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Une décennie de films de super-héros vu par Daniel Dos Santos |
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Les figures inhumaines du cinéma américain à grand spectacle d’aujourd’hui sont principalement des super-héros, surhommes, créatures différentes, mutantes, inhumaines. Ces derniers mois, trois films symbolisent clairement le parcours que prend aujourd’hui le film de super-héros, devenu genre à part entière depuis la prise de position, à l’intérieur même de l’industrie des majors, des éditions consacrées initialement uniquement à la production et publication de comic-books et possédant donc initialement les pouvoirs d’un simple éditeur. L’exemple du formidable succès de Spider-man créa un effet boule de neige. Les Marvel studios, créés alors depuis quelques années seulement et entrés en bourse, subissent une croissance fulgurante en quelques semaines seulement, durant les premières semaines d’exploitation du premier opus de la trilogie de Sam Raimi qui bat alors des records. Très rapidement, il s’avère que le film de super-héros devient presque systématiquement rentable, que la mise en scène soit confiée à des auteurs affirmés et reconnus (Sam Raimi, Ang Lee) ou bien à de totaux inconnus, totalement transparents totalement inaptes à mener à bien un projet artistique mais capable d’exécuter techniquement un film (Tim Story, Mark Steven Johnson, Pitof, Brett Ratner) ; que les étoiles du casting de ces films éblouissent ou promettent (Willem Dafoe, Nick Nolte face à Tobey MacGuire, Eric Bana…), ou bien possèdent un air domestique et restent de petites envergures (Jessica Alba, Julian McMahon, Benjamin Bratt). Toute combinaison semble plus ou moins arriver à un film rentable ou, au pire des cas, le film connaît une seconde vie dans les vidéoclubs et l’exploitation vidéo (parcours typique à une époque pas si lointaine du cinéma d’exploitation) ainsi que dans les diffusions télévisées.
Mais avant l’an 2000, date de sortie du premier volet X-men réalisé par Bryan Singer, la donne était légèrement différente. Les adaptations telles que Spawn ou encore the Crow, bien qu’elles ne soient pas réalisées par des « auteurs » établis, restent de petites productions. Avec X-men, Brian Singer n’a pas prouvé au public qu’il pouvait varier les genres mais a prouvé aux producteurs que les réalisateurs peuvent mener convenablement une grosse production adaptée d’un comic-book célèbre, quelque soit le genre de film auxquels ceux-ci étaient initialement habitués. Avec X-men, Hollywood a conforté l’idée que ses réalisateurs peuvent ne servir que d’honorables hommes à tout faire pour leurs films de super-héros, genre en pleine explosion.
“We did our jobs too well. Now, must we make amends”. Cette phrase prononcée par Nick Chinlund, personnage de grand méchant capitaliste dans UltraViolet résume parfaitement la pensée des producteurs de notre époque. Miser sur des réalisateurs comme Tim Burton a été profitable un temps, mais n’est plus nécessaire1. La course au profit passe au niveau suivant : engager des techniciens plus malléables et multiplier ces films sans se soucier de l’attrait que ces films puissent avoir envers les auteurs de Hollywood. En 2003, date à laquelle Stan Lee se vante de sévèrement recruter des auteurs pour les adaptations de ses comic-books (propos tenu lors de la promotion de Hulk de Ang Lee) la donne change. Quelque mois auparavant sortait Daredavil de Mark Steven Johnson sur les écrans américains. Il y rencontra un succès mitigé. Hulk sort quelques mois plus tard, et malgré les espoirs de Stan Lee, le film rencontre un succès similaire : ces films rembourse leur budget et engendrent respectivement 24 et 12 millions de dollars supplémentaires pour Daredevil et Hulk, scores minuscules mais déjà symbolique : le faiseur a battu l’auteur.
Sachant donc que les adaptations les plus saugrenues semblent aux vues d’études de marchés précises, rentables ou au pire remboursables, il ne suffit plus pour les producteurs que de chercher les matériaux, puiser dans les gigantesques réserves de DC comics, Marvel, Dark Horse comics ou encore Vertigo pour en dénicher un quelconque projet car, depuis une dizaine l’année, les avancée technologique en matière d’effet spéciaux (surtout au niveau des rendus des CGI) ont rendu n’importe quel héros farfelu et ses pouvoirs aisément représentable à l’écran dans une qualité réaliste. Puis il suffit alors de trouver l’équipe qui réalisera un tel film. Les fameuses listes sont alors très minutieusement et sérieusement écrites, listes dans lesquelles sont référencés, par ordre de préférence, les réalisateurs et acteurs potentiels covenants le mieux au projet. La position du réalisateur finalement choisi pour un projet par rapport à celle qu’il occupait dans la liste originale est un premier indice sur la potentielle qualité du film. Bien sûr, celles-ci restent majoritairement secrètes même si certains noms sont très officiellement nommés2.
100 Millions de dollars furent confiés à Tim Story pour réaliser Fantastic four (Les 4 fantastiques), originellement il est le réalisateur de films avec Kevin Mambo (de sombres films s’apparentant à la blaxpotation datant paradoxalement la fin des années 90) puis du remake américain de Taxi intitulé New-York taxi. Double d’Antoine Fuqua ou F. Gary Gray (faisant partie du groupe fermé des réalisateurs noirs d’Hollywood), moins doué à rendre une copie soignée mais encore plus chanceux dans l’exploitation de celles-ci que ses compagnons, sa prise en main du projet est une surprise qui s’explique principalement par les rejets successifs de Steven Soderbergh, Chris Colombus jusqu’à Raja Gosnell (décharge humaine à projets stupides, réalisateur des pitoyables Scooby-doo 1 & 2 qui s’attaquait à l’époque à Une famille deux en un) ou étrangement Peyton Reed (récemment réalisateur de the Break-up) et même Sean Astin (acteur interprétant le Hobbit Sam dans la trilogie Lord of the rings, n’ayant jamais réalisé qu’un ou deux épisodes des séries TV les plus inintéressantes et invisibles de ces dernières années). Pire encore, Tim Story semble être devenu l’exemple avec Fantastic four d’un aboutissement pour les réalisateurs noirs de Hollywood et son travail le révélateur d’une épée de Damoclès suspendue au-dessus de ceux-ci, les condamnant, à exécuter bien gentiment et à espérer faire de bons chiffres avec les films qui leur sont confiés, abandonnant toute ambition artistique personnel et/ou toute prise de risque (l’un de ses collègues noirs aura déclaré à Tim Story avant le tournage de Fantastic four : « If you screw this up, we all got a problem »). Mais les hésitations s’affirment aujourd’hui de plus en plus à Hollywood avec les deux films de super-héros de cet été : X-men 3 et Superman returns. Les contrats se brisent, les gens quittent des projets de plusieurs centaines de millions de dollars d’un jour à l’autre, signe symptomatique du problème que soulève aujourd’hui, pour une équipe technique et artistique, ce genre de films de commande. Mais y a-t-il une mutinerie au sein des projets les plus déshumanisés du moment ou une utilisation abusive du pouvoir des producteurs, qui devient de plus en plus grand ? On peut notamment comprendre que le tournage de Superman returns ne peut être l’unique raison de l’abandon de Bryan Singer de X-men 3. Il faudrait prendre en compte le fait que McG (Charlie’s angels 1 & 2), initialement attaché au projet, fut attendu plus d’un an lorsqu’il tournait le second volet de Charlie’s angels avant à son tour d’abandonner le projet pour des raisons budgétaires (principalement la délocalisation du tournage en Australie alors même que McG insistait pour tourner à New York). Il semblerait qu’aussi peu téméraire que peuvent sembler ces réalisateurs, leur prise de position est importante. Car les sables dans lesquels ils se trouvent sont des sables mouvants qui enfoncent petit à petit de lourds projets jusqu’à l’asphyxie tentant d’emporter les réalisateurs avec eux. Le symbole néfaste et funèbre de la lenteur des projets enfermés en cycle de pré-production durant parfois une décennie est la mort de Christopher Reeves qui était sensé faire une apparition dans le film Superman returns 3.
Au final, c’est la confiance en l’artiste qui s’est perdu, chaque producteurs, hommes de l’ombre, brident ses poulains et ceux-ci se plient généralement à leurs volontés …ou dégagent. Et la roue continue de tourner : un succès au box-office signifie la mise en chantier d’une suite souvent réalisée par le même réalisateur. Les promesses de découvertes (ou confirmations) artistiques de réalisateurs s’effondrent pourtant peu à peu (Christopher Nolan et Bryan Singer réaliseront d’exécrables Batman begins et Superman returns) et les plus grands succès artistiques ne seront finalement que les films pour lesquels leur auteurs auront bénéficier de plus grandes libertés. Ceci n’étant possible qu’après que les auteurs ont pu prouver leurs qualités financières d’abord puis artistiques, soit les plus intéressants films de super-hérosde ces dernières années semblent condamnés à n’être que des suites (Batman returns, Spider-man 2).
Alors que le film Superman returns est un échec commercial, on peut alors supposer que l’artillerie promotionnelle d’Hollywood ne crée plus dans ces films que des curiosités, des phénomènes sociologiques qui attirent un public curieux mais qui perd peu à peu ses espérances. La prochaine étape pourrait-elle être le mépris pur et simple du grand public envers ces films de super-héros ?
Daniel Dos Santos
1. le premier Batman fut à l’époque de sa sortie la 6ème plus grande recette de l’histoire du cinéma (413 M $) pour un budget minime de 35M $ alors que Batman returns, qui coûta plus du double (80 M $) n’engendra qu’un peu plus de 162M $.
2. On apprend notamment que Sam Raimi occupait la position 18 de la liste des metteurs en scène pressentis pour réaliser Spider-man, parmi David Fincher, Tim Burton, Ron Howard, Chris Colombus ou Jan De Bont. Plus de dix ans avant la sortie du film, James Cameron voulait fermement s’attaquer au projet et avait écrit un scénario. Ce scénario brouillon et simpliste fut rejeté dans l’état par les studios et après un long processus de réécriture, tenant James Cameron présent mais à l’écart, celui-ci se résolut à abandonner le projet et à réaliser Titanic. Son projet fut un temps abandonné. Lorsque celui-ci revient au goût du jour, Cameron abandonna finalement son Spider-man lorsque sa volonté d’imposer Leonardo DiCaprio pour le rôle titre était discutée.
3. Tim Burton était à la base du projet Superman lives avec Nicholas Cage dans le rôle clé. Le projet avança si bien que les premières affiches du film apparurent (reprenant simplement un S stylisé argenté sur un fond noir, avec l’indication « coming 1998 ») et furent déjà diffusées dans divers cinémas lorsque Tim Burton quitta le projet. Le film connu ensuite les nombreux changements d’équipe que l’on connaît, tant dans la réalisation que dans l’écriture (jusqu’à l’arrivée de Bryan Singer, le script sensé être tourné, radicalement différent, était écris par J. J. Abrams réalisateur de M :I :3), jusqu’au tournage du film en 2005, soit un an après la mort de Christopher Reeves.
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