![]() |
|
|
|
|
Modèles d'une société inhumaine : Autour de Superman returns, UltraViolet et X-men 3 vu par Daniel Dos Santos |
|
|
|
|
|
Le propos et l’idéologie que les plus automatiques d’entre ces films prônent sont par ailleurs d’autant plus intéressants qu’ils peuvent provoquer polémique. Dans ces films américains règne clairement la fiction fantaisiste, échappatoire à un monde réel qui prendrait en compte la réalité sociale américaine ou sa politique extérieure. Nous sommes dans un cinéma non seulement de divertissement mais par les aspects politique qu’il engage malgré lui d’irresponsabilité. En à peine un mois et demi, trois films de super-héros adaptés de comic-books sont sortis sur nos écrans : X-men 3 ; Ultraviolet ; Superman returns.
- La haine de l’humanité
Les super-héros de ces trois films sont chacun menacés à un moment ou à un autre de devenir humain. Sous cette menace, deux réactions sont possibles : la vengeance menant à une volonté rageuse de détruire la race humaine tout entière (Magneto et son groupe dans X-men 3 ; Violet et son groupe au début de UltraViolet) ou bien l’acceptation de ce sort comme moyen d’obtenir la rédemption de leurs « pêchés » ou plus vraisemblablement des erreurs commises à cause de la difficulté qu’incombe le contrôle de leurs pouvoirs. La rédemption, c’est abandonner volontairement son pouvoir (Rogue, Phoenix dans X-men 3). Clairement, l’humain est défini comme une race inférieure et faible menant une vie simple et tranquille en somme, un animal primitif dépourvu de conscience. La haine de l’humain et le désir d’en « exterminer » la race n’est pas uniquement le résultat d’une menace de devenir humain. C’est tout d’abord une simple discrimination envers cette race sous évoluée dans la trilogie X-men et UltraViolet. Face à l’acte « terroriste » que commet Violet en incipit d’UltraViolet, un dialogue entre elle et le patron de la sécurité explique la donne : « – Why are you doing this ? – Because I hate humans with every fibre of my being and I’ll kill every single one of them! – You used to be human! – But not anymore, right ? ». La loi du plus fort est règle de vie. « We are the future, Charles, not them ! » nous répétera Ian McKellen dans X-men comme si la société devenait de plus en plus insurvivable, et donc de plus en plus cruelle. Le super-héros est donc plutôt un « surhomme » puisqu’il était initialement un homme avant d’arriver à un stade supérieur de l’évolution. Les super-héros terroristes des films UltraViolet et la trilogie des X-men cherchent donc à s’émanciper de leurs origines en les détruisant. Ils se vengent de la race humaine qui l’a sous-estimée, traitée comme « sous-hommes ». Des séquences, dans X-men et UltraViolet, reprennent explicitement le nazisme. Magneto est juif, il était prisonnier d’un camp de concentration pendant la Seconde guerre mondiale en Europe, Violet était elle aussi prisonnière d’un centre d’extermination dont les silhouettes qui l’occupaient avec elle sont représentées selon les clichés de la représentation des juifs. Pourtant loin de la réalité, ces films offrent le pouvoir de venger l’Histoire (le génocide juif) lorsqu’ils n’essaient pas de la changer (Superman sauve un avion menaçant de s’écraser en plein centre d’une mégalopole, circonstance qui rappelle irrémédiablement le 11 septembre bien que Singer tente ici de se détourner de l’événement). D’une manière primitive, ces réactions sont donc avant tout une vengeance envers l’Histoire et un détournement de celle-ci.
- Néantisation des mouvements, des sens, des affects
Ainsi, le super-héros est totalement inhumain. Il n’est qu’icône, simulacre d’une espèce organique brouillone de lui-même : l’Homme. Le super-héros n’est pas organique (Superman ne saignera que lorsque la radioactivité de la kryptonite, son unique faiblesse, lui donnera des réactions physiologiquement humaines). Il n’est que le symbole de son pouvoir sans jamais l’incarner. Les pouvoirs des super-héros sont devenus, dans ces trois films, si puissants que tout affect ou tout effort se néantise majoritairement et le mouvement même n’est plus nécessaire. Le Superman de Superman returns est si invulnérable que toute attaque armée n’a aucun effet sur lui et face à une arme à feu, il n’agit même plus. La Phoenix de X-men 3 possède un pouvoir si titanesque qu’elle peut réduire les hommes en cendre par sa volonté, sans bouger : elle reste donc immobile. Les combats des super-héros sont devenus si inégaux que ceux-ci n’ont même pas besoin de faire d’effort, de réellement combattre. La victoire est systématiquement assurée, système même qui va à contresens de l’action que ces films veulent promettre. Violet donnera la définition du super-héros de ces films : « I’m a monolith. Nothing can stop me ». Rien ne peut en effet l’arrêter car le monolithe, roc immobile, n’avance jamais mais reste sur place, incassable, invulnérable et incapable de réel mouvement. Comme le roc, les héros de Superman returns, UltraViolet et X-men 3 ne ressentent rien. Les balles ricochent sur Superman, les attaques n’atteignent jamais Phoenix, Magneto ou Violet, les blessures se « déblessent », se soignent immédiatement et disparaissent sans une trace pour Wolverine. Les attaques ou actes de défense des super-héros ne font produire plus aucun effort, aucune réaction humaine autre que mécanique (à ce titre les réactions de UltraViolet lors de ses combats ne sont que les réponses aux stimuli que sont les attaques ; les combats ne sont plus que des rituels répétitifs). UltraViolet est pour ceci radical : la mort par balle de trois personnages qui prendront des poses grotesques dans leur dernier instant est significative. Le premier met sa main devant sa bouche avant de s’effondrer révélant le second la main sur les yeux qui s’effondre à son tour et révèle le troisième la main sur une oreille qui tombe à son tour. Comme les fameux singes, les personnages abandonnent leur sens, mais aussi leur corps et le meurtrier, surhomme, aura transmis son incapacité de ressentir (ce surhomme se balade constamment avec un appareil lui bouchant le nez, des gants… dans le désir de se couper de tout contact humain direct ou indirect). La faiblesse vient donc des sens mais aussi de l’affect. Aucune « réaction humaine », c’est-à-dire réaction d’amour n’existe chez ces non-hommes incapables généralement même de concevoir. Superman returns évite tout sous-entendu ayant rapport à la sexualité alors même que Superman a un fils. Superman n’est toujours pas capable d’embrasser la mère de son enfant. Dans X-men, le personnage de Rogue a un petit ami depuis plusieurs années, mais son pouvoir l’empêche d’avoir un rapport sexuel sans tuer son partenaire. Dans UltraViolet, Violet était enceinte lorsque la transformation en super-héros lui a fait perdre son enfant. Les pouvoirs de ses super-héros ont non seulement remplacé leurs sens, leurs émotions, leurs passions mais ont rendus inutile tout mouvement comme tout acte sexuel.
- L’enfant et la boîte de Pandore.
La mission de Violet est de s’infiltrer chez l’ennemi et y récupérer une arme capable de la détruire elle et toute son espèce. Cette arme, c’est un paquet, de la taille et forme d’une planche de piscine, qu’elle est interdite d’ouvrir. Or, la menace qui habite cette planche n’est qu’un être humain, un enfant de douze ans casé à l’intérieur de cette planche grâce à une farfelue technologie. La menace est donc humaine. Cet enfant, c’est par Cameron Bright, découvert dans Godsend et Birthet interprétant à nouveau la source de tous les dangers dans X-men 3. Dans UltraViolet et X-men 3, il représente exactement le même symbole : il est à la fois ennemi (humain), promesse (enfant), menace (arme), espoir/danger (guérison de l’état mutant). Il est l’énergie latente d’un bouleversement du monde, bouleversement des rapports hommes /surhommes et du nombre de chacun d’entre eux. On le considère alors comme super-héros dont le pouvoir est d’anéantir ceux des autres. Il n’a non plus aucune réaction humaine et l’acteur lui-même n’est qu’un symbole d’enfant (visage rond, grosses joues, petite bouche, yeux bleus), une image fixe à laquelle ne s’ajoute que très rarement gestes ou paroles, ceux-ci n’ayant aucune émotion, aucune humanité. Cameron Bright ne joue pas, il représente. Mais dans chacun de ces films, les super-héros tendent à le sauver. Dans X-men 3, il est la possibilité d’un retour à l’humanité comme droit et espoir (anéanti par le dernier plan, ode au règne de l’inhumanité). Dans UltraViolet, il est initialement sauvé pour ces mêmes raisons mais un twist scénaristique nous apprendra deux choses : il n’est pas humain mais est un clone, une image d’un être qui se dit être homme mais s’avouera surhomme. Et il possède dans son sang un virus capable de tuer l’humanité toute entière. Il est sauvé alors d’une mort certaine par une larme de Violet, larme qui contient le virus de sa condition. Il est donc sauvé par l’essence même de ce qu’il était déjà : un être inhumain. Au final, Violet gardera avec elle un nouveau compagnon, un fils et une arme dévastatrice contre l’humanité qu’elle hait. L’enfant, symbole du futur, est ici, comme dans X-men 3, menace d’extermination.
- Technologie et académisme
« It lacks that human touch » nous dira Lex Luthor de son île innaturelle. C’est exactement le sentiment ressentis au voir de l’oeuvre toute entière. Et comme Superman returns, X-men 3 et UltraViolet souffrent de leur impersonnalité et n’atteignent qu’au meilleur des cas (événement même rare) le plus simple académisme. Les images de synthèse semblent s’autogénérer, effectuer classiquement les plus intéressantes images du films : les effets visuels spectaculaires qui ne sont que mises en images (en opposition à mise en scène) de situations spectaculaires. Pourtant, elles sont le pivot de ces films, ce sur quoi ils sont vendus, ce sur quoi ils sont retenus (le déplacement du Golden Gate dans X-men 3 ; le sauvetage de l’avion dans Superman returns). Ces séquences n’en restent pas moins boursouflés de montages ralentissant l’action, détournant l’attention de l’action porteuse de suspense, à trop vouloir en créer (on pense à Loïs Lane, se cognant dans ce même avion, interrompant constamment les actions de Superman) l’intérêt est annihilé à trop vouloir être multiple. Le réalisateur n’est plus capable d’un point de vue unique alors même que le cadre cinématographique et le montage l’exigent. Le film n’atteint alors même plus sa fonction cathartique. Les héros de leur côté ne peuvent plus provoquer aucune compassion, ils sont inhumains, inexistants : « You come from nothing » dira une fois de plus Lex Luthor à Superman, lui reprochant alors sa prétention de modèle, son hypocrite sympathie envers l’homme, envers ce qu’il n’est pas et se fiche égoïstement. En effet, Superman n’hésite pas à abandonner les hommes pour des raisons égoïstes. C’est même ce sur quoi ce base le film : le départ puis le retour de Superman. Une idée originale de Bryan Singer était même un plan filmé de Superman sur Ground zero au crépuscule, silencieux comme s’il se disait « si je n’étais pas parti, j’aurais peut-être pu empêcher cela ». Mais au final, il n’en est rien, Superman est parti, a abandonné l’homme qu’il dit aimer et défendre, et ne culpabilise pas des drames survenus durant son absence : cette image ne sera jamais tournée. Superman n’aurait-il jamais entendu la phrase: « With great powers come great responsibilities », mot d’ordre de son génial « compatriote » ? « The world doesn't need a saviour » nous dira Loïs Lane de Superman. Peut-être n’est-ce simplement que. « the world doesn’t need that kind of saviour » ?
Daniel Dos Santos
|
|
|
|
Stardust Memories © 2005-2006 |