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 Réalisation

James Gray

 

 Interprétation

Joaquim Phoenix

Gwyneth Paltrow

Vanessa Shaw

 

 Origine

Etats-Unis

 

 date de sortie

19 novembre 2008

 
Two lovers
Poeme de l'ordinaire, ordinaire poeme

S’il y aurait trois formes d’artistes ou de poète, James gray se voudrait assurément un poète de l’intensité. Ni construction originale ou même seulement élaborée, ni profondeur ou quelconque transmission d’idée ou juste de pensée (oublions Little Odessa, film un peu à part, beaucoup au dessus, et dorénavant, définitivement, inatteignable). Tout est chez lui explicite et lyrique. S’il y a trois formes de poètes, James Gray tombe d’abord dans le principal défaut de ce qu’appelle Fernando Pessoa le poète « purement de sentiment » : une tendance à la sensiblerie et une déficience de la rhétorique. Le défaut du romantisme aveugle étant d’abord de se trouver laid face à un miroir, James Gray repose son histoire sur la plus simple et parfaite des questions : Est-ce que Leonard (Joaquin Phoenix) pourra séduire Michelle sa belle voisine et vivre son histoire d’amour avec elle …ou pas ?

Évidemment l’objet du désir de Leonard n’appartient pas à son monde ; lui-même, à travers sa maladresse et son manque d’assurance, ne semble pas se sentir assez bien pour Michelle.
Le principe d’amour vrai, d’amour infini, idéal, qui tant de fois a fournis de mauvais résumés de Roméo et Juliette, est donc ici convoqué. Le défaut rhétorique, plus que flagrant, est insupportable : cette histoire d’amour idéal est raconté comme le serait un rituel trivial, usuel pouvant coller parfaitement aux stéréotypes du genre. Toutes histoires d’amour idéale, de Love story à Titanic, de La Cité des anges à Rencontre avec Joe Black (pour ne citer que ces clichés hollywoodiens-ci), se basent d’abord sur des personnages définis (milieu social, carrière, etc… le passé du personnage a toujours une importance capitale), une circonstance de rencontre qui sera le point de départ de la course, et une thématique confrontant les thèmes de l’amour et de la mort comme les deux faces d’une même pièce. La circonstance, inévitablement triviale, est le défaut que les personnages, par la profondeur de leur caractère se voient obliger de combler.

Force est d’avouer que le genre même de « romance » pose problème dans le sens où il est, de son propre aveu, un conte de fée sans imagination. C’est-à-dire qu’il est une forme d’évasion. Il ne se confronte pas au réel. Il ne retrouve même pas la réalité. Il est l’exemple-type du principal mal de l’art populaire de notre société contemporaine : détourner de la réalité.
Dans une telle démocratisation, des milliers d’œuvres sans intérêt naissent. Et celles-ci ont toute cela en commun de présenter (ou de ne pas être assez habile pour masquer) une morale judéo-chrétienne archi simpliste. James Gray fait, suivant cette idée, partie de ces nombreux cinéastes pour qui le bien, c’est le bonheur ; le mal, le malheur. Parfois, bien et mal se croisent, mais jamais ils ne se mélangent.
Le résultat est une succession de rêverie infantile, de fantasmes vulgaires et communs, venant confirmer la célèbre phrase de Balzac : « Tout notaire a rêvé de sultanes. » Il y a certainement quelque chose d’authentique dans ce rêve, et c’est la raison pour laquelle Two lovers, malgré toute attente, a reçu un accueil parfois grandiose1. Ce rêve ce fonde sur des archétypes communément partagés : celui du désir de se plonger corps perdu dans une histoire d’amour. Ce rêve est infantilisant mais partagé par une quantité de frustrés ou d’inexpérimentés. Il se retrouve particulièrement chez l’adolescent et c’est là la raison, un peu idiote beaucoup stupide, pour laquelle les trois personnages du films reproduisent avec une minutie propre à la représentation (c’est-à-dire à l’effigie) des adolescents, avec toutes les expressions et réactions. Leonard vit chez ses parents, est à la fois timide et enthousiaste, etc. Il emmène des filles dans sa chambre mal rangée, décorée d’affiches de films collées aux murs, pour lui montrer les photos qu’il commence à prendre avec son bel appareil, etc. Il sort en boîte mais inexpérimenté, il danse comme un cochon qu’on va égorger devant des filles un peu droguées, riant comme des folles, etc. Certain disent que Gray parle ici de sentiments que tout le monde connaît, la vérité est qu’il flatte l’homme ordinaire car il fait surtout ce que tout le monde pourrait faire : un film que tout le monde pourrait imaginer, particulièrement parce qu’il manque d’imagination.

Le cinéma, comme tous les arts, est la confession que la vie ne se suffit. Mais fonder son œuvre cinématographique sur les formes propres de l’insuffisance, ce n’est pas tendre vers l’infini profondeur des sentiments humains, c’est être impuissant à faire face à la vie, et ainsi la recréer.

Daniel Dos Santos

1. Comme presque toujours face à James Gray, la critique américaine et internationale a quasi unanimement détesté le film alors que la critique française, fier d’avoir trouvé en Gray un auteur au style reconnaissable, a salué le film.

           

  

 

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