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Woody Allen in London

  


 

Match point / Scoop : Ugly rich men

 

Pas étonnant que Woody Allen se soit plu à Londres – car c’est bien là qu’il s’est lancé dans la réalisation de ses trois derniers films, films dont le sujet se prête parfaitement à l’une des capitales du monde financier.

L’exceptionnel récit de Match Point (où Woody Allen déclare qu’il a été béni par un tournage sans failles) se déroule à merveille : le jeune Irlandais arrivé à Londres pour tenter sa chance épouse une jeune femme de bonne famille qui de surcroît l’aime et lui donnera tout ce dont il a besoin pour réussir. Tout aurait pu être parfait, mais le jeune parvenu succombe au charme de la belle comédienne américaine au chômage qui enchaîne les castings sans succès, la pulpeuse Nola, jouée par Scarlett Johannson. Lorsqu’elle tombe enceinte à la suite de leurs multiples ébats, le jeune homme décide de la tuer pour conserver son mariage et le statut social qu’il vient juste d’acquérir.  Fin macabre et surprenante car l’assassin reste impuni et la victime silencieuse. Woody Allen reprendra Scarlett dans Scoop, cette fois-ci comme protagoniste : journaliste américaine un peu paumée, elle saura cependant utiliser son charme et, grâce à l’aide de Sid joué par Woody Allen, elle parviendra à résoudre le mystère du tueur du tarot qui n’est autre qu’un riche entrepreneur.

 

Ces hommes riches, le premier, Jonathan Rhys Meyers et le second, Hugh Jackman, sont – rassurez-vous – tous les deux séduisants, mais ce sont leurs principes qui laissent à désirer. Le premier ne peut supporter de voir sa fortune s’écrouler à cause de sa liaison avec une femme qui s’obstine à conserver leur enfant passionnel et le deuxième ne peut supporter que la prostituée qu’il fréquentait dévoile son identité et déclenche un scandale. Dans leur mentalité bourgeoise, le meurtre s’impose facilement comme solution pour se débarrasser de femmes qui ne veulent pas se taire.

 

Match Point est tragique pour Nola Rice et son fils mais le tueur s’en tire par un coup de chance : « Ce ne serait que justice si on m'arrêtait et on me punissait.  Au moins y aurait-il un petit signe de justice – une petite mesure d'espoir pour la possibilité d’un sens. » Mais voilà, le sens du titre Match Point, qui en tennis est la dernière balle du match qui déterminera lequel des deux joueurs l’emportera sur l’autre, désigne la bague qui n’est pas tombée à l’eau, celle retrouvée par le junkie qui sera finalement accusé et inculpé du meurtre de Nola et de sa voisine.1 Une petite scène fait le point sur l’optique du tueur. Son examen de conscience est brutal : le fantôme de Nola lui demande s’il n’a pas de remords et il répond sans hésiter citant vaguement Hegel et sa théorie du progrès historique: « Les innocents sont parfois égorgés pour faire place à des projets plus vastes. Tu étais un des dégâts collatéraux. » « Et ton fils ? » lui demande-t-elle pour voir s’il lui reste au moins un bon sentiment. La réponse finale est glaciale : Sophocle a dit « N’être jamais né est peut-être la plus grande bénédiction de toutes ».

 

Scoop, par contre, est une comédie virulente où Woody Allen joue le magicien et répète d’innombrables fois à ses spectateurs qu’ils sont « A credit to your race ». La journaliste et le magicien forment un couple de détectives dysfonctionnel mais drôle. Dans cette enquête comique, ils font semblant d’être père et fille et la naïveté de la jeune femme va de pair avec la bêtise de l’ancien prestidigitateur. La femme journaliste, qui joue de sa fausse fragilité, incarne un nouvel idéal féminin, capable de dénoncer les crimes contre le sexe « faible ». Lorsque Sid se rend compte que le milliardaire est bien le tueur du tarot grâce à la découverte du jeu de cartes qui l’incrimine (c’est-à-dire le jeu sans la carte qui avait été retrouvée sur les lieux du crime), il va à la rescousse de la demoiselle en danger mais finit par s’écraser contre une auto (ces Anglais qui conduisent toujours sur la mauvaise voie !). Alors que l’on pense que la demoiselle est désemparée sans son père adoptif et que rien ne peut empêcher le tueur de la noyer dans le grand lac de sa propriété, par un coup de théâtre elle réapparaît saine et sauve dans le salon de l’assassin car elle n’avait que fait semblant d’avoir du mal à nager et elle était en fait championne de natation au lycée. Elle réussit à démasquer le célèbre tueur du tarot dont elle avait failli tomber amoureuse, tandis que le pauvre prestidigitateur se retrouve dans la barque de Charon traversant la rivière mythologique qui mène au monde des morts, faisant des tours de magie avec ses cartes pour distraire les autres voyageurs.

Bien qu’il s’amuse à se montrer vieux et décrépit, aux facultés diminuées, Woody Allen continue à faire preuve d’endurance et de vitalité.  Son coté macabre aurait dû plaire à l’humour anglais, mais sa vision désabusée et narquoise de la bourgeoisie londonienne a froissé les sensibilités et les critiques anglais ont démoli Match Point à tel point qu’en Angleterre Scoop n’est même pas sorti en salles et le dernier volet de cette trilogie londonienne, Cassandra’s Dream, n’a pas de date de sortie prévue dans le pays de son tournage !

 

Alyosha Saari

 

1. A l’inverse du film de 1951 A Place in the sun, tiré du roman de Dreiser An American tragedy, où le jeune arriviste joué par Montgomery Clift tue presque par accident la jeune ouvrière enceinte jouée par Shelley Winters, ce qui lui permet de rester avec la fille à papa Elizabeth Taylor, ici notre beau gosse n’a pas de scrupules ou de tourments moraux et il ne sera pas condamné. Et c’est bien avec des références à ce film classique que Woody Allen joue, tout comme le romancier Dreiser jouait avec la notion d’« American Dream » dans le titre de son roman. Ainsi le film aurait presque pu s’appeler « English Dream » ou plutôt « An English Tragedy ».

 

(Mes remerciements à Patrick Saari pour cette note et à Pauline pour le visionnage des films qui a permis la naissance de cet article).

 

  

 

 

 

 

 Dossier 

 Woody Allen 

  

Introduction:

cacher le chapeau

 

Woody Allen :

I wanna hold  your hand

 

Cassandra's dream :

Match point versus

 Small time crook

 

Manhattan :

le chapitre parfait

 

Maris et femmes :

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Woody Allen in London :

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