Surveillance
Un slasher à la Lynch
Si le premier long métrage de Jennifer Chambers Lynch, Boxing Helena (1993) reste difficile à trouver, il lui a donné par son principe (un homme amoureux ampute un à un les membres de sa bien aimée), une réputation culte. Ici, elle s’attaque au thriller avec cet opus qui se déroule dans un commissariat de police où deux agents du FBI questionnent les douteuses autorités locales sur les meurtres de deux tueurs itinérants. La séquence d’introduction nous montre un des meurtres violents qui nous met dans l’ambiance de ce slasher. Ici l’atmosphère est semblable à un des films du père comme Twin Peaks, avec l’arrivée des deux agents dans un village ou les autorités sont tout simplement bêtes et méchantes. Le portrait des policiers absurdes et violents est réussi. Les comédiens secondaires sont convaincants dans tous leurs rôles, ce qui fait un bon film de groupe, un bon ensemble. Si le scénario n’est parfois pas entièrement convaincant ou original il est tout de même plein de surprises et le film a un bon rythme et de bonnes scènes et une ambiance générale angoissante réussie.
Surveiller et punir
Policier: « I’m a good cop! »
Hallaway: « Now that’s a bit of an oxymoron »
L’agent Hallaway joué par Bill Pullman (qui avait déjà joué le personnage principal dans deux films qui avaient comme un des thèmes principaux la société de surveillance, Lost Highway de son père David Lynch et The End of Violence de Win Wenders) regarde les témoignages à travers les caméras de surveillance qu’il a installées dans le commissariat. La structure à la Rashomon [1] vient introduire les flashbacks de la petite fille, la junkie et le policier violent. Le dispositif mis en place, Hallaway, en agent psychotique, s’amuse à torturer psychologiquement les autres agresseurs. Le policier doit admettre qu’il a tué son camarade. Tandis que sa compagne, Anderson jouée par Julia Ormond s’occupe de la petite fille et la junkie qui ne peut s’empêcher de se droguer dans la salle de bains dès qu’elle est hors de vue. L’événement qu’ils essayent d’élucider se passe en plein soleil dans une rue au milieu du désert. Deux policiers s’amusent à tirer sur les pneus des voitures qui traversent le désert pour ensuite terroriser les conducteurs avec un jeu de bon flic / mauvais flic. La première voiture est un couple marié d’âge moyen avec deux enfants. La deuxième voiture est menée par un jeune couple complètement défoncé. Ce jeu se termine en massacre : les deux voitures arrêtées se font percuter par un van blanc, c’est un des accidents de voiture les plus sanglants de l’histoire du cinéma, les deux hommes sont écrasés, le fils est baigné dans le sang de son père.
Le twist du film (arrêtez vous de lire si vous ne l’avez pas deviné) est que les deux agents qui ont mis en place tout cet interrogatoire pour élucider les meurtres sont eux-mêmes les meurtriers. Le dévoilement d’Anderson se fait dans la voiture qu’elle conduit : juste avant d’être tués les passagers regardent les photos de meurtre et se rendent compte dans ces dernières que la conductrice de la voiture regarde droit dans l’objectif avec un sourire infernal. Elle revient au commissariat pour participer avec son amant coéquipier à une scène de meurtre fétichiste et cérémoniale digne du père, David Lynch, où le meurtre est sexualisé et ritualisé. Ils semblent littéralement étouffer la junkie pour prendre son esprit.
Ainsi les agents ne cherchent pas la vérité sur l’accident puisqu’ils étaient là, c’est en fait eux qui l’avaient causé. Il s’agit en fin de compte d’un jeu où ils exercent une sorte de justice divine. Ainsi dans les premiers plans où Hallaway regarde les photos de victimes il les regarde comme son œuvre d’art et non comme des preuves qu’il analyse. Et lorsqu’il efface les lettres du mot EVIDENCE et les transforme dans VIOLENCE, il expose sa folie.
Le témoin seul
La fille est la seule consciente de ce qui se passe tandis que le couple marié, et le jeune couple de junkies vivent dans la stupeur. Elle voit le van des assassins avant l’accident mais la famille l’ignore. Pendant l’interrogatoire, elle dessine les corps en sang de l’accident de voiture. Elle est la seule qui ne ment pas, elle n’a rien à cacher. Plus tard elle reconnait le salut qu’ils ont fait lorsqu’ils étaient masqués. Lorsqu’elle dévoile sa découverte elle est épargnée par Hallaway. Anderson trouve l’acte le plus romantique qui soit. Elle reste ainsi le seul témoin de ses actes monstrueux, un témoin nul vu que ses parent ne lui avaient pas prêté attention au début et on peut imaginer que les autorités ne lui prêteraient pas attention et que les tueurs seront bien loin en train de continuer leur labeur.
C’est dommage tout de même que le film ne fasse que frôler la thématique annoncée par le titre. A moins que se ne soit l’ultime critique du pouvoir, cette idée qu’une puissance supérieure contrôlant les forces de l’ordre ne peut être que psychotique. Le contrôle total, un super pouvoir ne peut être conceptualisé positivement. Ici les juges et exécuteurs sont des hors-la-loi à la Natural Born Killers.
Alyosha Saari
[1] Chaque témoin est placé dans une pièce séparé des autres, la fillette dont toute la famille a été tuée, la jeune junkie dont le petit ami a été tué, un policier dont le collègue a été tué. Les questions-réponses sont filmées, et leurs dépositions simultanées sont vues en même temps sur différents écrans. Jennifer Lynch alterne les récits des différents personnages avec ce qui s’est réellement passé.










