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Transformers
Résumer un film est parfois suffisant pour en faire sa critique. On pourrait même réduire la critique d’une œuvre à sa plus radicale expression, son titre : Transformers. Donc : Transformers ! Et nous n’ajouterons ces quelques phrases que dans le but de situer le plus clairement possible l’action et le point de départ du film pour les néophytes et d’éclaircir au mieux l’interview qui suivra.
« Avant l’ère du Temps, il y avait le Cube » nous annonce une voix grave sur fond d’espace et de galaxies. Après, il y a Jésus et le président des États-unis, nous dira le film. Transformers, comme n’importe qu’elle publicité télévisuelle ou une grande majorité de clips, veut mystifier. Il nous raconte l’histoire des Transformers, des robots extra-terrestres de la planète Cybertron qui ont la capacité de se transformer en véhicules (voiture, camion, tank, hélicoptère…). Ceux-ci se divisent en deux catégories : les Autobots, les gentils et les Decepticons, les méchants. Depuis des millénaires, ils se livrent bataille sur leur planète. Néanmoins, pour l’intérêt du film, c’est notre planète qu’ils investissent. De son côté, le jeune Sam Witwicky (Shia Labeouf) possède secrètement la clé de l’univers, ou quelque objet inutile de ce genre qu’il tente de vendre 30 $ sur eBay. Sa devise, celle de la famille Witwicky « no sacrifice, no victory » le rend fier, même si celle-ci a été volée à John F. Kennedy. Les Autobots et les Decepticons se mettent alors à la recherche du jeune garçon déjà protégé secrètement par sa Chevrolet Camaro. Une guerre sans merci se prépare…
Interview : Bumblebee
Pour son premier rôle au cinéma, Bumblebee frappe fort en s’affichant dans un des rôles phares de la superproduction menée par Michael Bay, Transformers. De passage à Paris, il accepta une balade avec nous. D’une grande gentillesse, il répondit à toutes nos questions avec une rare honnêteté, trahissant l’extrême lucidité du jeune acteur et sa vision réfléchie et engagée du cinéma.
Bonjour Bumblebee, tout d’abord, j’aimerais vous poser des questions sur le scénario du film, qui ne m’a pas toujours paru clair ?
J’en avais discuté avec John Voigt sur le tournage et il me disait – parce qu’il a joué dans Pearl Harbour – que les scénarios des films de Michael Bay ne sont guère plus que des ébauches. En réalité, ils sont construits de façon extrêmement simple. Ici vous savez, c’est juste la réutilisation du McGuffin d’Hitchcock. Ça a une utilité exemplaire dans le cinéma d’action. Je ne sais pas si vous vous souvenez de Mission : Impossible 3, Simon Pegg fait référence à quelque chose qu’il appelle « Anti-God » [Anti-Dieu], quelque chose qui peut provoquer la fin du monde. On n’a même pas à expliquer quoi ni comment. Donc, on définit un Anti-God et après, c’est simple, tout le monde le veut, les méchants pour détruire, les gentils pour protéger. Ça les force à combattre. Vous savez, ils auraient très bien pu avoir deux billets gagnants de tombola et se battre pour le prix. Il n’y a rien à comprendre dans ce scénario.
Pourtant, il y a une omniprésence de l’armée américaine. Le premier Decepticon que l’on voit attaque une base militaire au Quatar ?
Oui, mais il ne faut pas oublier non plus dans quel film vous êtes. D’ailleurs, je trouve ça assez douteux l’alliance qu’entretient Michael Bay pour ses films avec l’armée américaine. Elle fournit des autorisations, des équipements. Les chars d’assaut par exemple. Essayez de faire un film avec une rangée de chars d’assaut et vous verrez. Soit, vous vous ruinez d’un coup – et je parle de blockbusters – soit, votre demande est refusée. J’avais entendu dire qu’un film récent s’était vu refuser le prêt de chars d’assaut par l’armée américaine et que la production a réussi à obtenir des chars d’assaut par l’intermédiaire d’un trafiquant d’armes renommé. Vous voyez. Souvent, c’est une solution plus simple. Pour ce qui est du Quatar, selon moi, il était question d’éviter de placer ça en Irak ou en Afghanistan. Mais je suis très conscient du film dans lequel j’ai joué. Une sorte de Starship troopers à l’envers. Voyez Optimus Prime, notre leader. Si il porte les couleurs du drapeau américain, ce n’est pas un hasard. Pensez aussi au fait que nous tous Autobots atterrissons aux États-unis. On est avant tout des citoyens américains. Plein de couleurs et courageux, vous voyez le genre. Moi, je suis une Chevrolet, mes amis Autobots sont de GMC (General Motors Company) ou Pontiac. D’ailleurs, vous savez que mon modèle a été créé par Saleen.[marque de voiture américaine] Logiquement Saleen se retrouve dans le film dans un autre personnage, Barricade, un Decepticon. Mais vous ne trouverez pas une Toyota ou une Mercedes parmi nous. Voyez comme on passe devant les Porsche au début du film. Ce n’est pas américain donc on oublie ! Et il fallait aussi que l’on soit immédiatement associé à l’armée américaine, que l’on soit un peu leur renfort. Donc, les scénaristes ont imaginé cette première scène au Quatar. Mais il faut avouer qu’elle n’a pas d’intérêt et fait vraiment passer les Decepticons pour des idiots. Vous vous souvenez de ce qu’ils viennent faire là-bas ?
Pas très bien.
Et bien, ils vont sur Internet. Ils viennent d’abord chercher des informations dans les bases de données du gouvernement américain. Pourquoi le gouvernement américain ? On n’en sait rien. Qu’est ce qu’ils cherchent ? Rien qu’on ne puisse trouver sur Google. L’histoire d’un explorateur du Pôle Nord, une histoire qu’un gamin est capable de raconter au lycée puisque c’est le cas dans la scène précédente. Rien qui ne soit classé secret défense. Ensuite, que fait Blackout [le Decepticon qui attaque la base] ? Il va sur eBay !
Il essayait de planter aussi un virus dans les registres informatiques du gouvernement, non ? C’est un peu comme Die Hard 4 ?
Je ne l’ai pas vu, mais on m’a raconté effectivement, qu’il y avait des scènes très similaires dans l’idée comme le personnage du gros hacker qui vit avec ses parents. Il y avait Kevin Smith dans Die Hard 4, c’est bien ça ?
Oui.
Et bien là, vous avez Anthony Anderson, qui parodie un peu ça. C’est drôle d’imaginer deux films avec précisément une même idée idiote sortir en salles à une semaine d’intervalle [aux États-unis, les films sont sortis à une semaine d’écart]. Je n’aimerais pas aller trop vite en besogne mais ça ressemble à de l’espionnage industriel. Surtout qu’ici la logique de Transformers est un peu mouvante. Vous voyez, on invente les règles au fur et à mesure du jeu. Vous vous souvenez de la scène où je me transformais d’une Camaro classic au tout dernier modèle – qui n’était même pas encore commercialisé lorsqu’on a tourné le film, je crois. Ça n’a aucune utilité. Dans le film, quelqu’un dit « elle est pourrie cette vieille Camaro ! » et hop ! Elle ne l’est plus. C’est totalement fantaisiste. Dans la vie, si vous vous dîtes « il est pourri ce film ! », il ne disparaît pas pour autant. La moindre des choses pour un film, c’est d’avoir une logique réaliste même si les moyens de la mettre en œuvre ne le sont pas. Sinon, on se moque du monde. Mais je pense que pour cette raison, on ne peut pas accuser le film d’être simpliste. Je veux dire par là que personne n’est capable de le comprendre entièrement, ne serait-ce que dans sa simple structure narrative. Sans aucune analyse, sans se soucier des thèmes qui émergent de la narration. Il n’y a pas de logique puisqu’on invente n’importe quoi. Pour ce qui est du piratage informatique, on n’a pas besoin d’aller au Quatar ou même à bord de Air Force One pour planter un virus au sein du gouvernement américain. Je pense que c’est même plus simple d’entrer directement au Pentagone. C’est moins spectaculaire aussi.
Tout au long du film, je me posais aussi la question de vos origines ?
Vous voulez parler de sexe, c’est ça ?
Pas nécessairement, mais ça m’intrigue aussi. Est-ce qu’il existe des « Femitron » ?
Ce sont des Chickibots. Sur Cybertron, nous vivons encore comme une société archaïque. Vous serez surpris. Il n’existe rien comme la télévision, la bière, le football ou le cinéma porno. On pourrait dire que c’était une société anarchiste à la base. Pour moi, c’est même l’exemple idéal de l’échec de l’anarchisme. Des clans se sont formés, des systèmes politiques, mêmes rudimentaires, instaurés… On est devenu commerciable. Aujourd’hui, les femmes restent à la maison. Elles ne font pas grand-chose à vrai dire.
Mais concernant vos origines ?
C’est vrai, excusez-moi. Je perds le fil. Nos origines ? Hasbro ou pour être plus précis des usines chinoises ou encore, si on veut remonter jusque là – mais on ne le veut pas –, des petits enfants chinois de 8 ans payés 1$ la journée, frappés à la moindre erreur ou au moindre retard. Mais c’est vrai que pour le film, on a du passer par un relookage complet. Don Murphy, le producteur, a supervisé tout cela. Ce n’était pas facile. Il changeait d’avis presque tous les jours sur des détails. L’équipe des effets spéciaux a du supporter beaucoup, croyez-moi. Il voulait avoir le contrôle sur tout et parfois, il se contredisait d’un jour à l’autre. Il voulait garder secret le casting et notre nouveau look jusqu’au bout. Je me souviens d’un problème qui était arrivé en pleine production. Je ne sais pas comment, mais des photos de Mégatron se sont mises à circuler sur Internet. Et ces photos étaient sensées rester secrètes. Alors Don Murphy s’est mis dans une colère noire et a exigé que l’on modifie le design de Mégatron. On finissait de tourner le film à cette époque. Vous vous imaginez tout le travail de post-production que cela représente. Je me souviens de Mégatron ce jour-là, qui est quelqu’un de sensible, il avait quitté le studio et je l’avais retrouvé plus tard aux portes du studio, buvant du Super et pleurant. C’était le Tranformer le plus enthousiaste d’ente nous à la base mais ce tournage l’a vraiment détruit.
Comment s’est passée votre collaboration avec le casting humain ?
D’une chose, j’étais content de jouer face à Shia LaBeouf parce qu’on peut penser qu’une Camaro de 2 mètres de long qui se transforme en robot géant de 5 mètres de haut, c’est exagéré et grotesque. Grâce à Shia LaBeouf, on avait un équilibre parfait à l’écran. Je ne semblais plus irréaliste. Je m’inscrivais parfaitement dans chaque scène parce qu’il y avait une harmonie dans nos crédibilités respectives. D’ailleurs vous savez, dans le film, je suis sensé être muet. Quand Optimus Prime arrive pour la première fois, vers 45 minutes ou 1 heure de film, et qu’il explique que mon processeur de communication sonore est endommagé. C’était un mensonge. D’ailleurs souvenez-vous, à la toute fin, je me remets à parler. En fait, c’est juste qu’auparavant, j’étais constamment face à Shia LaBeouf, puisque je suis sa voiture. Et je n’arrivais pas à en placer une. Voilà la vérité. C’est pour ça qu’au milieu du film, j’ai proposé l’idée de faire croire que j’étais muet. Michael Bay a été très compréhensif quand je lui ai dis : « et si on disait que je ne parlais pas et que j’étais là juste pour la baston ». Il m’a dit « formidable Bumble, vraiment formidable » puis il est allé demander la permission à Don Murphy. Pour ce qui est de Megan Fox, je n’avais pas à me plaindre. Une jolie fille sur ma banquette arrière, sous mon capot même, en train de me tripoter les bougies. Elle n’est peut-être pas de mon espèce mais j’étais très attiré. Elle a un sacré châssis, il faut le reconnaître. Je pense que l’alchimie passe bien à l’écran. Au fur et à mesure du film, les scénaristes ont même développé nos scènes ensemble, comme celle à la fin où l’ont fait équipe contre les Decepticons. Elle n’était pas dans le script à la base. Et elle n’a pas grand intérêt non plus, il faut l’avouer.
Vous semblez très critique envers le film ? Pourquoi avez-vous acceptez le rôle de Bumblebee ?
Pourquoi avez-vous vu le film ? Moi, j’étais payé, vous non. Vous me demandez pourquoi j’ai accepté un tel rôle ? Parce que j’en avais la possibilité. Pour l’instant, Tarantino ne m’a pas contacté, vous voyez ce que je veux dire. Et puis, vous me voyez vraiment en prince Hamlet ? Donc je n’avais pas d’autre engagement. Vous savez, la plupart du temps qu’un grand acteur accepte un rôle minable, c’est pour remplir son emploi du temps. Ses poches aussi mais surtout – et souvent ça surprend – son emploi du temps. Et puis on parle de films populaires. Ce sont des phénomènes de société plus que des œuvres d’art, vous voyez ce que je veux dire. Qui va honnêtement voir ce genre de films parce que ça leur plaît ? Quasiment personne. Les gens y vont parce qu’ils pensent que ça plaira peut-être au voisin, ou du moins que ça susciterait l’intérêt du voisin. C’est pour avoir quelque chose à partager pour un minimum d’effort. Si vous allez voir un film de Bela Tarr, vous devez expliquer ce que c’est, tenter de définir le film. Vous devez être intéressant. Si la personne a qui vous vous adressez l’a vu, vous n’avez plus à le faire. C’est juste de la paresse intellectuelle qui pousse les gens vers les films qui sont dans le plus grand nombre de salles. C’est de la paresse intellectuelle mais ça n’est pas de la bêtise. De l’autre côté de l’écran, c’est exactement la même chose. C’est peut-être plus paradoxal, puisque cette paresse entraîne beaucoup d’efforts et d’inventivité. D’autant que vous, vous me voyez comme un collabo mais moi, dans cet environnement là, je me voyais comme une figure de l’opposition. Je me suis dis que j’avais la possibilité de changer la donne. Je me voyais comme un résistant au cœur de l’action. C’était très naïf, c’est vrai. Je me disais qu’au pire, je m’amuserais. Regardez Johnny Depp dans les Pirates des Caraïbes. On peut être très bien faire preuve de talent et s’amuser dans un blockbuster. Et puis, si le film est réussi, c’est la meilleur des récompenses. Mais c’est plus risqué.
J’ai entendu dire qu’un Transformers 2 est en préparation, toujours réalisé par Michael Bay ? Vous pouvez nous en parler ? Est-ce que vous en ferez partie ?
Si vous vous souvenez bien, à la fin du premier film, Starscream [un Decepticon] s’envole vers d’autres galaxies. Dans les premières idées que j’ai entendu, il revient avec des centaines de Decepticons. Sûrement pour se venger, mais j’ai entendu aussi que l’équipe scénario cherche un prétexte pour ressusciter Mégatron et le rendre encore plus méchant, un sorte de Gigatron. Ça peut paraître idiot comme ça mais ça ne me semble pas irréaliste. Et puis n’oubliez pas que Mégatron est un robot. Pour être mort, il faut bien avoir été vivant, pas vrai ? Comme ça n’a jamais été le cas, ça ouvre des possibilités scénaristiques immenses. Pour ma part, j’ai signé un contrat sur trois films. Donc il m’est impossible de refuser. C’est un peu comme Harry Potter, Richard Harris a été obligé d’en faire jusqu’à sa mort. C’est terrible. Ça me fait penser à Raul Julia, mort après avoir tourné Street Fighter avec Jean-Claude Van Damme. Les effets de mauvais films sur un acteur peuvent être mortels. Sur un réalisateur comme Michael Bay, ça n’en a aucun. Allez comprendre.
Propos recueillis par Daniel Dos Santos le 12/07/07 à Paris
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Réalisation Michael Bay
Interprétation Shia LaBeouf Megan Fox John Turturo
Origine Etats-Unis
date de sortie 25 juillet 2007
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