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Vincenzo Natali – Interview (Splice)

12 novembre 2010 No Comment

En préparation depuis 10 ans, Splice a eu sa première mondiale au festival de Sitges au mois d’Octobre. Le centre du film est un organisme génétiquement modifié, qui mélange de l’ADN humain à celui d’autres animaux.  La conception de cette créature ultra-réaliste a valu que La Fox veuille faire un procès au film (heureusement James Cameron leur a dit d’arrêter) à cause de certaines similitudes avec les créatures d’Avatar. Disons en passant qu’il n’a rien à voir avec les chats bleus de Pandora mis à part que les deux créatures ont une queue, mais celle-ci est beaucoup plus nocive dans Splice. L’histoire est crue et elle interpellera certainement les fans d’histoires sombres à la Tales from the Cript . Car ici il ne s’agit pas de film d’action ou de persécution, tout reste en famille et le film devient une sorte de version science fiction du Théoreme de Pasolini. L’étrange organisme que le couple a enfanté finira par s’inscrire dans leurs vies de la façon la plus inattendue et effroyable.

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Ma première question est, dès votre premier film, de Cube à Splice, les effets spéciaux et les décors sont stupéfiants. Quel a été votre parcours à niveau-là ? Comment y êtes-vous devenu si bon ?

Et bien, la clé c’est bien sûr que je ne les réalise pas. Des gens très talentueux les font. (rires) A un certain moment, lorsque j’étais très jeune, je voulais travailler des les effets visuels. Je voulais être un artiste maquilleur et j’étais très intéressé par l’animation, etc. Alors quand j’étais enfant, je lisais Cinefex, qui était une sorte de magazine spécialisé sur les effets spéciaux et je faisais des moules des visages de mes amis et de mon visage. J’ai été à l’hôpital une fois parce que j’ai utilisé un produit chimique très dangereux sur mon propre visage dont j’essayais de faire le moule. Alors j’ai toujours été fasciné par ce monde et c’est pourquoi j’aime avoir des effets spéciaux dans mes films parce que, vous voyez, je trouve l’idée de créer de toutes pièces quelque chose qui n’existe pas réellement incroyablement amusante et tentante. Et j’ai toujours voulu faire un film de créature, ce qui est bien sûr je crois la sorte d’effet la plus difficile à accomplir. Créer un organisme vivant qui n’existe pas. Alors une partie de l’intérêt que j’ai eu à faire Splice vient en fait de là.

J’ai vu que Guillermo Del Toro est un des producteurs du film ?

Guillermo a été comme mon Don Corleonne, mon parrain; il était là en quelque sorte pour m’aider tout au long du film dès qu’il y avait un problème. J’avais besoin de quelque chose, comme de référence pour un maquilleur, etc, il m’a présenté des gens, que ce soit pour le casting du film, il m’a donné de  conseils formidables pour le montage… il était le genre de producteur impliqué mais qui n’intervient pas. Je pense qu’en tant que cinéaste il est très sensible à la manière dont il s’impose aux réalisateurs avec qui il travaille, alors sa présence avait pour but de s’assurer que tout allait bien et je ne sais pas si vous l’avez rencontré mais il est incroyablement drôle, gentil, généreux et bien sûr, son nom a apporté à ce qu’on faisait. Je pense que cela nous à aider à obtenir de l’argent alors il était en quelque sorte un composant essentiel.

A quel moment s’est-il engagé dans le film ?

J’ai rencontré Guillermo, il y a bien longtemps. Je crois que j’avais ma première version de Splice il y a dix ans. Alors c’est un projet qui m’a suivi depuis bien longtemps. En revenant en arrière il y a à peu près quatre ans, j’étais à un festival qui s’appelait Fantasporto au Portugal, j’ai rencontré Guillermo là-bas et il m’a dit : « Tu sais mec, j’aimerais vraiment produire un film de toi ». Alors j’ai pensé « Mon Dieu », j’étais évidemment excité qu’il me propose une chose pareille alors j’ai immédiatement pensé à Splice parce j’ai intuitivement pensé que c’était un film qui avait de l’empathie pour la créature, et humanisait la créature et que ce serait quelque chose qui lui plairait. Et aussi sûrement, ça lui a plu. Parallèlement à ça j’avais envoyé mon scénario à la compagnie française Gaumont, je l’avais aussi envoyé à un producteur canadien avec qui j’ai travaillé, Steve Hogan, et toutes ces stars nous ont rejoint et c’est comme ça que le film s’est fait.

Vos films sont à la fois intellectuellement et techniquement stimulant, la psychologie des personnages et le développement de vos histoires sont uniques, je voulais vous demander comment vous avez commencez à construire des films si complets, j’étais curieux de savoir ce que vous avez étudiez avant, comment vous avez commencez à créer tout ça ?

Cela commence toujours avec quelque chose, parfois une image ou un morceau de musique ou bien même un titre; parfois j’ai un titre, il y a toujours un je ne sais quoi qui inspire le reste du film. Et dans le cas de Splice, assez bizarrement, ce fut une souris. Seulement c’était une souris très spéciale parce que cette souris avait une oreille humaine greffée sur son dos. En fait, je parle d’un fait réel. En réalité, la souris n’avait pas une oreille humaine mais seulement « l’armature » d’une oreille. Et les scientifiques ont modifié génétiquement sa peau pour que cette peau puisse être greffée à un être humain. C’était une expérience. Mais cela m’a tellement choqué que je me suis instantanément dit qu’il y avait matière à un film dans cette histoire. Ce fut ce qui m’a introduit à ce monde, et graduellement l’histoire a évolué. En fait, cela a commencé avec un court-métrage, que j’avais écrit avec ma partenaire d’écriture, Antoinette, avant que je fasse Cube. Alors le projet est là depuis longtemps. Et puis cela devait être mon projet suivant Cube. Mais je crois en gros que le film était si ambitieux techniquement que ça allait devenir un film très cher. Alors, même si c’en est passé de peu, le film n’a pas décollé.

Mais en termes d’écriture, je trouve toujours, à chaque fois que j’écris un scénario, que la première version contient déjà tout, il y a l’évier de la cuisine… et dans un film comme Splice, qui touche beaucoup de grandes idées et de grands thèmes, quand nous avions cette première version, il y avait déjà trop. Alors inévitablement, et c’est quelque chose que je retrouve dans chaque film sur lequel j’ai travaillé, il s’agit de retirer et de trouver les bons éléments à retirer. Et ça, c’est un processus qui peut durer des années. Si vous êtes cinéaste ou scénariste, la plus grande qualité à avoir est la patience, parce que cela dure tellement longtemps… Cela prend toujours plus de temps qu’il ne faudrait, et Splice est l’exemple-type de cela. J’y ai passé plus d’une décennie. Mais au final, je dois vous avouer que je suis content que ce soit arrivé maintenant et pas il y a dix ans parce que je pense tout d’abord que je suis plus mur en tant que metteur en scène et aussi que la véritable science a rattrapé ma fiction. Alors je pense que, d’une certaine façon, il y a dix ans les gens auraient pu ne pas comprendre la signification et la portée de cette histoire ou en tout cas pas de la façon dont ils les comprendraient aujourd’hui. Et puis franchement, les technologies du cinéma il y a dix ans n’étaient pas au niveau auxquelles elles sont maintenant. Et même s’il aurait pu être fait il y a dix ans, il aurait été dix fois plus cher. Alors, oui, c’était juste le bon moment. Je veux dire que faire un film, je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire si vous en faites vous-mêmes, c’est comme avoir un enfant; je ne pense pas qu’il y ait un bon moment pour avoir un enfant, cela arrive quand cela doit arriver et voilà il est là. Je pense que c’est assez similaire. Je voulais l’avoir à un certain moment mais ce n’est pas arrivé et puis, au moment où je l’attendait le moins, il vient au monde, en quelques sortes, de lui-même.

Le thème du film semble dans l’air du temps, il semble plus probable qu’il y a dix ans il aurait été complètement du domaine de la science-fiction alors qu’aujourd’hui…

Dans un sens, j’ai à peine une longueur d’avance et c’est pourquoi, durant la conception du film, j’ai essayé d’adhérer à la réalité ; les laboratoires dans Splice sont très similaires à ce à quoi ressemblent de vrais laboratoires avec juste de très légères divergences. Pour la créature, nous avons essayer, en faisant de notre mieux, de concevoir quelque chose à laquelle on puisse croire, qui soit biologiquement possible. Ce qui fut en partie du au fait que nous n’avions aucune raison d’exagérer. Je veux dire, la vérité est plus étrange que la fiction. Quand vous regardez la nature, vous voyez quelque chose d’étrange, regardez de véritables organismes existants là dehors et ils sont bien plus étranges qu’aucun monstre hollywoodien… Et je pensais à l’impact du film, parce que nous avons une sorte d’histoire très émouvante, parce ce que cette histoire se base beaucoup sur ses personnages, et donc si vous pouvez vraiment croire en l’existence de la créature, vous pouvez alors croire que peut-être tout ceci pourrait arriver.

En parlant de personnages, depuis votre tout premier court-métrage qui confinait ses personnages dans un ascenseur, un sorte de cube… Les situations dans lesquelles vos personnages se trouvent leur font toujours agir d’une manière spécifique.

Je pense sans aucun doute que mes trois premiers long-métrages traitent de personnages qui se retrouvent dans une situation à laquelle ils ne comprennent rien, et ces histoires portent sur la manière dont ils font face à la situation.

Splice est le premier film, c’est la première fois pour moi, où les personnages dirigent l’histoire, où les personnages sont ceux dont les décisions font avancer la narration et d’une certaine façon j’espère que c’est une preuve de maturité [Rires], vous voyez parce que mes autres films sont beaucoup plus situationnels alors qu’ici c’est une histoire plus émotionnelle, beaucoup plus dirigée par ses personnages.

En ce qui concerne le segment de Paris, je t’aime, « la Madeleine », je me demandais comment vous est venue l’idée. C’était assez nouveau et rafraichissant de voir un tel segment dans le film, c’est-à-dire un mini-film de genre (quelque chose qui fut assez rarement fait et avec un peu de chance le sera bien plus dans l’avenir), quelque chose qu’on remarque d’autant plus de film puisqu’il est composé presque exclusivement de drames classiques, qu’ils soient basés sur des personnages confronté à la douleur ou bien simplement des commentaires sociologiques. Le votre, « Madeleine », est un véritable film de vampire. Alors pourquoi avez-vous fait ce choix ?

C’est marrant, ce genre de choses prend des années. Cinq ans avant que je tourne ce film, j’ai eu une année pour réfléchir à chaque minute de mon film qui n’en compte au final que cinq. Ce qui fut très long. J’ai su instantanément que je voulais faire un film de vampire. Cela a été déjà fait de tellement de manières différentes que je n’ai jamais réussi à me convaincre que je puisse faire un long-métrage qui puisse vraiment contribuer au genre. Mais j’ai pensé que si c’est un court-métrage, je n’aurais pas la même pression, je n’aurais pas à réinventer quoi que ce soit.  En fait, le genre vampirique est si bien compris que ses conventions ne pourrait au contraire que m’aider pour un court-métrage. Je n’ai alors pas à expliquer quoi que ce soit. J’exploite juste un savoir commun sur la manière dont les vampires fonctionnent et la connaissance des règles du jeu. Ouais, c’était juste quelque chose d’intuitif. J’ai toujours voulu faire ce genre d’histoire et je pense que les producteurs, pour cette raison précise que vous venez de mentionner, furent très excité par cette idée, parce que cela ajoutait peut-être une sorte différente d’histoire au film.

Soit dit en passant, certaines personnes détestent ce passage.

Vraiment ?

Vraiment beaucoup ! Ils se demandent ce que cela fait là, comme s’il n’avait pas l’air d’être à sa place dans un film comme celui-là. Mais quand j’étais en train de le faire, j’ai pensé que nous devions tous être éclectiques, que tout le but était que personne ne voudrait pas que chaque passage se ressemble comme s’ils étaient réalisés par la même personne, que nous devrions tous être différent. C’est un pot-pourri de films. Donc j’étais vraiment chanceux de pouvoir le faire. J’ai adoré être à Paris et travaillé avec une équipe française. C’est le rêve de n’importe quel cinéphile un peu geek : faire un film de vampire à Paris ! Je veux dire, qui n’en a pas rêver ? Alors c’était une expérience merveilleuse. Et puis, dans chaque film que je fais, j’aime essayer quelque chose de différent même si parfois il y a des liens entre les films, comme un ligne qui les parcoure. J’aime expérimenter, donc c’était marrant. J’ai vraiment fait ce film comme un exercice. J’ai voulu faire une sorte de film expressionniste allemand, même si nous étions à Paris, j’ai voulu travailler de l’intérieur la forme expressionniste allemande. Alors c’était comme en école de cinéma, lorsque je tournais, tous les épisodes étaient faits, chacun à la suite des autres. Pendant que je tournais mon film, Isabel Coixet finissait le sien, Alexander Payne finissait le sien et Wes Craven se préparait à tourner. Alors non seulement j’étais vraiment heureux de faire ce film, mais j’ai aussi pu le faire entouré de cinéastes que j’admire réellement. J’ai pu voir comment ils procédaient, comme ils travaillaient et j’ai même traîné devant le plateau de Wes Craven pendant un petit moment. Alexander Payne est venu me voir en salle de montage et m’a fait quelques commentaires. Donc c’était comme en école de cinéma. C’était vraiment cool.

Parlant d’école de cinéma. Est-ce que vous avez fait un école de cinéma ?

Très brièvement oui. La première école de cinéma à laquelle je suis allé, j’y suis resté un an et demi et j’ai abandonné. J’étais jeune et idiot je pense. Même si en réalité, j’ai pas mal apprécié mais j’étais impatient. Ensuite, ma réelle chance de percer ce fut une institution appelée Canadian Film Center, c’est une école créée par un grand réalisateur canadien, Norman Jewison, réalisateur de In the Heat of the Night, Jesus Christ superstar, Fiddler in the roof . Il a gagné de nombreux Oscars, c’est un grand metteur en scène. Il a créé une école au Canada sur le modèle de American Film Institue, appelée donc Canadian Film Center, et j’ai réussi à être réalisateur résident là-bas. J’ai suivi tout un programme d’ateliers et réalisé mon premier court, Elevated, là-bas. Ensuite ils avaient un projet de réalisation de long-métrage et j’ai pu faire Cube là-bas. Alors ce fut à nouveau le rêve de n’importe quel cinéphile geek qui se réalisait. Je suis passé de finir mon tout premier court-métrage autoproduit en Institution à travailler avec une équipe professionnelle et faire un film professionnel. Alors j’ai eu une expérience d’école de cinéma qui fut excellente. Mais aussi, quand j’étais plus jeune je faisais des story-boards pour un studio d’animation qui s’appelait Nelvana et j’ai fait pas mal de dessins animés du samedi matin. C’était aussi comme une école de cinéma parce que on te donnait un script et ensuite tu devais le dessiner. En gros, il fallait dessiner chaque plan, même si en fait il fallait souvent faire plusieurs dessins pour chaque plan pour « bloquer » l’action et monter le film sur papier, ce qui est la procédure standard pour un film d’animation, tout cela étant régit par un réalisateur. Alors j’ai fait ce travail et j’avais des retours sur le procédé créatif venants de quelqu’un qui était bien plus expérimenté que moi. Et j’ai beaucoup appris sur la narration classique de cette expérience. Alors c’était mon école de cinéma aussi. J’ai fait ça pendant cinq ans. Alors je pense que j’ai fait pas mal d’école de cinéma.

Vous devez pas mal story-boarder vos films à cause de leurs effets mais est-ce que vous story-boarder entièrement vos films ?

Cela dépend du temps que j’ai. très souvent, ce qui arrive avec un film, c’est que vous attendez, vous attendez, vous attendez et tout d’un coup, vous devez foncez. Ok, vous avez l’argent, vous avez maintenant six semaines pour préparer le film. C’est ce qui est arrivé avec Cube par exemple mais j’ai plutôt bien réussi à faire des story-boards en long, en large et en travers. Avec des degrés variables de succès d’ailleurs. Je pense que ce qu’il est important de savoir sur les story-boards, c’est qu’ils ne sont qu’une étape du procédé filmique plutôt que nécessairement un résultat final, spécialement quand vous avez peu d’argent. Parce que lorsque vous avez peu d’argent, vous devez être flexible. Alors sur un petit budget, ce sur quoi un story-board peu vous aider, c’est sans aucun doute préparer ce qui est important, ils vous aide à communiquer vos idées. C’est toujours très différent que de regarder une image plutôt que de lire un scénario. Cela limite simplement l’étendue de vos possibilités et avec cela, vous pouvez être un peu plus préparé. Le problème avec les story-boards, spécialement pour quelqu’un comme moi  ou si vous faîtes vos propres story-boards, c’est la tentation de les respecter scrupuleusement. Là vous devenez inflexible et vraiment, sur une petite production, vous ne pouvez pas faire ça. Un argument de poids peut être fait aussi pour le fait que vous ne devriez pas vouloir coller au story-board, c’est qu’au moment où vous avez vos acteurs dans vos décors et qu’il y a un changement, si vous êtes borné sur votre story-board, vous pouvez rater des opportunités, et fréquemment des accidents. Et tout le monde vous dira que les accidents sont la source des meilleures idées. Alors, ce que j’ai appris à faire c’est dessiner à peu près tout et garder mon story-board sur le plateau mais être toujours près à m’en éloigner. En fait, je suis même bien souvent suspicieux envers mes propres story-board quand je les suis scrupuleusement, parce que je sens que je ne suis pas dans l’instant, que je reste attaché à une vague idée qui n’a vécue que dans ma tête. Je pense aussi que la tentation, quand vous pouvez tout faire, est de faire des story-boards. Parce qu’alors, vous n’avez pas à vous occuper du temps, de l’argent ou de quoique ce soit de ce genre, quelque limitation physique et pratique sur la réalisation d’un film que ce soit. Je pense que lorsque vous pouvez tout faire, bien souvent vous faîtes la chose la plus simple. Parfois les planches ne sont pas aussi créatives qu’elles pourraient l’être. Et bien souvent, c’est lorsque vous êtes coincé dans une situation, que vous ne pouvez pas physiquement placer la caméra où vous le vouliez, ou que vous n’avez plus de temps devant vous pour préparer un autre plan prévu dans votre découpage, c’est dans ces moments que parfois vous êtes forcés, poussés dans une circonstance inconfortable, à inventer quelque chose de véritablement original. Alors j’ai appris à embrasser cette idée. C’est très difficile vous savez. Quand vous faîtes vos planches vous avez une idée en tête de ce que votre film est supposé être, et parfois il vous faut abandonner cette idée.

Splice a été coproduit par Gaumont… Que pensez-vous de l’avenir du film de genre européen ? Tout spécialement en ce qui concerne les réalisateurs français. Nous avons eu le tout premier film de zombie français cette année à Stiges par exemple. Vous avez dit que Splice n’était pas faisable avec un studio américain comme vous le vouliez, tandis que chez Gaumont, ils furent très contents d’avoir le film. Que pensez-vous de tout cela ?

Je pense pour sur qu’il y a beaucoup de talents en France et je dirais même particulièrement des jeunes talents. On dirait une jeune génération de cinéastes qui ont probablement grandit avec des comic books français et des films américain. Mais ce qui est vraiment cool avec ces films, c’est qu’ils gardent cette sophistication européenne. Et une compagnie comme Gaumont produit Splice, qui est un film qu’aucune compagnie américaine n’aurait jamais produit. Aucun studio américain n’aurait produit un film comme Splice qui est juste trop dangereux ou subversif à cause de la nature sexuelle de l’histoire. Je pense qu’aucun studio américain n’aurait jamais été confortable avec ça. Alors que les studios français n’ont aucun problème avec le sexe. Plus que cela, ce qui est bien plus important, ils n’ont aucun problème avec des films légèrement plus cérébraux ou intelligent. Pour moi, c’est ce qui est vraiment excitant dans les films de genre français et européens. Ils font des choses que les américains ne font pas. Ils viennent d’une tradition européenne même si ils s’inspirent du cinéma américain. Alors oui, j’ai vu récemment La Horde, le film belge Amer que j’ai vraiment beaucoup aimé, et Chrisalys il n’y a pas si longtemps (vous savez, ce film a été produit par Gaumont) et Eden log. Et je pense bien sûr aussi, dans toute cette veine science-fiction/horreur, aux films d’Alexandre Aja, de Jean-Pierre Jeunet, de Marc Caro. Alors je pense que nous sommes dans une période excitante en France. Et j’espère que les réalisateurs français sont capables de faire ces films parce que j’entends dire que c’est de plus en plus dur en France, pour les réalisateurs de films de genre. Mais je suis sûr qu’ils s’en sortiront et qu’ils seront populaires.

Propos recueillis par Alyosha Saari, à Sitges 2009.


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