gardant possible l’illusion d’un paradis (politique, social, moral, ou spatial, qu’importe) recréé, c’est que ces deux éléments entretiennent un rapport logique. C’est-à-dire que nous craignons une menace de corruption par le mal, ainsi, nous devons cacher ses motivations pour ne pas laisser le choix idéologique au spectateur, car celui-ci pourrait pencher facilement du côté ennemi.
Si le film de Romain Goupil expliquait les raisons et les enjeux des expulsions des sans-papiers (enjeux économiques, sécuritaires et diplomatiques… qui existent bel et bien et sont totalement raisonnables), ces expulsions seraient peut-être beaucoup moins récusées. Voilà le vrai danger du film. Sous ses bonnes intentions, il est impossible de ne pas se demander quelles sont les raisons si irrésistibles qui justifient les expulsions des sans-papiers ? Pourquoi veut-on nous les cacher ?
Malgré toutes ses bonnes intentions, le film émet l’hypothèse d’une justification xénophobe. C’est-à-dire qu’il entretient cette question horrible: la xénophobie est-elle justifiable ?
Daniel Dos Santos






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