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We own the night

  


 

 

We lack the love

 

Little Odessa, œuvre magistrale réalisée par un jeune garçon de 24 ans, retentissait il y 13 ans comme une des plus lucides et originales critiques du nazisme depuis 50 ans de cinéma. Le film établissait alors une critique politique du Mal par le souvenir ; il promettait aussi une œuvre riche et intelligente. Aujourd’hui, We own the night, troisième film de James Gray, semble vouloir se positionner à l’opposé de son premier film, évoluer dans un respect absurde de traditions inadéquates, souvent néfastes au film qui trahit alors des idéaux douteux.

 

We own the night confirme le tournant qu’a pris le cinéma de James Gray depuis The Yards. Son univers se repose désormais sur une logique bipolaire (aux semblants de guerre froide puisque qu’opposant systématiquement les États-unis à la Russie). Mais contrairement à Little Odessa, We own the night n’a pour objectif, pour ses personnages, que l’intégration (au sein d’une famille, d’un groupe, d’une société). Comme si le dernier film de James Gray renversait l’objectif de Carlito’s way de Brian de Palma, toute en empruntant au film de De Palma une même configuration initiale et un même environnement : 1) le film se déroule à la même période, la fin des années 80, au même endroit, New York ; 2) les personnages principaux ont la même activité (gérant d’un boîte de nuit : El Caribe pour Joaquin Phoenix, El Paradiso pour Al Pacino dont le mot « paradise » sera, dans Carlito’s way, répété sur une affiche publicitaire mettant en scène ces mêmes Caraïbes) ; 3) les personnages possèdent aussi les mêmes enjeux initiaux : rompre leurs liens avec le passé et les personnes qui le forment (pour Al Pacino, ce sont ses amis criminels, pour Joaquin Phoenix, c’est sa famille de policier) et démarrer une nouvelle vie idyllique.

Mais lorsque Carlito Brigante rêvait d’une île ou personne ne connaîtrait son nom, Bobby Green cherche à retrouver l’entourage de sa famille de policier, à intégrer et réhabilité son nom de famille. Le premier veut s’exclure de la société, le second veut être au centre de celle-ci.

 

A ce titre, We own the night semble bel et bien commencer par le rêve inatteignable de Carlito’s way : la réunion aux Caraïbes (ou El Caribe) du personnage principal et de la femme qu'il aime.

Dès lors, l'objectif de Joaquin Phoenix sera de réintégrer la société faite d’anonymes et de fonctionnaires, de réaliser le désir que Mark Wahlberg exprimait en conclusion de The Yards : « je veux être un agent productif de la société ». We own the night obéit donc à une logique intégriste, d’autant plus effrayante que mise en parallèle avec La Question Humaine de Nicolas Klotz, elle avoue taire une présence du fascisme, au profit d’un traditionalisme simpliste, et donc finalement le film autorise cette présence.

 

Tous les personnages de We own the night n’ont donc comme désir que d’appartenir à une majorité silencieuse, d’entretenir cette majorité mais d’être invisible en son sein. Les personnages (bons comme méchants, puisqu’ils se résument désormais ainsi) se satisfont de leur lâcheté alors même que Little Odessa traduisait ce trait de caractère, la lâcheté, comme une ouverture au fascisme (c’est d’ailleurs par la lâcheté que Woody Allen définit la possibilité même du fascisme). Dès lors, l’esthétique classique transforme tout personnage en figure, corps au service de l’action, insinuant une idée douteuse d’héroïsme et permettant, dans une irréprochable cohérence, de soustraire tout sentiment ou émotion intime pour une « démonstration » sentimentale (ce qui était déjà le cas de The Yards, dont le principe était constamment appuyé par la musique). C’est d’ailleurs le paradoxe du cinéma classique : l’idée d’intimité est un principe destiné à des personnages hors du commun. L’évolution du cinéma peut d’ailleurs s’apparenter à la vision de l’homme, la définition de l’humain. A ce titre, We own the night est une régression, incapable de cacher la dualité profonde des personnages comme a pu le faire a History of violence, et usant d’une même retenue et d’une même maîtrise dans sa mise en scène ; incapable d’établir la profonde réflexion critique de Southland tales, mais usant d’une même majestuosité dans sa mise en scène.

L’atout principal de We own the night tient alors par son sujet, ses thèmes populaires mal élaborés, dignes d'une commune série B, mais mis en scène avec une virtuosité incontestable au service d’un mode opératique superficiel. Comme si James Gray masquait sa sensibilité par la superficialité d’une esthétique sophistiquée autant qu’inutile, si bien que le thème ravageur et menaçant vers lequel tend le cinéma de Gray est sans doute le manque de confiance (transformant We own the night en film de vengeance) menant à un manque d’amour, et la critique la plus parfaite de son troisième film réside alors dans les paroles du morceau Heart of glassde Blondie, qui débute ce même film :

 

« What I find is pleasing and I'm feeling fine

Love is so confusing there's no peace of mind. »

 

Daniel Dos Santos

 

  

 

 

 Titre français

La Nuit nous appartient

 

 Réalisation

James Gray

 

 Interprétation

Joaquim Phoenix

Mark Wahlberg 

Eva Mendes

Robert Duvall

 

 Origine

Etats-Unis

 

 date de sortie

28 novembre 2007

  

 

 

 

 

 

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