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Spider-man

  


 

 

L'homme est dans la toile

 

40 ans après sa naissance dans les pages de la revue américaine Amazing Fantasy, et alors que sa popularité n’a cessé de croître et de se transmettre aux nouvelles générations jusqu’à aujourd’hui, Spider-man, le super héros de BD a enfin pris chair au cinéma en 2002 grâce à la témérité de Sam Raimi.

Car il en faut du courage et du culot, pour s’atteler à cette légende, et le fait que le cinéaste en soit bercé depuis l’enfance n’était certainement pas la meilleure des garanties. Et pourtant, l’exploit est incontestable. Sam Raimi a su rester fidèle à l’œuvre de Stan Lee et Dikto tout en offrant une nouvelle page de cinéma, et du bon.

Au niveau narratif, quelques mises à jour ont dues être actualisées : l’araignée originelle qui était radioactive dans la version dessinée ne peut être que génétiquement modifiée à l’aube du 3ème millénaire… Mais si ce détail n’était que la première touche d’une peinture édifiante et lucide de la société actuelle ? Les contes de fées disent toujours quelque chose de la réalité, et c’est là leur force. À l’heure des OGM, le héros est victime des expérimentations scientifiques, contaminé par une piqûre, certes d’araignée, mais le parallèle avec le VIH est inévitable (et l’impossibilité pour le jeune homme d’avoir une relation sexuelle vient entretenir l’allusion, certains ayant vu dans Spider man le paradigme du film homosexuel). Le méchant « Bouffon vert », qui n’a rien d’un écolo, représente justement le scientifique sans morale ni conscience qui n’aspire qu’à transformer le monde en machine et à démontrer la force de destruction de son invention. Tandis qu’il surfe et effraie la population, son rival Spidey tisse sa toile, et file la métaphore…

Dans le contexte mondial actuel de la société en réseau, Spider-man renaît-il au cinéma pour figurer l’allégorie d’Internet ? Il est vrai qu’il est toujours là quand il faut, qu’il vole au secours des gens et que sa rapidité n’a rien à envier au flux de la connexion ADSL. Et lorsqu’un virus infiltre son monde, le parasite parvient à être anéanti et permet même de récupérer des données : l’effroyable méchant tombe le masque et dévoile son identité à Spider avant d’expirer.

La virtuosité de Sam Raimi est de parvenir à multiplier les strates de sens et à densifier ce récit d’aventure sans perdre le fil, à l’image de son héros arachnéen. Cette richesse narrative est due à la personnalité complexe du double héros Peter Parker/Spider-man, individu chargé d’une histoire mais aussi doté d’un corps expressif – qu’il attire ou rebute, Tobey Maguire n’a rien de l’apparence lisse des jeunes premiers de série B – et de sentiments profonds et changeants, qui font de lui un être humain avec ses qualités et ses défauts. Ce sont d’ailleurs davantage ses faiblesses qui percent : maladresse, naïveté, timidité, rancœur, jalousie, ingratitude, expliquent ainsi son empressement à se racheter en sauvant le monde. Comment ne pas se retrouver dans tous ces sentiments, et s’identifier à cet adolescent perturbé par ces longs jets blancs qu’il produit à son insu ? Les personnalités des personnages secondaires obéissent aux mêmes exigences d’humanisation et leur véracité apporte d’autant plus de crédit à la figure centrale de Spider-man. Encore une fois, l’atout de Sam Raimi est de savoir manier habilement le mélange des genres. La soupe est épaisse, mais n’a rien d’étouffant. Loin de verser dans la psychologie, il sert avec brio un mélange de drame, réalisme, film d’action et récit d’apprentissage, le tout relevé de pointes comiques, esthétiques, et plus encore, sociales et politiques ! Il serait presque absurde de parler de « scènes d’action » ou de « séquences émotion » dans un film où tout se mêle avec autant de subtilité. Les effets spéciaux sont époustouflants mais jamais excessifs et rien n’est plus réussi que quand la caméra de Raimi prend du champ pour donner lieu à un formidable ballet aérien entre les gratte-ciel de New-York. À l’inverse du cinéma terroriste qui, par des procédés visuels de manipulation, impose sa loi au spectateur, le cinéma de Raimi nous embarque dans son univers en nous laissant le filet de sécurité : l’équivocité et la libre interprétation d’un monde offert au déchiffrement. « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons », a dit Renoir à travers le personnage d’Octave dans La Règle du jeu. Internet a ouvert le débat interpersonnel. Spider-man le tisseur de toile permet peut-être quant à lui la réconciliation, avec un film inclassable qui tend à l’universel, et a su réunir, une fois n’est pas coutume, cinéphiles et grand public.

Suzanne Duchiron

  

  

 

 

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