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The Queen, ou Harry Potter version royalties vu par Suzanne Duchiron |
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Quand Harry Potter troque le chapeau de sorcier contre la mise en plis et la cape contre les rangées de perles, le château de Poudlard devient Buckingham Palace et nous voici face à The Queen, dernier film de Stephen Frears, relatant en ces lieux la semaine du 31 août 1997, jour de la mort de la princesse Diana. Certes, la première partie du film ne nous présente pas Elisabeth II en super-héroïne. Elle est au contraire agaçante par sa tenue droite, stricte et impeccable, ses lèvres pincées et sa réserve condescendante à l’égard de son premier ministre. Ce dernier, Tony Blair, jeune chien fou à l’air ébahi que lui a accolé le peuple britannique, elle va l’amadouer et le mettre à sa botte sans grande peine.
Tout comme dans Harry Potter, l’histoire commence par une mort, celle ici de l’ancienne princesse de Galles extrêmement populaire en Grande-Bretagne et dont l’accident va mettre en émoi tout le Royaume-Uni. Et qu’en pense la reine ? Stephen Frears ne cherche pas à deviner ni à inventer ce qu’il en a été. Ses émotions, la reine ne les dévoile pas. Elle joue son rôle dans le grand théâtre du palais royal, tout en retenue, en réactions contrôlées et maîtrisées. Peu de paroles, juste le strict nécessaire. Pas de geste inutile non plus, afin d’éviter tous risques de commettre la moindre erreur ou incartade. Mais malgré tout, et là se situe la virtuosité de S. Frears, la reine va se livrer. Au fur et à mesure des évènements, ce n’est plus le portrait figé de la majesté qui était brossé dans la séquence inaugurale sur une immense toile, ce n’est plus le personnage officiel, en représentation dans ses bureaux londoniens, mais c’est la femme dans toute sa dimension humaine qui nous est révélée. Plus à l’aise dans la campagne de Balmoral, entourée de ses chiens et de sa famille, elle fuit quelques jours le rôle si pesant qu’on lui a imposé. C’est ici que le regard du cinéaste, petit à petit, met en place un formidable revirement de situation. Subtilement et sans heurts, sans baguette magique mais à l’appui du solide scénario de Peter Morgan et du jeu magistral d’Hellen Mirren, Frears transforme la reine en « héroïne malgré elle » : une femme seule dotée de super-pouvoirs, « l’élue » qui doit tenir son rang, être à la hauteur vis-à-vis de toute la société qui a le regard porté sur elle et qui attend tout d’elle.
Ces pouvoirs, ce rôle, elle ne les a pas voulus. Le sang royal dont elle a hérité la rend responsable d’une lourde tâche à assumer. Personne n’est au-dessus d’elle pour la conseiller et à personne elle ne peut se confier. Dumbledore n’est plus, elle est seule contre tous. C’est finalement à ses chiens qu’elle parle avec le plus d’affection, lorsqu’en tenue de chasse elle les fait gambader tandis qu’elle enjambe les branchages pour couper à travers bois. Toujours contrainte à garder la face en public et même devant ses proches, elle va jusqu’à se perdre et s’enfoncer volontairement dans la rivière, dans un ultime espoir d’y trouver ressource. Dégagé de tout le décorumofficiel dont son image n’est jamais séparée, le portrait de la reine est ici sans autre arrière-plan que les collines vertes, vides de toute civilisation. (On retrouvera le même plan de son visage rendu humain et attachant sur fond de ciel lorsqu’elle lit les missives insultantes à son égard, déposées comme offrandes à Lady D. sur les grilles de Buckingham). C’est la venue d’un cerf se présentant devant elle qui va redonner courage et espoir à Elisabeth-Potter, tel le spectre de son père apparaissant à Harry sous forme d’un cerf, et qui lui sauve la vie. Le cerf, tout comme pour le jeune sorcier, représente la force de la famille d’Elisabeth. Les murs de Balmoral sont couverts de trophées tels des portraits d’ancêtres, et c’est par la chasse que le grand père entre en relation avec ses petits-fils. C’est lui, le cerf, qu’Elisabeth va voir après sa mort et sur lequel elle se recueille, et non pas Diana, qui, elle, n’est plus de la famille royale. Certes, Elisabeth-Potter, si elle est désobéissante car au-dessus de tout, va quand même se plier in extremis aux règles d’usage, pour conserver ordre social et prestige royal, et se présenter à Londres pour les funérailles officielles de Diana. Mais au final, cet évènement (un simple incident dans son règne ?), n’aura fait que la hisser dans l’estime de Blair, qui comme les chiens de Balmoral, après avoir aboyé contre le mutisme de la reine, se réjoui au final de partir à la chasse avec sa nouvelle maîtresse, la toute puissante et immortelle Elisabeth, championne pour se tirer des mauvais pas, quand bien même il lui faut traverser les pires tumultes. Ses aventures ne sont pas finies, il en faut plus pour ébranler une légende.
Suzanne Duchiron
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