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S’il y aurait trois formes
d’artistes ou de poète, James gray se voudrait
assurément un poète de l’intensité. Ni
construction originale ou même seulement élaborée,
ni profondeur ou quelconque transmission d’idée ou juste
de pensée (oublions Little Odessa, film un peu
à part, beaucoup au dessus, et dorénavant,
définitivement, inatteignable). Tout est chez lui explicite et
lyrique. S’il y a trois formes de poètes, James Gray tombe
d’abord dans le principal défaut de ce qu’appelle
Fernando Pessoa le poète « purement de
sentiment » : une tendance à la sensiblerie et
une déficience de la rhétorique. Le défaut du
romantisme aveugle étant d’abord de se trouver laid face
à un miroir, James Gray repose son histoire sur la plus simple
et parfaite des questions : Est-ce que Leonard (Joaquin Phoenix)
pourra séduire Michelle sa belle voisine et vivre son histoire
d’amour avec elle …ou pas ?
Évidemment l’objet du
désir de Leonard n’appartient pas à son
monde ; lui-même, à travers sa maladresse et son
manque d’assurance, ne semble pas se sentir assez bien pour
Michelle.
Le principe d’amour vrai, d’amour infini, idéal, qui
tant de fois a fournis de mauvais résumés de Roméo et Juliette,
est donc ici convoqué. Le défaut rhétorique, plus
que flagrant, est insupportable : cette histoire d’amour
idéal est raconté comme le serait un rituel trivial,
usuel pouvant coller parfaitement aux stéréotypes du
genre. Toutes histoires d’amour idéale, de Love story à Titanic, de La Cité des anges à Rencontre avec Joe Black
(pour ne citer que ces clichés hollywoodiens-ci), se basent
d’abord sur des personnages définis (milieu social,
carrière, etc… le passé du personnage a toujours
une importance capitale), une circonstance de rencontre qui sera le
point de départ de la course, et une thématique
confrontant les thèmes de l’amour et de la mort comme les
deux faces d’une même pièce. La circonstance,
inévitablement triviale, est le défaut que les
personnages, par la profondeur de leur caractère se voient
obliger de combler.
Force est d’avouer que le genre
même de « romance » pose problème
dans le sens où il est, de son propre aveu, un conte de
fée sans imagination. C’est-à-dire qu’il est
une forme d’évasion. Il ne se confronte pas au
réel. Il ne retrouve même pas la réalité. Il
est l’exemple-type du principal mal de l’art populaire de
notre société contemporaine : détourner de la
réalité.
Dans une telle démocratisation, des milliers
d’œuvres sans intérêt naissent. Et celles-ci
ont toute cela en commun de présenter (ou de ne pas être
assez habile pour masquer) une morale judéo-chrétienne
archi simpliste. James Gray fait, suivant cette idée, partie de
ces nombreux cinéastes pour qui le bien, c’est le
bonheur ; le mal, le malheur. Parfois, bien et mal se croisent,
mais jamais ils ne se mélangent.
Le résultat est une succession de rêverie infantile, de
fantasmes vulgaires et communs, venant confirmer la
célèbre phrase de Balzac : « Tout notaire a rêvé de sultanes. »
Il y a certainement quelque chose d’authentique dans ce
rêve, et c’est la raison pour laquelle Two lovers, malgré toute attente, a reçu un accueil parfois grandiose1.
Ce rêve ce fonde sur des archétypes communément
partagés : celui du désir de se plonger corps perdu
dans une histoire d’amour. Ce rêve est infantilisant mais
partagé par une quantité de frustrés ou
d’inexpérimentés. Il se retrouve
particulièrement chez l’adolescent et c’est
là la raison, un peu idiote beaucoup stupide, pour laquelle les
trois personnages du films reproduisent avec une minutie propre
à la représentation (c’est-à-dire à
l’effigie) des adolescents, avec toutes les expressions et
réactions. Leonard vit chez ses parents, est à la fois
timide et enthousiaste, etc. Il emmène des filles dans sa
chambre mal rangée, décorée d’affiches de
films collées aux murs, pour lui montrer les photos qu’il
commence à prendre avec son bel appareil, etc. Il sort en
boîte mais inexpérimenté, il danse comme un cochon
qu’on va égorger devant des filles un peu droguées,
riant comme des folles, etc. Certain disent que Gray parle ici de
sentiments que tout le monde connaît, la vérité est
qu’il flatte l’homme ordinaire car il fait surtout ce que
tout le monde pourrait faire : un film que tout le monde pourrait
imaginer, particulièrement parce qu’il manque
d’imagination.
Le cinéma, comme tous les arts, est la
confession que la vie ne se suffit. Mais fonder son œuvre
cinématographique sur les formes propres de
l’insuffisance, ce n’est pas tendre vers l’infini
profondeur des sentiments humains, c’est être impuissant
à faire face à la vie, et ainsi la recréer.
Daniel Dos Santos
1.
Comme presque toujours face à James Gray, la critique
américaine et internationale a quasi unanimement
détesté le film alors que la critique française,
fier d’avoir trouvé en Gray un auteur au style
reconnaissable, a salué le film.
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