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Max et les maximonstres – Spike Jonze

23 avril 2010 2 842 views One Comment

max et les maximonstres 3

“Happiness isn’t always the best way to be happy.”

.

Ce n’est pas parce que la psychanalyse s’est emparée de la littérature, ou le cinéma, pour enfant comme schéma d’étude des pulsions enfantines que tout livre, ou film, traitant des pulsions de l’enfant est nécessairement un film appelant une lecture psychanalytique.

D’emblée, la question : quel film-pour-enfant est Max et les maximonstres ? est une mauvaise question. Car évidemment, le terme est péjoratif. Qu’est-ce qu’un film pour enfants ? Un film qui par sa conception simple peut toucher directement des êtres d’âge et expérience réduits ?

Dans ces cas-là, Spike Jonze propose de révolutionner le genre, de dynamiter ses codes. L’économie tout entière du film tourne autour d’une simple proposition esthétique : l’univers créé, cette île des maximonstres est une île faite de forêt d’arbres morts, de falaises, de déserts… pas de couleurs, pas de féérie, et cet univers tout entier est, tout comme le monde réel, filmé caméra à l’épaule, comme un reportage. L’idée étant de soustraire tous les artifices et toute la fantaisie que l’on associe généralement à l’enfance. Donc : plans courts, montage cut, éclairage naturel tant que faire se peut, et créature faites de gros costumes poilus (donc matérielles et non numériques). De l’artisanat mais pas d’artifice.

L’histoire est celle de Max, un jeune garçon très seul. A l’heure du dîner, il monte sur la table et dit à sa mère : « Femme. Nourris-moi ! ». Sa mère se fâche, il menace de la manger puis la mord. Elle l’envoie dans sa chambre sans dîner. Mais Max s’enfuit, court dans la nuit jusqu’à une petite barque abandonnée qui le mènera sur l’île des maximonstres.

Par de nombreux aspect, le Max… de Jonze serait le pendant masculin et épicurien à l’Alice… de Carroll, auquel il fera de nombreuses références directes.

Surtout, Jonze partage avec Carroll un même sens du ludisme, une passion pour les jeux où les règles sont incapables de construire un équilibre pouvant départager gagnants et perdants. Pour Carroll, le jeu n’a pas de règle, mais pour Jonze, le jeu n’a pas de structure ni de fin. Rares sont à ce titre les films pour enfants mettant en scène le jeu pour lui-même, en dehors d’une économie d’apprentissage (dans la majorité des Disney, on ne joue que pour apprendre, ou bien on joue en chantant, c’est-à-dire au sein d’une organisation stricte et chorégraphiée).

Il est connu que Françoise Dolto déconseilla vivement la lecture du livre de Sondak aux enfants. Les monstres seraient des manifestations brutales et horribles de l’inconscient de l’enfant, qui l’effraieraient ou l’aideraient au mieux à assouvir ses désirs de puissance. Le récit d’initiation échoue si le personnage n’acquiert aucune connaissance.

Renversement structurel. Max et les maximonstres aurait à première vue tout d’un Bildungsroman classique. Le jeune Max s’enfuit dans un monde imaginaire car il est incapable de faire face à une réalité qui lui est hostile (soit une « rupture entre une âme pleine d’idéaux et une réalité qui résiste » selon les mots de Jürgen Jacobs). Là-bas, il apprendra à faire face à la réalité selon une évolution déterminée. Enfin, c’est la prétendue immaturité de l’enfant qu’il s’agit là de renverser en la confrontant à ses responsabilités et, in fine, en le réconciliant avec le monde. Seulement voilà, rien de tout cela n’aura lieu et au cours de son périple, Max sera confronté à des personnages qui auront moins d’expérience que lui. Résultat : l’initiation est renversée, c’est Max qui va apprendre aux monstres, leur apporter ses connaissances, son expérience… et non l’inverse. Max et les maximonstres n’est pas un éveil spirituel mais au contraire une régression, un repli sur soi. Il échappe au schéma type de ce genre de film. Pas d’aventure, pas de danger, pas de menace. Uniquement du jeu. Plaisir ici supérieur à un bonheur ontologique.

Alors, un bouleversement des rapports (très Carrollien) s’opère à plusieurs niveaux :

A un niveau purement visuel, les dimensions s’affolent en pénétrant dans l’île des maximonstres. Tout d’abord, les monstres sont simplement bien plus grands que Max alors pourtant que celui-ci s’impose comme roi. Ceci initie un jeu visuel sur la perspective et les échelles de grandeur : Max est un géant au milieu du micro-village construit par le monstre se prénommant (justement) Carol, dans le désert passe en arrière-plan un chien mais dont les dimensions sont encore bien supérieures à celles des maximonstres, enfin lorsque Max explique à Carol qu’un jour le soleil va mourir, ce dernier lui répond : « Look at me, I’m big ! How could guys like us worry about a tiny little thing like the sun ! »

Au niveau des rapports sociaux enfin. Et c’est là que le film est vraiment subversif. Le film remet en cause l’autorité parentale en générale (et l’autorité féminine en particulier, Max n’ayant pour famille que sa sœur et sa mère) et la renverse[1]. Max se veut une figure autoritaire et lorsque sa réalité sociale est incapable de le voir comme tel, il fuit. Mais il fuit pour devenir  roi chez les maximonstres, feignant alors un pouvoir illimité pour établir son ordre à lui. Il reproduit alors un schéma patriarcal avec ses monstres, alors même qu’il est un enfant sans père.

Plus profondément encore, Max élabore l’organisation politique d’un éternel présent, absout de toutes responsabilités autres que cette question « qu’est-ce qu’on fait maintenant ? ». Le roi décide de quoi faire. Et le roi veut jouer car jouer lui permet d’assouvir ses pulsions destructrices. Il fait l’expérience, malgré lui, du politique et de la communauté. Et la conclusion à laquelle il arrive est à la fois poétique, idéaliste et concrète. Les maximonstres n’ont pas besoin de père, de roi, ils n’ont besoin que d’eux-mêmes (la seule raison pour laquelle ils avaient besoin d’un roi était « d’éloigner toute la tristesse », ce qu’ils ne peuvent faire qu’en restant ensemble). Le système politique qui prévaut dans le film, c’est l’anarchie. Un univers sans ordre, sans autorité, une communauté des égaux. Plus aucune domination.

Max et les maximonstres se révèle plus comme un essai sur l’anarchie qu’un simple récit d’initiation. Et d’un point de vue strictement politique, Max et les maximonstres est bien plus passionnant comme tentative poétique d’établir un schéma structurel au sein d’un microcosme social que comme l’assouvissement simple de pulsions enfantines contradictoires.

Après tout, Max et les maximonstres n’est peut-être qu’une splendide œuvre de résistance, (résistance au monde, à l’injustice…) sous l’apparence d’un film autiste, immature, contradictoire, enfantin, méchant car il ne pense qu’à jouer, se bagarrer, et au final, qu’à être protéger (par des igloos, des forts…) duseul mal existant ici : la tristesse.

Daniel Dos Santos


[1] D’autant plus qu’à la fin du film, Max rentre chez lui, accueillis par sa mère et il mange, symbole  qu’il a enfin réussi à affirmé son autorité sur sa mère qui l’avait auparavant privé de dîner.


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One Comment »

  • Bliss – Drew Barrymore | Stardust Memories said:

    [...] dans les formes possibles du bildungsroman cinématographique et ses dérivés (comme Where the wild things are le mois dernier) c’est la précaution de la mise en scène à se laisser subjuguer par la [...]

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