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Lumière silencieuse
l’Existentialisme grandeur nature de Carlos Reygadas
L’Aube au milieu de nulle part
De la nuit étoilée, des premiers rayons de soleil à travers deux arbres à la lumière du jour, on se retrouve dans une communauté mennonite, dans le nord du Mexique. Là, dans un îlot intemporel, ils vivent hors de l'ère moderne avec leur propre dialecte germanique (le plautdietsch).L’homme apparaît primitif, primaire, abstrait du monde contemporain. Ses activités se limitent à prier, manger, se laver dans la nature, faire l’amour, labourer la terre, s’occuper du bétail, le tout dans un silence contemplatif. La nature et les êtres humains sont filmés de la même manière, homogénéité de l’être se trouve partout et la lumière intérieure des choses et des êtres transparaît dans le silence. Le choix du décor permet à Reygadas non seulement de mettre son personnage dans un huis clos Sartrien, mais de raconter l’histoire à travers des paysages hermétiques à la foi beaux et vides, pleins de possibilités. « C'est l'histoire d'un homme qui a une belle famille, mais qui est amoureux d'une autre femme, et qui souffre d'avoir le cœur partagé, résume Reygadas. Je n'ai pas fait un film trop dramatique. Je voulais principalement peindre les émotions qui naissent de ce conflit intime. » Isolé dans ce qui semblerait une époque lointaine, il n’y a pas d’échappatoire pour le personnage principal, son père lui explique que s’il ne se dépêche pas il perdra les deux. Le fatum le pousse ainsi à agir : il doit avertir sa femme de son amour adultère.
Le Midi d’une liaison amoureuse
Le film commence au moment de vérité pour le personnage principal : le problème de l’adultère. La mise à l’épreuve de l’individu est le trait de l’existentialisme, dans des circonstances particulières c’est l’être qui se définit, ou plutôt qui traverse une zone d’ombre, de non être pour ensuite se définir, se révéler. Dans un certain sens tout est possible dans cette zone d‘ombre, le mieux comme le pire. Japon, le premier film de Reygadas, traite d’un homme venu à bout de chemin dans un village au milieu du désert mexicain. Paradoxalement il retrouvait l’amour et l’envie de vivre non pas grâce à une belle jeune fille mais à une douce vieille dame qui l’accueillit. Si leur relation culmine dans leur rencontre sexuelle qui brise toute l’iconographie de l’acte sexuel au cinéma c’est dans la logique de montrer l’humain frontalement dans toute son animalité plutôt que par provocation. Si Bataille dans le Ciel (son deuxième film, digne héritier filmique de L’Etranger de Camus) avait déconcerté quelques-uns par son coté porno-mystique qui tentait de concilier l’instinct sexuel le plus élémentaire avec une sublime réalisation spirituelle, Lumière Silencieuse n’a rien de sulfureux, le sexe de l’adultère est traité de façon beaucoup plus sobre (mais non pas moins charnelle). Il arrive à midi en pleine lumière, sous la chaleur.
Crépuscule d’une angoisse
Tout respire la paix et la tranquillité alors que le grondement souterrain provoqué par l’adultère prépare ses crises. Les plans dans l’ensemble du film sont plus fixes et précis et s’attardent souvent sur la nature, lorsque les personnes se baignent et sortent du cadre une fleur isolée apparaît lentement dans l’arrière plan par un changement de mise au point. Les grands travellings et panoramiques accompagnés de musique propres à Reygadas sont ici absents, effectivement il n’y a pas de musique sauf le son de la nature qui accompagne les mouvements de début et de fin pendant le lever et le coucher du soleil. La nature est en accord avec les états d’âme des personnages, la révélation tempétueuse de l’adultère s’avère mortelle, mais un baiser symbolique de reconnaissance et d’amour peut faire revivre un corps meurtri par la tristesse. L’unité de l’être se manifeste dans l’union entre l’esprit et la chair et la nature toute entière. Le drame mené à son terme nous pouvons retourner à la rassurante obscurité de la nuit, cette mère tendre et éternelle. Si la tragédie est partielle dans Japon par la mort insensée et cruelle de la douce vielle dame et complète dans Bataille dans le ciel par la mort de Carlos en martyr suite à la mort de l’enfant enlevé et l’assassinat passionnel de Ana ici tout est possible. L’amour permet de rétablir l’ordre et la tranquillité et rappelle l’autre face de la monnaie de l’être, celle où la tendresse de la responsabilité pourrait mener au bonheur et fait de l’existentialisme un humanisme.
Plus que des « films » les œuvres de Reygadas sont des portraits de la nature humaine. Il n’y a pas de comédiens au sens commun du terme chez lui, il les prend pour ce qu’ils sont. Pour tourner Stellet Licht, il a fait appel à de vrais mennonites, comme les modèles de Bresson ou les personnages du cinéma de Bruno Dumont, pour projeter une facette de leur humanité. Le don de scénariser le conflit interne et la nudité des âmes ainsi que de filmer l’espace intérieur sans artifices fait de Reygadas non seulement le plus avant-gardiste des cinéastes mexicains, mais confirme une vision d’un humanisme rare de nos jours. Alyosha Saari
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Réalisation Carlos Reygadas
Interprétation Cornelio Wall Miriam Toews
Origine Mexique
date de sortie 5 décembre 2007
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