Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu – Woody Allen
<h1><img class= »alignnone size-full wp-image-3148″ title= »talldarkstranger1″ src= »http://www.stardust-memories.com/wp-content/uploads/2010/10/talldarkstranger1.jpg » alt= »" width= »585″ height= »263″ /></h1>
<h1>Woody et ses ombres</h1>
<p style= »text-align: justify; »>Détaché – mais pas dans le sens de négligent – tel apparaît Woody Allen avec un film à la consistance d’une ombre : une espérance qui passe, un souffle de fiction que l’on nous sert pour un temps, auquel on n’a pas le temps de s’attacher.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Détaché, parce-que Woody Allen n’a jamais été aussi conscient de ses propres limites : personnages, intrigues, plans, tout fluctue et s’abîme dans ce petit vent final qui accompagne le baiser timide d’Helena et de son nouvel amant. Résigné. Woody Allen, définitivement résigné à ne pas davantage esquinter ses personnages, à laisser décider le hasard. Il n’est simplement pas besoin de suivre au ralenti une balle sur un court de tennis, de la voir lentement pencher du bon ou du mauvais côté du filet, de saisir sa chance comme de la laisser s’échapper, puis de mettre fin à la partie avec l’implacabilité de l’arbitre ; le personnage s’en sort, ou pas.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Ici, il est encore question de providence mais au-delà de sa dualité réussir/échouer, d’un corps à corps intense avec un quelconque personnage, winner ou looser. En réalité, la providence n’en finit jamais de redistribuer sa chance au centre d’une valse où les désespérés ne répliquent pas grand-chose au pied qu’on leur écrase. Woody Allen a peut-être recours à ses péripéties légendaires, où les conjonctions étranges de la vie croisent les pronostics fous de l’au-delà mais en tissant ses trajectoires, en donnant à chaque personnage le minimum de place pour exister et évoluer, sans mise en avant d’une individualité particulière, Woody Allen dirige des ombres, de beaux et sombres inconnus. Qui vont et qui viennent. Si légères ces vies, qu’ils semblent les retourner comme des cartes, lire quelques fois un passage de leur aventure. Une voix est là pour dire ce que font les personnages quand nous ne les voyons pas faire et l’ellipse est visiblement suffisante pour les faire exister, le commentaire réinjectant du rythme, une nouvelle possibilité de pas de deux dans la narration. Les plans, dans un mouvement perpétuel d’accordéon, glissent d’un personnage à l’autre, avec une belle économie de contre-champs où souvent, la présence d’un des comédiens n’est qu’un dos qui parle et qui s’énerve. A la chasse aux courants d’air, Woody introduit, essaie, résume le maximum d’éléments et il ne reste au final que l’impasse frontale de minois résignés.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Curieux portraits que capturent Woody lorsque les évènements n’ont jamais autant buté sur leur impasse. En filmant d’aussi près la résignation sur un visage – plutôt aussi longtemps – jusqu’à parfois suspendre la mimique, tel un ralenti au naturel (les déceptions entre autre d’Anthony Hopkins, de Naomi Watts et de Josh Brolin), le réalisateur pourrait presque tourner sur lui ces miroirs égarés. Il pourrait presque les retourner avec la nostalgie du créateur qui doit quitter ses créatures. Les filmer d’encore plus près ? Impossible. Leur inventer d’autres histoires ? Il faut s’en défaire à un moment donné. Oui mais comment ? Et si les figures volaient de leurs propres ailes, disposant seules de leur résolution ? Tels des ballons de baudruches sortis de sa poche, gonflés à bloc, lâchés dans l’air et regardés une dernière fois comme s’il les tenait encore, Woody se sépare d’elles. Ultime légèreté de ses ombres promenées au grès du gris londonien ou du loft si blanc et si vide d’Alfie.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Détaché notre Woody, avec le rire du clown triste et en bouche, le bruit et la fureur avortés de Shakespeare. Ce n’est certes pas nouveau chez lui, mais qu’il referme un chapitre de sa filmographie à livre si ouvert, avec autant d’histoires inachevées, autant de destinées fluctuantes, on se dit que Woody tentera peut-être l’inédit dans sa propre histoire de metteur en scène : une suite. A savoir une vraie suite, pas un recyclage d’obsessions dans un nouveau scénario, pas de réincarnation de personnages dans un nouveau casting. L’hypothèse peut se concevoir, après tout, la morale shakespearienne est une fausse clôture. Annoncée également au début de ce film, elle fait plutôt office de boucle qui interdit presque à tout drame humain de s’épuiser.</p>
<p style= »text-align: justify; »>Le cumul des œuvres de Woody, son âge, son incroyable productivité sont autant d’agents qui favorisent la peur d’une rupture, d’une redite, l’émoussement d’un certain plaisir à se dire « chouette, un Woody » et pourtant… La croyance au hasard du réalisateur forcera toujours notre étonnement à chaque nouvelle histoire. Le petit vent passe et dépose un baiser sur le front de la providence parce qu’après tout, elle fait bien son travail.</p>
<p style= »text-align: right; »><strong>Florence Valero</strong></p>Zone de texte enrichi
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| Compteur de mots : 745 | Dernière modification par Daniel DOS SANTOS, le 5 février 2011 à 15 h 17 min |






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