Tetro – Francis Ford Coppola

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Bennie, sur le point d’avoir dix-huit ans, débarque chez son frère aîné, Tetro, qu’il n’a pas vu depuis des années. Tetro vit désormais en Argentine, avec sa nouvelle compagne, Miranda. Il ne veut plus entendre parler de son passé et surtout pas de son père, illustre chef d’orchestre vivant aux Etats-Unis. Petit à petit Bennie prend une part de plus en plus active dans le quotidien et l’existence de son frère, et le force à affronter un passé qu’il n’a eu de cesse de fuir.

Tetro est un de ces gros films présentés à Cannes -de façon d’ailleurs surprenante en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs-, et dont on attend par conséquent beaucoup. C’est en effet un film d’envergure, au scénario ambitieux et à la photographie soignée. La grande majorité du film est en noir et blanc, exceptés les flashs-back, en couleurs, à rebours des conventions. En couleurs également, bon nombre de séquences rêvées, ou faisant partie du spectacle imaginé par Bennie.

Visuellement donc, le film impressionne. La photogénie règne et caractérise la ville de Buenos Aires, le café du coin où Tetro est reçu comme un ami, son appartement aux rideaux virevoltants donnant sur la rue, et surtout, les acteurs. Les trois interprètes  principaux : Vincent Gallo (Tetro), Alden Ehrenreich (Bennie), et Maribel Verdú (Miranda), la compagne de Tetro, se fondent admirablement dans le décor. Coppola capte avec habileté leurs moindres expressions, leur conférant une épaisseur dramatique qui donne son âme au film.

Ce qui n’est pas inutile, étant donnée la longueur du tout (plus de deux heures) et le scénario, tortueux. Malgré la qualité de l’ensemble, force est de reconnaître que par moments la gravité du récit et des personnages, notamment de Tetro, semble artificielle. Il n’est pas difficile pour le spectateur de s’identifier à Miranda, lorsque, arrivant paniquée sur les lieux d’un accident, elle constate avec soulagement que la victime n’est qu’un animal. Le thème de l’accident est omniprésent, redondant même, et la menace d’une catastrophe supplémentaire finit par lasser. Tetro incarne la figure de l’artiste maudit, se met dans des colères effroyables lorsque Bennie commence à lire ses écrits secrets, et on finit par se demander, tout comme la tante de la jeune Maria Luisa, ce que Miranda lui trouve et comment elle parvient à le supporter.

Ainsi le drame paraît parfois forcé. Après la révélation finale -que je garderai secrète- Tetro exhorte Bennie à le tuer, ce qui ferait de lui le héros tragique par excellence. Artiste maudit, il n’a que faire de la reconnaissance que peut lui apporter Alone, célèbre critique littéraire argentine et organisatrice du Festival de Patagonie, personnage il est vrai mondain et prétentieux (interprété par Carmen Maura, l’une des égéries d’Almodóvar, dont le film n’est par ailleurs pas si éloigné stylistiquement). Le prix qu’elle s’apprête à lui décerner et qu’il refuse, est de façon un peu trop commode appelé « Prix des Parricides ». Tetro n’est pas Œdipe, comme on aurait pu le craindre un moment, même si l’histoire se veut un drame familial, aux accents freudiens et apparemment autobiographiques vis-à-vis de la propre famille de Coppola. Face à un père qu’il méprise et considère comme un usurpateur, Tetro est bourré de complexes et de remords à cause de ses erreurs passées -à tel point qu’au lieu d’émouvoir, le personnage menace de glisser dans la caricature.

En la communauté artistique de la Boca, à Buenos Aires, il s’est trouvé une nouvelle famille, après un passage à vide à l’asile psychiatrique. Hors de celui de l’histoire personnelle et familiale, le film semble se dérouler hors du temps, de toute époque. En Argentine la vie de Tetro et de son entourage reste traditionnelle, et l’apparition des téléphones portables plus loin dans le récit rappelle au spectateur que cette histoire lui est pourtant contemporaine.

Les représentations symboliques abondent et prennent régulièrement le pas sur le réalisme de la mise en scène. Les Contes d’Hoffmann planent sur le récit, et notamment l’histoire d’Olympia, l’automate créé par Coppélius dans l’opéra, à laquelle est assimilée la petite amie de jeunesse de Tetro, danseuse, et séduite par son père. Le parallèle entre Olympia et la danseuse n’est cependant pas clair. Dans l’opéra, Hoffmann est trompé et prend Olympia pour une femme réelle, peut-être que le point commun entre Tetro et lui est l’illusion d’être aimés d’elle ? De manière générale l’abondance des références culturelles et artistiques donne l’impression d’un catalogue érudit plutôt que d’un accompagnement réellement pertinent du récit.

La rivalité, répètent Tetro et Bennie, est ce qui a divisé leur famille et engendré des haines mortelles. Certes, le père de Tetro avait tout pour être castrateur, mais le scénario n’est pas toujours à la hauteur de l’esthétique emphatique et tragique du récit, malgré l’enchaînement de scènes truffées de symboles et de lieux communs certes évocateurs. Souvent comparé à The Conversation (1974), dont il avait également écrit le scénario original, et considéré comme l’essence du cinéma américain indépendant des années 1970, Tetro ne manque pas de style mais ne mérite pas pour autant le qualificatif de chef-d’œuvre.

Claire Babany

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One comment
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  1. si ça te dit jette un oeil sur ma critique j’ai un avis différent :D

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