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Woody dans la peau
I wanna hold your hand
Si la tête ne vous tourne pas en fin de parcours, peut-être saurez-vous recoller les morceaux de cette virée expresse dans l’œuvre d’Allen.
Alphonse Daudet prenait soin de sa muse à son chevet de poète dans Le Petit Chose, petit garçon que l’autobiographie rattrapait. La muse autobiographique (les mots) a toujours rattrapé Woody et ses muses (les femmes). Ainsi se compose l’idylle (ou le deal) artistique du binoclard ingénieux, un concentré de mots et de femmes, glissement de terrain perpétuel entre deux instances esthétiques : les belles tournures de phrases, les belles tournures de hanches, avec des crises et des claques qui se perdent. Un instant… Circonscrits dans le carreau de ma fenêtre, le museau et le décolleté aguicheur de Scarlett me font un signe : pas question de qualifier la dernière proie d’Allen de poupée gonflable profiteuse qui se paie un triptyque filmique avec l’un des plus grands et vieillissants génies comiques… Ok ma belle, tu peux rempiler, je poursuis calmement mon énoncé. Le rideau tiré, et elle disparaît. Donc… Alphonse Daudet prenait soin de sa muse à son chevet de poète dans Le Petit Chose, petit garçon que l’autobiographie rattrapait. La muse autobiographique (les mots) a toujours rattrapé Woody et ses muses (les femmes). Ainsi se compose l’idylle (ou le deal) du binoclard ingénieux, un concentré de mots et de femmes… Une seconde… Mon clavier commence à accompagner les notes furieuses d’un Emmet Ray égratignant sa guitare ; des notes douces amères singent un état d’esprit furibond et les mots suivent le tempo : ré, là, seul… désaccord parfait, un coup de clé de sol et la machine repart convenablement, tranche entre les lettres et les sons. Mon rapport Woody est soudain menacé par les balles de plomb envoyées par l’alcoolique jaloux du gitan Django. Certes, les critiques sont des rats, ils transforment un peu trop ce qu’ils voient mais ce n’est pas une raison pour faire de moi une cible toute trouvée. J’aurais préféré les balles de tennis du séduisant Chris. Mais non, le musicien hors pair me passe la corde au cou : « Affine ton fil directeur ! ». Hélas je n’ai pas la plume aussi souple et barrée que ton cher cinéaste ni son Olympia portable griffée 40$ sur laquelle il tambourine depuis 16 ans tout en de lui préférant parfois une clarinette aux effluves Woody Herman. Même prénom en guise de reconnaissance, paraît-il, le bien cher artiste se produit au Carlyle Hotel de Manhattan avec son groupe « New Orleans ». Je le sais, je le piste.
Que dire d’ailleurs de ce réalisateur aux sempiternelles conversions : si on ne parle plus de femmes et de musiques (pardon, je diminue la police pour ne pas réveiller les coups de canon de Ray avec un futur épitaphe en guise de procès verbal…). J’ai tout à coup honte d’écrire, surtout très peur. Mais quand l’écrivain seul et déboussolé rencontre la pulpeuse et réconfortante Cookie, black call-girl qui sait parler aux hommes, le romancier Harry va mieux. La cadence de mes frappes reprend de l’ampleur. Je suis devant un maître à penser au cerveau bordélique qui rédige à ma place. Ok, je le laisse faire un moment. Il veut me parler de ce qu’il aime, on dirait que je pastiche l’interview sans queue ni tête d’un magazine pour gamines émoustillées par les dires inventés de leur idole. Le troublant Harry, flanqué de sa black préférée sort un magnétophone : « quelles sont les choses pour lesquelles la vie vaut la peine d’être vécue ? » Je sais pas, j’attends la réponse, j’écoute l’entrefilet harmonieux et fourni : « Bon, tout d’abord Groucho Marx… Le second mouvement de la Symphonie Jupiter. Potatoe Head Blues de Louis Armstrong. Les films suédois, naturellement. L’éducation sentimentale de Flaubert. Frank Sinatra. Marlon Brando. Les géniales pommes de Cézanne. Le crabe de Sun Wo. » « Une seconde Monsieur Harry ! » L’inspecteur démasque l’imposture, « cop » un peu glouton et naïf d’un burlesque Chaplinien : « Dites donc Woody, pourquoi faire porter le chapeau à Harry ? ». A travers la plume, une cible ; le cinéaste menace l’écrivain. Cependant aussi inoffensif qu’un gun savonné, le viseur de champ enraille toute évasion. Plein feu sur Woody et sa singulière confession : « Virgil, Boris, Alvy, Isaac, Joey, Sandy, Zelig, Alice, Tchekhov, Django, Harry, Chris, Colin McGregor, le cafard sans Kafka, Socrate… c’était moi ! ». Et Madame Bovary alors… Alors, à grands coups d’ongles dans l’angle mort de la vitre, Scarlett, affublée de sa vieille copie (pardon copine) Keaton (pas Buster, Diane) hurle de concert : « c’étaient pas nous ! ».
Madame Bovary, c’est l’autre conclut doucement Woody. Une pin-up échappée du XXème pour gonfler les fantasmes d’un professeur de lettres au City College, ça ne vous rappelle rien ? Daphné Kugelmass, le héros intermittent des destins tordus du romancier/musicien/comédien/cinéaste dont les métamorphoses incessantes donnent la nausée. Sartre… bien sûr, dernière panoplie démasquée dans les trous noirs évoqués par l’interrogé Woody. Depuis que dieu n’existe pas, que l’univers est en expansion et que sa croyance est réduite au noyau d’une balle de base-ball, l’atome Allen secoue des bras, parle beaucoup, subit les assauts de ses muses et… on en revient toujours aux mots et aux femmes.
Florence Valéro
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Dossier Woody Allen
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