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V pour Vendetta
vu par Daniel Dos Santos |
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Chers amis,
Laissez-moi vous raconter une histoire. « Cette histoire, l’homme de bien l’apprendra à son fils, et le Crépin Crépinien ne reviendra jamais à compter de ce jour jusqu’à la fin du monde sans que de nous on se souvienne, de nous, cette poignée, cette bande de frères. Car quiconque aujourd’hui verse son sang avec moi sera mon frère ; si humble qu’il soit, ce jour anoblira sa condition. Et les gentilshommes anglais aujourd’hui dans leur lit, se tiendront pour maudits de ne pas s’être trouvés ici, et compteront leur courage pour rien quand parlera quiconque aura combattu avec nous le jour de la Saint-Crépin. »1. Car aussi paradoxale soit-elle, l’histoire de celui qu’on a appelé V est ici magnifiquement décrite par ces propos de Sieur Shakespeare, même si ce grand auteur fait ici parler son roi, le roi Henry ‘V’. Cette histoire débute il y a 400 ans exactement, ou à quelques mois près, c’est-à-dire le 5 novembre 1605. Débutons donc, en finesse, par une fameuse comptine.
« Remember, Remember, the fifth of November The gunpowder treason and plot I see no reason why gunpowder treason should ever be forgot Guy Fawkes Guy, 'twas his intent to blow up king and parliament Three score barrels were laid below to prove old England's overthrow By God's mercy he was catched with a dark lantern and lighted match Holler boys Holler boys let the bells ring Holler boys Holler boys God save the King »
A l’image de son masque, V le boute-en-train se sera plu à raconter ce poème, ne cherchera seulement qu’à s’exprimer. C’est un cynique notre V, car si la fête du 5 novembre, fête qui fête l’arrestation du « traître » Fawkes, fête à laquelle il était illégal de ne pas prendre part jusqu’en 1959 en Angleterre (et souvenez-vous mes chers amis que jusqu’en 1998, la trahison envers la couronne anglaise était passible de la peine capitale, la barbare exécution) est une fête à laquelle l’Anglais montre sa dévotion à son roi ou à sa reine, descendants de droit divin, V l’inquisiteur nous montrera une toute autre interprétation de l’Histoire. N’est-il pas fâcheux et dérisoire en effet de fêter la capture d’un homme, notre traître Fawkes, dont les idéaux ne se reflètent simplement pas dans les agissements de son gouvernement ? Doit-on pour autant abandonner l’idée de s’opposer à son (notre) gouvernement ? Messieurs David Lloyd & Alan Moore, Dieu merci, ne furent pas tués pour leur roman graphique qui à l’époque critiquait le gouvernement de Misses Thatcher, Margaret de prénom. Aujourd’hui, Andy et Larry, nos idéalistes rêveurs y trouvent de multiples résonances. Non, ne pensez pas à Georges le texan, le film de James McTeigue n’est dirigé directement envers personne en particulier. Ou bien si, il est dirigé envers vous, mes chers futurs spectateurs, il veut vous faire ouvrir les yeux, quoique que vous puissez penser, que cela puisse vous plaire ou bien que cela vous désespère. « Je ne suis, par exemple, absolument pas un croque-mitaine, pas un monstre moral – Je suis même une nature antithétique à l’espèce humaine jusqu’ici honorée d’être vertueuse. » pourrait nous dire V. Ces propos sont de Nietzsche mais Andy et Larry ont déjà prouvé leur connaissance de Nietzsche par le passé, leur Matrix n’est-il pas l’illustration parfaite de la phrase latine Ecco homo ? Certes le masque de V est un symbole, mais nous sommes ici très loin du « super-héros » tel qu’on l’entend habituellement, c’est-à-dire de celui qui cache mais ne tâche pas son identité héroïque sous le masque de l’homme commun (comme l’explique très simplement Quentin Tarantino à travers David Carradine dans Kill Bill vol.2 par l’exemple pourtant paradoxal de Superman), il n’est pas non plus un justicier. Les Waschovski se moquent d’ailleurs très ouvertement du super-héros-justicier dans une série télévisuelle parodique que regarde l’un des protagonistes du film. Evey (prononcez ‘E’ ‘V’ en anglais), sublime Natalie, qualifiera ce programme de « merde ». Le masque de V ne reflète pas, il est. Et V n’est et ne sera rien d’autre qu’un homme sous un masque. Il n’y a pas deux personnes, vous ne verrez jamais le visage d’Hugo Weaving. Et de cet artifice nécessaire, assurant la théâtralité qu’apprécie V, émane quelque chose d’autre de plus fort qu’un homme ou qu’un héros, ce masque, « il ne cache pas que de la chair, mais une idée, et les idées sont à l’épreuve des balles » oui, les idées sont même immortelles mon très cher V. Mais la controverse que créera le fameux personnage viendra de l’exécution de ces idées. À quoi bon peuvent servir les idées qui sont impossibles à mettre en œuvre ? Ou bien plus simplement, à quoi peut servir une idée qui n’est pas mise en œuvre ? Le principe doit être erroné ou entrerait-on dans le domaine de l’inutilité subtile ? Sir V est donc un tueur et un terroriste. Il tue et détruit. Il enfreint la Loi et la Bible. Ne dira-t-il pas « people should not be afraid of their governments. Governments should be afraid of their people » étrange résonance de la phrase d’Einstein « l’Etat est notre serviteur et nous n’avons pas à en être les esclaves » mais plus rageuse encore. Il veut entretenir la peur notre satané gentleman. Créer le chaos pour la vengeance ou un mot plus intime encore : la Vendetta. Ah, bougre d’égoïste, n’es-tu pas pire tyran encore que ceux que tu accuses ? Peut-être n’est-ce pas si simple ? « Violence can be used for good » nous dira V. Peut-être que cette vengeance est personnelle parce qu’il n’est pas question de masse pour lui, mais d’individus, de personnes et donc de libertés personnelles. Le Mal tel que l’on pourrait grossièrement le définir selon les concepts de Sir V c’est le chef unique, hautain, « divin » et endoctrinant, notre Chancelier, notre Roi. Tout et tout le monde lui obéit car c’est le chef, c’est l’autorité. C’est celui en qui l’on DOIT croire. C’est celui qui nous rend FORT.
« STRENGTH THROUGH UNITY. UNITY THROUGH FAITH. »
Mais, O misère, cette phrase marche dans les deux sens. Cinquante-sept ans après « l’attentat des poudres », tel que l’on appelle communément cette date du 5 novembre, Thomas Hobbes écrivait très justement sur la rébellion dans Eléments de la loi naturelle et politique. Je vais me permettre ici de vous citer un court passage très synthétique qui pourra nous aider à percer à jour la logique de V, ce qu’il représente.
« A disposer les hommes à la sédition, trois choses concourent. La première est le mécontentement car tant qu’un homme se pense heureux et tant qu’il pense que le présent gouvernement ne se tient pas sur son chemin pour entraver sa marche du bien vers le meilleur, il lui est impossible d’en désirer le changement. La seconde est la prétention de droit car, même si un homme est mécontent, il ne le montrera cependant jamais s’il n’y a, selon son opinion propre, aucune juste cause de s’agiter contre le gouvernement établi ou aucune juste cause de lui résister, ni aucun prétexte pour justifier sa résistance et se procurer de l’aide. La troisième est l’espoir de réussir, car ce serait folie que d’entreprendre sans espoir, lorsqu’échouer est mourir de la mort de traître. Sans ces trois choses – mécontentement, prétention et espoir –, il ne peut y avoir aucune rébellion. Lorsqu’elles sont toutes réunies, rien n’y manque sauf un homme de renom pour lever l’étendard et souffler dans la trompette. »
V est bien cet homme. Mais est-il seulement homme de guerre ? homme d’idéal ? uniquement homo politicus ? L’amour, mes jeunes amis. L’amour ne quittera jamais V depuis sa rencontre avec la délicieuse entêtée d’Evey. Tel un tueur pour sa victime, tel l’ami Jack, assassin londonien nocturne aux poignards affûtés, V obnubilé par ses convictions, aveuglé par ses désirs, trouvera en cette putain de mauvaise fortune, notre Evey au rendez-vous nocturne, une amie, une âme-sœur, V réapprendra à aimer, silencieux, discret, gentleman. « L’amour est une fumée faite du souffle des soupirs ; dégagé, c’est une flamme qui étincelle aux yeux des amants ; comprimé, c’est une mer qu’alimentent leurs larmes » nous définissait William Shakespeare dans son Roméo et Juliette. V l’imprudent en bataille, est prudent en amour. « Allons sagement et doucement : trébuche qui court vite » nous répétait William dans cette même merveille de pièce.
« I fell in love with you Evey »
C’est au passé que parle l’amoureux. Ses paroles s’imprègnent alors de nostalgie et la tristesse de cet instant passé, gâché peut-être, lointain déjà, ses paroles s’imprègnent de tragédie. Après ces meurtres, ces attentats, une jeune femme frêle et douce trouble l’homme qui n’a plus à prouver sa rudesse. Le point faible d’un homme est toujours son cœur. « I fell in love with you Evey » dit-il, et l’image d’une révérence en pleine nuit, l’image d’une matinée baignée par le jazz langoureux de Stan Getz et João Gilberto, l’image d’un tablier et d’un homme masqué versant le thé chaud, servant des toasts aux œufs parfumant la pièce de leur odeur, l’image d’un petit déjeuner, l’image d’un couple devant la télévision, l’image de V et d’EV côte à côte sur un canapé de velours, l’image d’un couple devant la télévision regardant un vieux film, regardant Le Comte de Monte-Cristo de Rowland V. Lee, étrange miroir de l’histoire de ses spectateurs ; toutes ces images en une seule ressurgissent dans les esprits comme pour justifier, prouver, expliquer, montrer la profondeur de l’amour de V pour Evey.
« I fell in love with you Evey, like I no longer believed I could »
Et la fatalité semble s’approcher comme des nuages nous cachant la vision des étoiles. Cette histoire d’amour est d’abord Histoire avant d’être Amour. La révolution approche, le temps de la vengeance approche mais les objectifs de notre gentleman semblent se brouiller par ces mêmes nuages. Le danger, la mort peut-être, seront le résultat de l’entreprise. L’innovation a souvent un prix et celui-ci se calculera en sang. L’Amour se dévoile alors, tendre et intense, tel une dernière chance, une dernière danse. « A revolution without a dance is not a revolution worth having » nous dira notre amoureux cynique et désinvolte à la veille du grand jour. Romantisme de l’occasion ou déchaînement pudique et calme de V, on ne peut dire. Derrière son masque, V est chair, V est homme, et des larmes pourraient lentement couler sur son visage au son de Cry me a river de Julie London, sans que nous nous en apercevions, sans qu’Evey ne s’en aperçoive. Le choix du morceau n’en est que plus délicat grâce à cette ambiguïté qu’il soulève. Elle l’embrasse. Evey embrasse un masque. Est-ce pour autant n’embrasser qu’une idée ? C’est bien sûr bien plus. Il n’y a jamais eu d’idolâtrie pure et simple dans notre couple. C’est toujours vers l’humain et son humanité qu’elle est tournée. Evey, celle qui faisait déjà des allusions critiques au Comte de Monte-Cristo de manière très précise et très dirigée. « Il semble attacher plus d’importance à sa vengeance qu’à celle qu’il aime » dit Evey une fois le film terminé. L’allusion est évidente et nouera profondément les rapports de nos amoureux. La limite entre la croyance politique et l’affection de respect envers l’homme V est si mince que l’on ne perçoit pas le passage d’un état à un autre. Alors Evey, emprisonnée et torturée, ne révèlera pas l’identité ou le repère de V. Elle tiendra tant et si bien que rien, pas même la mort, ne lui fera briser ses principes. Elle perd la peur qui l’a poursuivie toute sa vie. « It’s only after we’ve lost everything that we’re free to do anything » nous disait très justement Chuck Palahniuk à travers son fameux Tyler Durden. Ici c’est « then you have no fear anymore, you’re completely free » que nous dit V. Elle n’a plus peur… pas même de la mort. Pourquoi ? Parce qu’elle tient plus fort à ses principes qu’à sa propre vie ou parce que l’amour peut-être encore subconscient qu’elle ressent pour V l’empêche de le trahir même si elle doit pour lui périr ? Libre à soi de voir cette histoire sous l’angle qui lui convient le mieux. Sachez toutefois, mes chers amis, que le personnage de V, comme le film qui l’emprisonne, est un symbole d’espoir. Parce que V est la seule personne dans cette société qui nous montre une autre façon de vivre, hors de la société, à part mais libre et toujours sans peur. Car George Orwell le visionnaire nous disait bien « les masses ne se révoltent jamais de leur propre mouvement, elles ne se révoltent jamais par le seul fait qu’elle sont opprimées. Aussi longtemps qu’elles n’ont pas d’éléments de comparaison, elles ne se rendent jamais compte qu’elles sont opprimées ». V est l’être différent, celui qui se souvient de la phrase du grand Orson Welles « Le bonheur n'est pas le droit de chacun, c'est un combat de tous les jours. » C’est le combattant, le vengeur, le tueur, celui qui montre une autre façon de vivre, une autre vie, une nouvelle liberté.
Mais n’oublions pas que V est aussi bien tueur en série qu’anarchiste. N’oublions pas, mes chers amis, que le symbole qu’il dépose sur les corps de ses victimes est une rose rouge, une Scarlet Carson (alors que son propre symbole, son initiale entourée d’un cercle est le symbole de l’anarchisme renversé). N’oubliez pas que cette rose, symbole de l’Angleterre, a un passé. Tel Shakespeare ou More dans leur Richard III, V critique l’usurpateur, la corruption. Durant la Guerre des Roses, dans l’Angleterre du 15ème siècle, la maison d’York symbolisée par une rose blanche affrontait la maison des Lancaster arborée d’une rose rouge. Richard III, de la maison d’York, celui que Shakespeare ou More présumaient vilain, fut vaincu par la maison de la rose rouge. Référence paradoxale pourrait-on dire car il faudrait assumer que V prendrait comme symbole politique à combattre l’image tyrannique (mais historique peu justifiée) du roi Richard III mais prendrait alors parti pour le futur roi de la maison qui l’oppose. Mais notre V n’est jamais objectif, il est shakespearien. Ainsi, il ne tue pas pour le pouvoir mais pour la vengeance. Ainsi s’oppose-t-il aux principes et agissements la maison des York par une simple, poétique, politique rose rouge, cette même rose riche de signification qui se trouve aux pieds de Barry Lyndon dans le film du même nom du grand Stanley.
Tuer ceux qui nous blessent. Se venger minutieusement. V a un espoir sans faille, il est de ceux qui « ont beaucoup à espérer et rien à perdre », ceux qui « seront toujours dangereux » comme nous dirait Edmund Burke. V a un espoir sans faille et des désirs presque illimités. Il ne cherche pas simplement le renversement du gouvernement actuel. Il arrive à peine à croire au principe de gouvernement. V est un anarchiste. Il désire une société sans pouvoir, sans dirigeant, sans coercition. Jamais plus. La solution est simple : le chaos. Et la solution finale que V semblera trouver pourrait presque se traduire en parole par le slogan peace-punk Do It Yourself. « Soyez votre propre sauveur » nous disait justement Chuck Palahniuk. V n’est pas un dirigeant, son but n’a jamais été de cheminer mais de montrer le chemin. Chacun est libre de ses décisions. Mais « si vous avez confiance en vous-même, vous inspirerez confiance aux autres » nous disait Goethe.
O, V Vengeur Vedette au Voile d’acier masquant ton Visage, enVoyant Valdinguer les Vilains Valets Vauriens du PouVoir, proVoquant les Vociférations de ton Chancelier, exhibant tes ViVifiantes Valeurs. Notre ViVace Vox populi Voguant Visage masqué Vers la Victoire, Vandale Veillant à défendre les libertés que Veulent nous Voler nos politiciens Vénaux grâce à ton impitoyable Verdict : la Vendetta.
Se reflètent alors les paroles d’Evey : « Artists use lies to tell the truth, while politicians use lies to hide it »
Car V est aussi et surtout artiste. Ne se présente-t-il pas comme tel, un présumé musicien. Et le choix du morceau mes amis, est d’une délicatesse surprenante. Cette musique, cet « aliment de l’amour » comme nous dirait Shakespeare dans le maintes fois cité au cours du film La Nuit des rois, celle que diffusent tous les hauts-parleurs des rues de notre Londres carcérale, n’est autre que l’exaltante et extatique Ouverture solennelle 1812 de Maître Tchaïkovski. Et alors que la musique, représentation des guerres napoléoniennes, se renverse des thèmes de La Marseillaise à Dieu sauve le Tsar, c’est l’explosion de Dame Justice. Quelle critique dérisoire ! Pensez au fait que les paroles précédant ce morceau étaient celles de la comptine citée au début de cette lettre, donc se terminant par « God save the King », pensez au fait que ce passage du morceau de l’Ouverture 1812 représente pourtant la victoire sur l’invasion et la tyrannie (ici napoléonienne) mais aussi la victoire de la nation (ici russe). Vous verrez alors le pouvoir critique du personnage V, celui qui déteste tout dirigeant et toute victoire qui n’appartient pas uniquement au peuple. V fait encore preuve de cynisme et d’autodérision et une seule leçon peut être alors tirée de cette avalanche précise de symboles : V est son propre Roi, son propre Tsar et nous encourage à être de même. Tous les symboles qu’il aura pris, aussi paradoxaux qu’ils puissent être, sont alors uniquement des symboles de victoire (comme donc notre fameuse Scarlet Carson). O, Dame justice pourquoi t’a-t-on oubliée ? Il semble que tu n’aies pu accomplir ton devoir. Un seul verdict ne peut alors que t’être alloué par Sir V : la mort. Dame Justice, statue trônant sur le Londres historique, implosera, explosera, s’autodétruira pour montrer son importance. Car l’explosion est un symbole plus fort que la statue elle-même (le peuple n’a-t-il pas plus besoin d’espoir que d’un bâtiment ?) et celle-ci recevra alors les honneurs de la plus majestueuse des morts et des plus magistrales des funérailles : l’explosion et d’immenses feux d’artifice, toute la ville à ses fenêtres, le plus vaste public, la plus passionnée des musiques, chef-d’œuvre du Maître Piotr Ilitch Tchaïkovski, et enfin le plus grand des chefs d’orchestre : V.
Qui est V ? V est un fantôme et le monde est son Opéra. Il est Edmond Dantès. Il est mon père. Il est mon frère, mon ami. C’était vous. C’était moi. C’était nous tous. Car tout ce que V a toujours voulu, c’est rendre les humains plus forts, méchants peut-être, profonds toujours, beaux. C’est un humaniste. Et il perdra même son identité pour ses principes. La Mort et l’Amour. La Mort car V devient souvenir, passé et donc peut être enfin manipulé, effacé ; l’Amour car Kierkegaard dans le Traité du désespoir et Shakespeare dans La Nuit des rois nous ont montré que l’identité se dissout dans l’Amour, que dans l’autre, on se perd soi-même. La Mort, mais chaque visage défunt se trouve intact derrière l’idée pour laquelle il est mort, l’idée que défendait V ; l’Amour mais V l’aura transmis a EV. …Et V est devenu éternel.
Pour croire en l’anarchisme, il faut en effet être humaniste, avoir profondément foi dans la nature humaine. « I wish I could believe it was possible » nous dira Evey avant de changer, de comprendre, de croire. La peur n’est pas une fatalité. Le changement est possible. L’opinion de chacun est importante, votre opinion m’est importante. J’aimerais que vous puissiez voir ce film, voir V pour Vendetta et y voir ce que j’y ai vu, voir la mélancolie, la force, la confiance, l’amour, l’espoir, les idées. J’espère que votre regard ne s’arrêtera pas sur un masque mais ira au-delà, que votre regard critique ne se portera pas sur la simple mise en scène ou certains éléments qui ne sont que le masque cachant l’idée, l’émotion. V pour Vendetta est alors un film complexe car parfois trop simple. Personne n’attirera votre attention sur tel principe général, sur tel sentiment primordial. V pour Vendetta est une superposition de préceptes d’une réelle beauté, de préceptes nécessaires dans le monde d’aujourd’hui. J’espère que vous comprendrez la nature profonde des personnages et vous retrouverez dans ceux-ci et dans toute leur complexité, j’espère que vous en sortirez plus forts, plus déterminés. J’aimerais que vous soyez touchés par la foule de fantômes qui se démasquent, fantômes parce qu’ils sont déguisés en un homme maintenant mort mais toujours présent, fantômes parce qu’eux-mêmes sont déjà morts mais toujours présents. J’aimerais que vous ressentiez cet amour. J’aimerais que vous puissiez comprendre que moi aussi, bien que je ne vous connaisse pas, je vous aime. De tout mon cœur. Je vous aime.
Daniel Dos Santos
1. Il faut toujours préférer à Shakespeare sa langue originale, quel que soit votre niveau dans cette langue mes chers amis. Je vous livre alors ses propos originaux : « This story shall the good man teach his son, And Crispin Crispian shall ne’er go by From this to the ending of the world But we in it shall be remember’d We few, we happy few, we band of brothers, For he today that sheds his blood with me Shall be my brother: be he ne’er so vile, This day shall gentle his condition, And gentlemen in England, now abed, Shall think themselves accurs’d they were not here, And hold their manhoods cheap whiles any speaks That fought with us upon Saint Crispin’s day » La vie du roi Henri V, Acte IV, scène III
Il y a les autres en soi. Jean-Luc Godard
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