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D'un petit scandale et de ses maigres répercusions :

"les rumeurs ne sont pas des plus favorables..."

vu par Daniel Dos Santos

 

 

 

 

 

 


 

    

 

« La fonction des médias n’est pas d’éradiquer les maux du monde. Non, c’est au contraire de nous persuader à les accepter et à nous y habituer. Les Pouvoirs veulent que nous soyons des observateurs passifs. »1

 

Il semble paradoxal de pouvoir trouver dans la presse des articles qui parlent de leurs auteurs. D’abord parce que l’information qui est sujet prend immédiatement une connotation subjective mais surtout parce la subjectivité émotionnelle de celle-ci trahit souvent la pertinence du sujet de l’article.

L’exemple-type en est l’article visible sur le site Internet Ecran Large intitulé « Marie-Antoinette n’aime pas le net ». Non seulement celui-ci trahit la coutume bien française de combattre l’opposant visible plutôt que l’ennemi caché, mais il laisse voir un mal typique de la critique et plus largement un mal cinématographique national.

 

 

Grandeur et décadence de deux petits royaumes du cinéma : de Hollywood et de Versailles

 

Placé en dehors d’un système lourd, l’homme a tendance à valoriser ce système. Comme si la première qualité de celui-ci était son importance présumée pour le reste du monde. Et cette importance, elle est calculée par la publicité, toutes sortes de publicités, le marketing et l’audience publicitaire. Ainsi, en épousant un système dont on ne fait pas partie, on se laisse aller à ce qui semblerait être de la paresse c’est-à-dire simplement le confort de posséder une armoire pleine d’excuses que l’on peut ouvrir à tout moment, face au moindre problème : c’est se libérer de la responsabilité individuelle. Lorsque Sartre parle d’engagement, il parle d’une notion très concrète : nous ne sommes pas des victimes. Nous subissons les conséquences de nos actes. Je pense même qu’agir en tant que victime est une forme de paresse, ce qui selon moi est le plus gros défaut de l’Homme puisque c’est son défaut le plus fondamentalement régressif. Si le monde du cinéma en France idolâtre majoritairement le cinéma hollywoodien, c’est simplement pour s’excuser de faire un autre cinéma. Comme si distribuer un film plus expérimental que la norme à une grande échelle était, outre la pensée d’une promesse d’échec, une particularité, un engagement dont il faudra se justifier, dont le distributeur aura potentiellement honte pour ne pas s’être conformé à l’avis de la masse. Ainsi, le cinéma populaire français ne prend aucun risque et s’affiche d’hors et déjà ringard puisque cette étiquette érige un bouclier indestructible au-dessus d’elle : nos erreurs sont volontaires !

Mais ceci est oublier l’individu. Il semble donné, dans la culture française, que la masse possède le pouvoir (peut-être à cause d’un certain esprit révolutionnaire français ancré dans la culture populaire, de la Révolution Française et mai 68 en passant pour l’art qui nous concerne, par la Nouvelle Vague) mais aussi que la masse a raison. Le résultat est désespérant : pour appartenir à un groupe, il faut étouffer son individualité. Garder son individualité et appartenir à un groupe semble contradictoire pour le petit monde du cinéma français actuel.

En France, le cinéma est pour certaines personnes un domaine de travail rêvé puisque le cinéma produit des rêves. Pour cette raison, le cinéma français possède un gros problème de spécialisation : on devient critique parce que l’on arrive pas à devenir réalisateur ou acteur. Ainsi le monde de la « petite critique » se retrouve rempli de gens qui n’ont rien à faire là, d’autoproclamés professionnels. Tous ont la même conception erronée du cinéma : le cinéma serait une industrie. Ainsi, ils veulent simplement la place la plus haute ou tout au moins une place aussi haute que celle de leurs voisins. Les postes suprêmes étant donc réalisateur et acteur.

 

Those who can’t do, teach. Those who can’t teach, teach gym2

Those who can’t direct films, produce. Those who can’t produce films, write about them3

 

Or, le cinéma est un Art ! Mais cette conception abominable exclurait de ce domaine de travail toute personne n’ayant pas une « voix » artistique. Cette abominable conception chasserait ceux qui n’ont rien à faire là (pour qu’ils se découvrir eux-mêmes peut-être) et fera disparaître tous les rêves de gloire, de fortune ou plus communément (mais tout aussi méprisable) l’autosatisfaction de faire partie du petit monde du cinéma. Si le monde du cinéma en France réfléchissait sur son individualité, sa particularité, nous aurions un autre cinéma.

 

 

Marie-Antoinette et désinformation : Penchons nous sur « Marie-Antoinette n’aime pas le net »

 

L’article du 9 mai dernier, écrit par la rédaction du site Internet Ecran Large est problématique. Il semble d’abord appuyer le fait que le site Internet Ecran Large est un site de professionnels, qu’il « n’est pas un blog ». Il semblerait pourtant qu’Ecran Large s’apparente dans sa qualité critique plus à un blog, selon la définition admise que ceux-ci diffusent une information de proximité ou « information citoyenne » dont la subjectivité est assumée et en fait la qualité qu’elle soit bien évidemment positive ou négative. Il n’est pas rare de voir Ecran Large produire de tels articles, l’exemple de l’incipit de l’article concernant le film Silent Hill en est significatif. L’intérêt primordial de cette critique étant d’expliquer quels sont les membres de la rédaction qui ont pu voir le film, pourquoi et comment. Mais le style et le vocabulaire général du site sont aussi plus facilement comparables à ceux d’écrits amateurs plutôt qu’à ceux de journalistes professionnels.

 

D’un point de vue journalistique, en effet, le texte laisse apparaître dans toute sa longueur les signes de l’imposture journalistique. Le début de l’article marque donc par sa subjectivité et son amateurisme car il débute par le déclenchement d’un « effet cerceau » consistant à admettre au départ ce que l’on entend prouver : le film de Sofia Coppola Marie-Antoinette ne serait pas un film de bonne qualité. Cette première phrase se retrouve par ailleurs isolée sous le titre de l’article dans la page d’accueil, présentant par là même le film de cette manière. Or, il n’est pas question de la qualité du film mais de rumeurs ! La présentation ne correspond pas au sujet et attire l’attention sur un point qui ne sera jamais prouvé !

La construction de l’article s’appuie sur le « syndrome Pangloss » donc sur un raisonnement à rebours posé sur une problématique énoncée avec un humour simpliste : les sites Internet doivent avoir des maladies pour ne pas pouvoir assister aux projections de presse ! S’appuyant sur le fait qu’une personne payée pour effectuer une tâche est un professionnel, ils accusent les attachés de presse de les empêcher de pouvoir faire leur travail correctement sans remettre en cause un seul instant leur faculté à exécuter un travail correctement dans des conditions normales. En outre, ils accusent les médias traditionnels « d’hypocrisie aigue », se considérant persécutés pour leur franc-parler. Ce signe-là d’amateurisme ou d’imposture journalistique s’appelle le « syndrome de Galilée » (adhésion à une pseudo-théorie considérée presque toujours comme révolutionnaire, et en outre estimation de persécution).

L’article se finira par la citation d’une rumeur dont il faut bien sûr questionner l’authenticité (une rumeur incluant erreurs journalistiques, manœuvres de désinformation, préjugés, canulars, ou propagande) : Marie-Antoinette serait « un film décevant. »

 

L'expérience du terrain a un coût mais elle a aussi une vertu : la connaissance approfondie des problèmes. Dans cette définition, la rédaction de Ecran Large ne peut pas s’inclure. La rédaction d’Ecran Large ne peut donc pas se considérer comme « professionnelle ».

« Un critique ne doit pas attendre l’appel d’un attaché de presse, mais il doit faire œuvre, tout comme le chercheur, d’investigation et d’initiative, aller au-delà de la dizaine de films hebdomadaires, souvent médiocres, au mieux décevants, parfois magnifiques, pour se plonger dans l’actualité diffuse et profuse de l’expérimental sous toutes ses formes. »4

Ce travail-là n’est pas fait par la rédaction de Ecran Large qui se contente de vouloir jouir des privilèges matériels. Tous semble devoir être pris en compte d’un point de vue matériel selon l’article en question qui n’apporte aucune véritable idée mais se contente de reproduire un système publicitaire dont ils se placent alors au centre. Tout est matériel, rien n’est ressenti. Mais le cinéma ne se compte pas ! Aucun mot ou parole ne devrait être le symbole vide d’une vague impression. Au contraire, la critique tend même à se passer totalement de mots et paroles en les remplaçant par le ludique système de notation qui efface ainsi la transmission de quelque sentiment artistique ou émotion que ce soit, mission même de la critique mais maintenant oubliée et reléguée dans une catégorie « EN + ».

 

 

Les attachés de presse et les médias

 

Néanmoins, Ecran Large tentait probablement de mettre le doigt sur le fait que pour certains films les journalistes conviés aux projections de presse sont triés sur le volet par les attachés de presse. Bien sûr, ceci est très simple à expliquer, et n’est certainement pas dû au format du média. A la critique est associée une valeur publicitaire puisque chaque média aura tendance à mettre en avant le film le plus défendu de l’édition. Internet pose ici son premier problème : la première page mouvante symbolisant la valeur éphémère d’un site. Celle-ci donne ainsi une importance potentiellement plus courte au film défendu. Par ailleurs, les attachés de presse semblent choisir prioritairement les revues à forte visibilité, logiquement, pour obtenir potentiellement une plus grande publicité. Mais il y aurait peut-être aussi d’autres facteurs à prendre en compte pour expliquer la méthode de sélection des journalistes par les attachés de presse. Bien sûr, il y a le fait que certains films médiocres ne pourraient avoir de bonnes critiques que dans une presse de bas niveau, peu rigoureuse et souvent complaisante de type Studio.

Mais un facteur serait la qualité des articles. Ainsi, même si les Cahiers du cinéma ou Positif possèdent moins de lecteurs que Studio, ils pourront tout autant, voire même plus facilement, assister aux projections, obtenir des interviews. Une bonne (vraie ?) critique assure aussi une postérité de l’article et du film. En effet, dans ce royaume du commerce et de la manipulation, il reste encore des attachés de presse consciencieux, passionnés et cinéphiles.

Si injustice il y a, elle va probablement dans les deux sens.

Daniel Dos Santos

 

                                                       articles lié au sujet :

                                  Marie-Antoinette - fleeting jy and hidden death

 

 

1. Dialogue extrait du film Waking life, 2000, Richard Linklater

2. Dialogue extrait du film Annie Hall, 1977, Woody Allen

3. Maxime personnelle

4. Bidhan Jacobs, Stardust Memories N° 5, janvier 2006

 

 

 

 

 

 

 

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