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Mister Lonely

  


 

Une solitude sublime

 

Annoncer, d’emblée, le bonheur de voir l’arrivée d’Harmony Korine avec un nouveau film ouvert, apaisé, rassembleur et réconcilié. Là où Julien Donkey-Boy raidissait et enfermait le cinéma physique et intense de Gummo dans une posture qui, franchement, nous plaisait moins, Mister Lonely arbore un classicisme du découpage et une mélancolie des figures, doux alliage qui font de ce bel essai une des émotions merveilleuses de cette édition 2007 du Festival.

 

Si Mister Lonely raconte deux histoires qui se font écho, d’un côté le voyage d’un jeune idéaliste dans une communauté de sosies de stars perdue dans un château en Ecosse, et de l’autre le récit de nonnes pratiquant le saut en parachute sans parachute en Amazonie, c’est parce qu’avec ces deux trajectoires Korine nous parle, en cinéaste presque voltairien, de deux récits d’apprentissage, deux formes de périple à travers les illusions déçues, la fin des utopies et le calme souverain d’un héros qui, finalement, trouvera son chemin à travers le monde.

 

Car tous les personnages du film sont en quête d’un absolu qui, comme les nuages, leur échappe entre les doigts. Le retour à la vie terrestre, à l’existence parmi l’humanité, envers et contre toutes les tentations de refuges que peut procurer l’esprit et ses constructions idylliques, est le sujet de Mister Lonely. Cet absolu, cette transcendance presque, c’est la quête des nonnes amérindiennes et de leur surintendant, interprété par le rocambolesque Werner Herzog. C’est en débarquant des vivres que l’une d’elle chute dans le vide. La miraculée en ressort indemne, et dès lors, les nonnes vont tenter de reproduire ce miracle, d’en toucher la grâce – et toucher le ciel avant l’heure. Au final, la beauté primitive de leurs corps sombrant dans le bleu du ciel, livrés à l’inéluctable pesanteur physique, sauvés par la force inébranlable de leur foi, reste…une chute. On connaît son aboutissement : a priori, la mort. C’est le paradis suspendu l’espace de quelques séquences que propose le film : ces nonnes chutent, mais ne meurent pas. Assistance divine, miracle ? Un voyage est organisé jusqu’au Vatican, pour en toucher deux mots au Pape, faire reconnaître et officialiser la chose. Et l’inattendu survient finalement, dans la dernière scène du film : la chute puis la mort, devenu inattendue mais en fait légitime, et normale.

 

C’est le chemin que parcourt l’autre segment du film, présentant un personnage joué par Diego Luna à Paris, qui entreprend un voyage dans les îles écossaises pour habiter une communauté de sosies. Là, l’espace d’amitiés fugitives, d’amours naissantes et de représentation pittoresque d’un petit spectacle sous chapiteau, l’harmonie d’une vie en groupe agit, sans le spectre d’une censure quelconque. Michael est Michael, Marilyn est Marilyn, Charlot est Charlot, loin du monde et des hommes chacun conserve l’illusion d’être le personnage qu’il s’est construit. Le leurre dure peu, et c’est une mort (le suicide de Marilyn) qui fera le deuil de ces illusions. Ne reste plus, de retour à Paris, qu’à faire tomber le masque, redevenir celui qu’on était avant le rêve, redevenir soi, aussi difficile que cela puisse être. Les visages des êtres rencontrés et aimés s’animent une dernière fois sur la surface d’une série d’œufs. Pourquoi l’œuf, si ce n’est qu’il est un masque, un mirage à lui seul ? Sur la surface : l’image. Sous la coquille : l’aliment. En surface : le sosie. Sous l’apparence : l’être.

De la même façon, les visages aimés, les visages adorés réapparaissent une dernière fois, consacrant par le souvenir le processus de la mémoire. Réhabitant l’inconscient collectif, aussi : ces figures, celles de célébrités, sont devenus des visages d’amis. Tout le trajet du personnage de Diego Luna aura été de passer de cet inconscience à la conscience de soi, à l’envie d’exister pour soi. Si son personnage trouve enfin sa place dans l’univers, au prix d’un abandon total des illusions qui le berçaient jusque là, cette peau neuve ne va pas sans souffrance, ni sans solitude. Allées trop loin dans leur projet céleste, les nonnes en ont perdu la vie, et le dernier plan les montre sur la plage, entre eau et sable, au bord du rivage. Au bord, se situe, et se situera peut-être définitivement le cinéma d’Harmony Korine. Au bord, vivra le personnage de Diego Luna, c’est-à-dire en marge, avec les hommes, mais pas tout-à-fait avec eux.

Dans une solitude sublime, comme le montre le premier plan qui diffuse avec une enivrante splendeur les accords d’une chanson du passé. Un homme chevauche une moto, au ralenti, sur une piste de course. Il est seul, et accélère comme pour se rattraper lui-même.

 

Mikael Gaudin Lech

 

  

 

 

 Réalisation

Harmony Korine

 

 Interprétation

Diego Luna

Samantha  Morton

Denis Lavant

Léos Carax

 

 Origine

Etats-Unis

 

 date de sortie

indéterminée

  

 

 

 

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Interview

Harmony Korine

 

 

 

 

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