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Les Chansons d'amour

  

 


 

"Alors, brûle !"

Première embellie depuis le 6 mai.

 

Depuis quand n’avons-nous pas été aussi ému ? Ces chansons d’amour sont belles à pleurer. Elles savent raconter magnifiquement, avec honnêteté et sincérité, la liberté qu’on doit se donner d’entendre je t’aime, et surtout de le dire. Aimer, dans Les Chansons d’amour, c’est à la fois le mot caché et le mot d’ordre. La légèreté et la simplicité des chants est le parallèle de  l’élégance des corps, de leur grâce. La grande qualité des Chansons d’amour c’est cette émotion qui vient du corps, témoin d’un amour et d’une complicité : celle, évidente, entre Honoré et ses comédiens. On a le sentiment d’un tournage heureux, d’une troupe unie par le même désir de parler aux autres, à nous spectateurs. Le film parle de cet encombrement de soi qui tend à oublier l’autre, et qui in fine disparaît dans le flux du désir. Étonnante, la manière dont Les Chansons d’amour traite le deuil. Il y a la douleur, le poids de la mort, mais il y a aussi un élan qui ne s’arrête jamais, toujours relancé par le désir. Le film commence sur une intrigue de départ assez inextricable : cette relation à trois où personne ne veut bouger, qui en même temps n’est pas satisfaisante. Certains disent que le film d’Honoré est bobo, bourgeois, bien au contraire, il conteste immédiatement ces qualificatifs par sa mobilité.

 

Bouger c’est refuser tout modèle, toute dialectique, contester l’enfermement. Il faut souligner la délicatesse et la sensualité du rapport entre Ismaël et Erwann : le « petit trésor » breton est porteur d’espoir, d’imprévu, et c’est le plus centré de tous les personnages. Il y a une libre circulation du désir : hommes, femmes, morts et génie de la Bastille, tous ont le droit d’être aimé ! Et bien évidemment le désir est au-delà des sexes. La famille tire Ismaël vers le deuil, la culpabilité : la mère de Julie s’inquiète d’un couple à trois, le personnage de Chiara Mastroianni reproche à Ismaël son inconstance, son refus de choisir. Ainsi la famille, c’est ce qu’on doit quitter pour devenir (libre). Et c’est dans cette volonté de fuir toute lourdeur, tout vouloir-saisir, que Les Chansons d’amour sont belles ; c’est aussi le propre de la comédie musicale : chanter ses sentiments et les danser, c’est refuser l’immobilité du corps, et accepter son don. Ce film rend généreux. Et les acteurs y ont partie prenante. Louis Garrel est époustouflant (si drôle avec sa marionnette improvisée) et totalement émouvant. C’est lui qui porte le film, et dévoile une à une ses faces changeantes. Clotilde Hesme garde une simplicité, une modestie toutes particulières dans son rôle de catalyseur (d’émotions et de situations), qui ne quitte pas le comique (son « Oh mon cochon » est parfait). Grégoire Leprince-Ringuet est franc et lumineux, tandis que Chiara Mastroianni reste secrète et étonnante. Ludivine Sagnier est à l’endroit juste de son personnage. Les chansons d’Alex Beaupain tournent dans la tête longtemps, tout comme le film imprègne le quartier du Xème, peuplant les lieux de tournages comme des réminiscences vécues.

 

L’hommage à Jean-Claude Guiguet n’est pas anodin. Comme lui, Christophe Honoré n’a pas peur du lyrisme. Le lyrisme est un don d’émotion trop généreux pour penser à son propre ridicule. Et comme disait Roland Barthes : « l’intelligence, c’est l’art de penser aux autres. »

 

Arnaud Simon & Pierre Eugène

(merci à François Jardin)

 

  

 

 

 Réalisation

Critstophe Honoré

 

 Interprétation

Louis Garrel

Ludivine Sagnier

Clotilde Hesme

Chiara Mastroiani

 

 Origine

France

 

 date de sortie

23 mai 2007

  

 

 

 

 

 

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