Up – Pete Docter

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Rien de bien surprenant mais l’événement fut nouveau. Cette année, le Festival de Cannes s’est ouvert non seulement avec un film d’animation mais un film en 3D (à la grande jubilation d’une petite foule en costume et robe de soirée se réjouissant par avance de devoir porter d’épaisses et laides lunettes 3D pour profiter du spectacle). L’effet fut plaisant, d’autant plus que le film, Up de Pete Docter et Bob Pterson, s’y prête. Non pas à cause de sa manière de filmer (la 3D reste surtout impressionnante quand elle reconfigure des plans de vue subjectifs, ce dont Docter et son comparse n’abusent pas), mais plutôt pour la luminosité du film qui aide à faire ressortir la 3D d’autant plus que les lunettes 3D obscurcissent l’écran (qui par conséquent, lui, est plus lumineux que pour une projection ordinaire). D’un point de vue technique, Up est une brillante réussite.

Up débute dans les années 30 (dont il gardera l’esthétique et l’esprit) avec le timide petit Carl, 8 ans, rêvant de devenir exploreur. Il rencontre dans une maison abandonnée un énergique garçon manqué du nom d’Ellie qui entretient elle aussi une passion pour l’exploration. Elle lui fait  promettre de partir avec elle pour les « chutes du paradis ». Débute alors un séquence elliptique (teintée de la musique de Michael Giacchino, à qui l’on doit déjà la formidable musique de Star Trek il y a quelques mois), musicale mais muette, qui suivra leur vie à deux, leurs espoirs brisés les uns à la suite des autres (stérilité, accidents, manque d’argent, vieillesse, maladie, puis mort sont autant de briseurs de rêve). Carl se retrouve veuf, seul, affaibli dans la vieille maison où il a rencontré Ellie pour la première fois.

En somme, pour une fois, Pixar nous plonge dans l’espace intime de ses personnages. Le Studio nous avait plutôt habituer à un va et viens entre sphère professionnelle et sphère personnelle, notamment dans de détestables entreprises communautaires qui sont quasiment des rêveries congénitales (à peu près tous les Pixar précèdent, Ratatouille en moins), la surprise est si agréable que le film tout entier est hanté par cette séquence.

Malheureusement, passé cette première séquence et sa suivante, la nature profonde de Pixar (favoriser le rêve devenu réalité plutôt que la réalité comme rêve) refait alors surface. Et face à une morale bien pensante (vive l’entraide, vive le bien, vive la liberté), ce sont les rapports humains qui ne devienne réellement que des échanges.

Tout rapport humain y est motivé par l’échange de valeur (je t’aide pour ceci, mais tu m’aideras pour cela) ce qui transforme les films-guimauves de Pixar en bourses des sentiments dont les objets de spéculations sont aussi divers que récurrents : animaux mignons, méchant obsédé, enfant débrouillard, gentil vieux grincheux. Le tout suivant la logique implacable de Nietzsche lorsqu’il mettait à jour l’agressivité inhérente au principe de charité (je m’assure de la gratitude des autres, et j’affermis mon emprise sur eux en les traitant bien). Simple principe de domination narcissique et infantile. Brique de plus dans la conception d’un imaginaire qui cache sa nature violente et dominatrice derrière de bonnes intentions.

Évidemment, on peut s’émerveiller des prouesses techniques du film, sa musique, son esthétique (l’harmonie géométrique des personnages notamment : le vieux carré, l’enfant rond, le méchant filiforme…)… et en réalité, l’engouement pour les films Pixar (on pourrait presque parler d’adhésion de principe tant la presse est systématiquement unanime) vient de là. Avec un si bel emballage, pourquoi ouvrir le cadeau ?

Daniel Dos Santos

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